Entre l’Iran et Trump, une partie de poker interminable

12/07/2026 – La rédaction de Mondafrique

Les Iraniens auraient pu jouer le temps, atermoyer, négocier interminablement. Mais ils ont choisi de faire plier les États-Unis. Ils réactivent les sites nucléaires qu’il leur reste et harcèlent interminablement la circulation maritime dans le détroit d’Ormuz.

Yves Mamou

Les Gardiens de la Révolution parient sur l’autolimitation américaine. Les États-Unis s’arrêteront avant d’avoir obtenu un résultat politique décisif.

Les États-Unis, de leur côté, frappent pour épuiser les ressources matérielles du régime et entamer la cohésion de l’appareil de pouvoir iranien.

Cette guerre ne sera pas gagnée par celui qui possède le plus de missiles.

Elle sera gagnée par celui qui aura correctement évalué le point de rupture psychologique et matériel de son adversaire.

Il s’agit d’une partie de poker.

De quelles cartes les parieurs disposent-ils ?

LES IRANIENS ONT POUR EUX :

— Le temps et la géographie. L’Iran n’a pas besoin de fermer durablement le détroit. Il lui suffit de harceler militairement la navigation : attaques ponctuelles contre des tankers ; pose de mines ; drones ; missiles antinavires ;

À chaque épisode, les primes d’assurance augmentent, les armateurs hésitent, les marchés pétroliers deviennent volatils, les gouvernements occidentaux subissent une pression économique.

Autrement dit, la géographie permet à l’Iran de convertir le temps en puissance militaire.

– La tolérance aux pertes. Le régime peut absorber des coûts humains que les démocraties supportent plus difficilement.

— La soumission des Européens. Ces derniers auraient dû être militairement rangés derrière les États-Unis ; mais ils sont divisés, semblent uniquement préoccupés par la guerre contre la Russie en Ukraine et ne veulent pas apparaître comme étant en conflit avec un pays musulman, compte tenu de l’importance de l’immigration islamique en Europe. Ils sont même prêts à approuver le paiement de droits de passage à l’Iran pourvu que ces derniers apparaissent comme des frais techniques tels qu’ils peuvent exister ici ou là dans le monde.

– La soumission des États arabes. Les monarchies pétrolières abhorrent la guerre qui bouleverse le contrat social de prospérité qu’elles ont avec leur population. Ces régimes ont conscience que les États-Unis ne les protègent plus. Ils sont sensibles à l’influence chinoise. Et, mon Dieu, payer l’Iran en échange de sa « protection » ne les choque pas outre mesure. N’ont-ils pas eux-mêmes fait payer la jizya (impôt de sécurité) aux Juifs et aux Chrétiens installés en terre islamique ?

– Pas d’invasion terrestre. Ils savent que les États-Unis n’enverront pas de troupes au sol pour renverser le régime. Le traumatisme de la guerre d’Irak (3000 boys tués) a été parfaitement analysé par les Iraniens. Ils tablent sur une guerre à distance et sur la pusillanimité traditionnelle des démocraties face au totalitarisme en général et au totalitarisme islamique en particulier.

Le plus implacable gagne !

LES ÉTATS-UNIS NE SONT PAS DÉMUNIS

Aussi étrange que cela paraisse compte tenu de la désinformation générale :

– Les États-Unis agissent pour protéger la liberté de circulation dans le détroit d’Ormuz ; ils ne disposent pas d’un mandat du Conseil de sécurité de l’ONU, les juristes contestent l’action américaine au plan militaire. Néanmoins, la protection du commerce international est un argument sérieux.

— La puissance militaire. Les États-Unis dominent l’Iran sur tous les plans : maîtrise de l’air ; supériorité navale ; renseignement spatial ; guerre électronique ; capacités de frappes à longue distance ; logistique mondiale.

– La capacité d’escalade. L’Iran a étalé toutes ses cartes. Les États-Unis, en revanche, ont une capacité d’escalade. À presque tous les niveaux — économique, militaire, technologique, naval, aérien, cyber, spatial — les États-Unis disposent d’une possibilité de passer à la vitesse supérieure.

– L’affaiblissement des proxys. L’Iran ne peut plus compter sur son réseau de milices régionales pour fomenter des troubles régionaux, notamment avec Israël. Le Hamas n’occupe plus qu’un tiers de la bande de Gaza et ne menace plus Israël. Le Hezbollah est en difficulté au Liban et politiquement marginalisé par l’accord signé entre Israël et le gouvernement libanais. Les Houthis ne semblent pas désireux de s’impliquer dans le conflit aux côtés de l’Iran.

QU’EST-CE QUI CONSTITUERAIT UNE VICTOIRE ?

Pour l’Iran, la réponse est simple : survivre en tant que régime. Si la République islamique reste au pouvoir, conserve une partie de ses capacités militaires et continue d’exister comme acteur régional, elle peut revendiquer une forme de succès, même après des destructions importantes.

Pour les États-Unis, la définition est plus ambiguë. Est-ce empêcher définitivement un Iran nucléaire ? Neutraliser ses capacités balistiques ? Mettre fin à son soutien aux groupes armés régionaux ? Ou provoquer un changement de régime ?

Tant que cette définition n’est pas clairement arrêtée, il existe un risque que la supériorité militaire américaine ne débouche pas automatiquement sur une victoire politique. C’est précisément cette ambiguïté que le calcul stratégique iranien cherche à exploiter.