Human Rights Watch interpelle les autorités du Sénégal qu’elle accuse de bafouer, par « une répression brutale« , les droits des personnes LGBT, en procédant « à des arrestations massives« , en imposant « le dépistage forcé du VIH« , et en restreignant « l’accès à une représentation juridique ».
Dans un rapport publié le 12 octobre à Dakar, l’organisation affirme que « la répression croissante menée par le Sénégal à l’encontre des personnes LGBT porte atteinte à leurs droits, suscite une peur et une stigmatisation grandissantes, et devrait cesser immédiatement ». « Les arrestations massives, l’imposition de tests de dépistage du VIH et les obstacles à l’accès à une représentation juridique semblent s’inscrire dans le cadre d’un durcissement des mesures répressives prises par le gouvernement à l’encontre des personnes lesbiennes, gays, bisexuelles et transgenres (LGBT) en Afrique de l’Ouest« .
Cette répression prend sa source dans la modification de l’article 319 du code pénal adoptée le 11 mars dernier par le Parlement sénégalais, qui a doublé à dix ans la peine d’emprisonnement maximale pour les relations sexuelles consenties entre personnes du même sexe et érigé en infraction pénale la « promotion » ou le soutien aux personnes et organisations LGBT. Cette décision faisait suite aux opérations de police conduites dans la région de Thiès en décembre 2025, qui avaient abouti à l’incarcération d’au moins cinq hommes de la région, puis de douze autres dans la capitale, Dakar, en février 2025, pour des chefs d’accusation incluant des « actes contre nature » et la « transmission intentionnelle du VIH ». « La police et la gendarmerie ont ensuite intensifié les arrestations de personnes soupçonnées d’appartenir à la communauté LGBT dans plusieurs autres villes, notamment Thiès, Rosso, Saint-Louis, Yeumbeul et Ziguinchor« , rappelle Human Rights Watch.
Ce contexte contraint les personnes LGBT à « limiter leurs activités habituelles et s’abstenir d’exercer leurs droits, par crainte d’être arrêtées et de subir une stigmatisation accrue », a déclaré Larissa Kojoué, chercheuse sur les droits des personnes LGBT à Human Rights Watch. « Le gouvernement sénégalais devrait mettre un terme à cette répression, qui menace les droits de chaque personne. »
Le fruit de choix politiques au plus haut niveau
Pour l’organisation de défense des droits humains, la responsabilité de ce durcissement de l’appareil de répression incombe au président Diomaye Faye et à son ancien Premier ministre Ousmane Sonko, qui en avaient fait la promesse lors de la campagne présidentielle de 2024, « présentant cette question comme une priorité nationale et mobilisant un large soutien politique et public. » Suite à la réforme du code pénal, les détentions, violences et abus contre les personnes LGBT ont « fortement augmenté dans tout le pays », avait déclaré en mai suivant le secrétaire général de la Rencontre africaine pour la défense des droits de l’homme (RADDHO), Mouhamadou Seck. Entre février et juillet, au moins 212 personnes ont été arrêtées selon les données recueillies par RADDHO. Le HIV Justice Network a indiqué pour sa part que le nombre d’arrestations avait dépassé les 300 au cours de la même période. Parmi les personnes arrêtées, 82 avaient également été inculpées de « transmission volontaire du VIH», bien qu’un tribunal ait par la suite rejeté ces chefs d’accusation.
L’amendement apporté en mars au Code pénal introduit des infractions définies de manière très large qui criminalisent des activités telles que la « promotion » et la « glorification » de l’homosexualité, ainsi que le financement et le soutien aux personnes et organisations LGBT. Des défenseurs des droits humains et des avocats ont indiqué que l’introduction de ces infractions avait suscité la peur et l’angoisse parmi les professionnels du droit, et contribué à créer un climat dans lequel les détenus peinent à obtenir une représentation juridique.
« Au Sénégal, les avocats sont associés à la cause qu’ils défendent », a déclaré à Human Rights Watch un avocat de Dakar, ajoutant que ses collègues et les membres de sa famille l’avaient exhorté à ne pas représenter des personnes arrêtées pour des « actes contre nature ». Il a déclaré : « Chacun a droit à un procès équitable. Ce qui m’importe, c’est de savoir si leurs droits ont été respectés ou non. »
Les personnes interrogées ont indiqué que, depuis février, les autorités soumettaient les détenus à des tests de dépistage du VIH sans leur consentement éclairé, et utilisaient leur statut sérologique pour justifier des chefs d’accusation supplémentaires ou prolonger leur détention. Les professionnels de santé ont exprimé leur inquiétude quant au fait que ces tests de dépistage forcés et les accusations qui en découlent portent atteinte au secret médical en permettant l’utilisation de résultats confidentiels dans le cadre de procédures pénales. Ces tests imposés dissuadent également les personnes de se faire dépister volontairement, et de suivre un traitement contre le VIH, et compromettent ainsi les efforts de santé publique liés au VIH. « Nous avons constaté que […] certaines personnes ont pris la fuite tandis que d’autres se cachent », a déclaré un médecin à Dakar. « Un tiers des patients ne se présente plus à leurs rendez-vous pour suivre un traitement contre le VIH.»
