La guerre entre Sonko et Diomaye coûte son budget au Sénégal

Rédigé le 01/11/2026
La rédaction de Mondafrique

Au Sénégal, le terrain politique vibre au rythme de la bataille politique entre le Pastef d’Ousmane Sonko et le Kiiray de Bassirou Diomaye Faye. Ce combat n’épargne pas le projet de loi de finances rectificative 2026, bloqué à deux reprises dans ce que le gouvernement assimile à « de l’obstruction ». Pendant ce temps, l’Alliance pour la République de l’ancien Président Macky Sall multiplie les actions afin de se donner de nouvelles ailes. Le pays s’approche d’une dissolution de l’Assemblée nationale, qui devient juridiquement possible à partir du 2 décembre prochain.

Par Ibrahima Dieng

C’est une lutte où toutes les occasions sont bonnes pour assommer l’adversaire. Au Sénégal, le parti Pastef d’Ousmane Sonko, président de l’Assemblée nationale et le Kiiray, jeune formation politique du président de la République Bassirou Diomaye Faye ne se font pas de cadeau. La mère des batailles se mène actuellement à l’Assemblée nationale avec le projet de loi de finances rectificative Lfr 2026. Ce texte remplace le projet de loi de finances initial après de grands réajustements budgétaires, dont une hausse des subventions énergétiques de 250 milliards FCFA à 729 milliards FCFA. 

Cependant; depuis deux semaines, ce texte est victime de la rivalité stratégique entre les deux hommes. En conférence de presse le 19 octobre 2026, le leader politique et ancien Premier ministre Ousmane Sonko a appelé à ne pas voter la loi de finances rectificative, texte, selon lui, dépourvu de sincérité. Il estime également que les orientations politiques et économiques sont non conformes à la ligne du parti et à l’Agenda national de transformation Sénégal 2050. L’autre grief soulevé par Ousmane Sonko est celui d’une « soumission aveugle » aux conditions du Fonds monétaire international (FMI). 

« Le Sénégal ne doit pas avancer vers ce partenariat les yeux fermés, ou miser exclusivement sur ce partenaire. Les subventions, en particulier celles des produits pétroliers, doivent être maintenues. Sans elles, la situation du pays aurait été compliquée. Cette loi de finances ne doit pas être votée, car l’approuver ferait de nous des complices devant les difficultés qui s’abattront sur les populations », a dit Ousmane Sonko. Pour rappel, que ce soit dans l’opposition ou au pouvoir, Ousmane Sonko a toujours proféré des critiques acerbes contre le Fonds monétaire international, affirmant qu’il dicte des politiques et conditions inappropriées. 

Le gouvernement parle d’obstruction

Le vendredi 30 octobre 2026, le projet de loi de finances rectificative 2026 a été rejeté pour la deuxième fois par la Commission des Finances de l’Assemblée nationale. Les motivations données par les membres de Pastef sont, entre autres, le manque de sincérité budgétaire concernant le déficit et la dette; l’inefficacité des mesures de lutte contre la cherté de la vie et de protection du pouvoir d’achat ; l’incohérence des choix en matière d’investissement public et de priorités sociales; et le déficit de transparence, « illustré par le refus persistant de transmettre des documents essentiels » à la compréhension du projet de loi de finances rectificative. Sans oublier selon Pastef, le refus de rationaliser les agences et d’encadrer les fonds spéciaux.

Cette attitude de Pastef écœure le gouvernement. Le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Lô a dû surseoir à son déplacement au Sommet Russie-Afrique pour animer une conférence de presse un dimanche. Il a interprété l’attitude des parlementaires comme procédant d’«une volonté d’obstruction », plutôt que d’un rejet pour des considérations techniques. Il a déploré l’absence de consensus et de dialogue malgré de « multiples messages envoyés » au président de l’Assemblée nationale Ousmane Sonko afin d’organiser une séance de travail technique avec les experts afin de dépasser la situation. « J’ai proposé depuis le 8 septembre 2026, des échanges techniques avec le président de l’Assemblée nationale, Ousmane Sonko. Je suis revenu  à la charge le 14 octobre dernier. Et Il m’a répondu : ‘je vais voir’. Et c’est resté sans suite », confie le chef du gouvernement. Cette proposition d’impliquer les techniciens des deux équipes visait, selon M. Lô, à asseoir un climat de travail rigoureux et cohérent. 

Revenant sur le bien fondé de la Lfr, le Premier ministre a souligné qu’elle ne faisait que toucher à des éléments qui ont été particulièrement secoués, qu’il s’agisse de baisses ou de hausses de recettes ou de charges : «Que personne ne raconte aux Sénégalais autre chose. Je ne répond pas favorablement à la demande de débat public avec Ousmane Sonko car mes fonctions de Premier ministre m’interdisent cet exercice avec un président de l’Assemblée nationale .»

L’APR refuse une bipolarisation 

Actuellement, les formations politiques qui animent l’échiquier politique par leurs batailles, ralliements et défections sont principalement Pastef d’Ousmane Sonko et Kiiray de Bassirou Diomaye Faye.

Cette situation n’est pas du goût de l’Alliance pour la République (APR) fondée par l’ancien Président Macky Sall.  Ces dernières semaines, les partisans de l’ancien chef de l’État ont intensifié leurs actions dans l’objectif de se repositionner. Lors d’une conférence de presse le 24 octobre 2026, l’APR considère que les tensions autour de la Lfr dépassent le cadre d’un simple désaccord entre le gouvernement et les
parlementaires. Elles traduisent plutôt des rivalités de leadership et des divergences de fond susceptibles d’affaiblir la conduite de l’action publique. L’APR rappelle que l’Agenda national de transformation, le Plan de redressement économique et social (PRES) et la loi de finances initiale 2026 procèdent des orientations défendues par les mêmes responsables. Dès lors, Macky Sall et ses partisans estiment que ceux-ci ne peuvent se soustraire à leur responsabilité collective face aux difficultés des populations.

Au-delà de cette confrontation politique, le parti de Macky Sall s’interroge sur la capacité du pouvoir à maintenir une ligne économique cohérente, alors que les prévisions initiales sont profondément remaniées et que les besoins de financement de l’État sont considérables.

Risque de dissolution de l’Assemblée nationale 

L’Assemblée nationale, dans sa configuration actuelle, semble vivre ses derniers moments. Avec le blocage politique, plusieurs proches de Bassirou Diomaye Faye ont exprimé le souhait d’une dissolution du Parlement, qui fait selon eux obstruction aux projets et programmes du gouvernement. Dans une interview récemment accordée à France 24, le président sénégalais a confié ne pas avoir écarté cette idée. « Pourquoi exclure une prérogative dont on est investi par la Constitution ? Tout est question de nécessité ou de contexte. Le moment venu, selon ce qu’on aura en face, on décidera. Mais la seule boussole que nous avons, c’est l’intérêt supérieur du peuple sénégalais et la fluidité dans la communication des institutions », a dit le chef de l’État.

Depuis le 24 juin, date du limogeage d’Ousmane Sonko de la Primature, le combat Pastef/Kiiray consomme toutes les énergies dans une
bataille entre deux anciens amis et alliés politiques, qui ont conquis le pouvoir ensemble en 2024, avant que leur rivalité politique et personnelle n’aie raison de leur alliance.