Le Gabon conteste que Sylvia Bongo ait subi de mauvais traitements

Rédigé le 09/10/2026
Nicolas Beau

Devenue première dame du Gabon en 2009, Sylvia Bongo aura été aussi discrète que puissante dans les rouage du pouvoir au Gabon. Avec l’affaiblissement de son époux par la maladie, elle était devenue la tour de contrôle de l’appareil d’Etat, celle qui fait et défait les carrières sans dédaigner le luxe et le faste du pouvoir.

Sylvia, faiseuse de Roi 

Le destin du couple avait basculé en 2009, lorsqu’Omar Bongo décède dans une clinique de Barcelone après une longue agonie qui aura tenu le Gabon en haleine. Alors que tout a bien été réglé par la Constitution, la disparition d’Omar Bongo tourne à la guerre de succession. Dans cette épreuve de force, Ali Bongo a pu compter sur un atout inégalable : il est depuis 10 ans ministre de la Défense nationale, patron d’une armée qu’il a façonnée de ses mains. Mais il a aussi une seconde carte en main :  le soutien total de Sylvia qui va le coacher, l’aider à déjouer les pièges, le consoler s’il faut, le pousser à l’affrontement lorsqu’elle le juge nécessaire. 

Un an après la chute d’Ali Bongo, Sylvia Bongo qui a porté plainte à Paris contre l’État gabonais, réitère ses accusations d’avoir été maltraitée. Les autorités gabonaises renvoient aux constats d’instances internationales sur le fonctionnement de la justice pénale sous l’ancien régime.

President Barack Obama and First Lady Michelle Obama greet His Excellency Ali Bongo Ondimba, President of the Gabonese Republic, and Mrs. Sylvia Bongo Ondimba, in the Blue Room during a U.S.-Africa Leaders Summit dinner at the White House, Aug. 5, 2014. (Official White House Photo by Amanda Lucidon)

Le 30 août 2023, Ali Bongo était écarté du pouvoir, mettant fin à plus d’un demi-siècle de règne de la famille Bongo sur ce pays pétrolier d’Afrique centrale. Omar Bongo avait dirigé le Gabon de 1967 à sa mort en 2009, avant que son fils Ali ne lui succède. Lors du changement de pouvoir de 2023, son épouse, Sylvia Bongo Valentin, et leur fils Noureddin avaient été arrêtés et incarcérés.

Franco-gabonaise, l’ancienne Première dame a depuis saisi la justice française. Sa plainte, déposée à Paris, vise l’État gabonais, qu’elle accuse de violences commises contre elle et son fils durant leur détention. Une procédure qui n’inquiète pas les autorités de Libreville : « L’État gabonais n’a rien à craindre de cette plainte ».

Des conditions de détention contestées

Côté gabonais, la position est sans ambiguïté : aucun mauvais traitement n’aurait été infligé à l’ancienne Première dame, notamment en raison de sa nationalité française, celle-ci a bénéficié du suivi des autorités diplomatiques françaises pendant sa détention qui ont veillé à ce qu’elle soit traitée conformément aux standards internationaux. « Ni le consul, ni l’ambassadeur, ni les médecins n’ont relevé sur sa personne la moindre trace de torture », comme il avait déjà été dit précédemment par les autorités.

Elles estiment qu’il s’agit avant tout d’une démarche revendicative, et que les conditions de détention de Sylvia Bongo, pendant dix-huit mois, ne sauraient être comparées à celles qu’ont connues de nombreux détenus gabonais sous la présidence de son mari.

Les constats des Nations unies

Pour étayer cette comparaison, la défense de Libreville s’appuie sur un avis rendu en novembre 2019 par le Groupe de travail sur la détention arbitraire, un organe du Conseil des droits de l’homme des Nations unies qui examine des plaintes individuelles. Cet avis, rendu dans le cadre d’une affaire financière, décrit la situation d’un détenu maintenu pendant quarante-quatre mois dans une cellule plongée dans l’obscurité, sans sanitaires ni eau, et privé de toute visite de ses proches. Le Groupe de travail a conclu au caractère arbitraire de cette détention, s’est dit préoccupé par des allégations de torture lors des interrogatoires et a transmis le dossier au rapporteur spécial des Nations unies sur la torture. « Ce n’est pas anodin : c’est une instance internationale qui a pris position », souligne-t-elle.

 Est cité également le rapport du sous-comité des Nations unies pour la prévention de la torture, publié en juin 2015 après une visite au Gabon. Le document relevait la persistance de la torture et des mauvais traitements, qualifiés de « quasi-systématiques » dans les locaux de la police judiciaire visités. Il les attribuait notamment à un système judiciaire accordant une place centrale à l’aveu, et s’inquiétait que certaines condamnations puissent reposer sur des déclarations obtenues sous la contrainte. Ce constat a été repris en 2020 par des organisations de la société civile, dans un rapport présenté au Comité des droits de l’homme de l’ONU.

D’autres plaintes en perspective

Un second détenu, après trois années d’incarcération dans des conditions jugées inhumaines et indignes, aurait été conduit à reconnaître les charges retenues contre lui en novembre 2021. Il renvoie sur ce point aux rapports annuels du Département d’État américain sur les droits de l’homme, notamment ceux de 2017 et 2020. La Cour d’Appel de Paris dans un arrêt du 5 avril 2022 a d’ailleurs relaté ces faits graves. 

Plusieurs détenus envisagent de déposer plainte pour extorsion d’aveux pour mettre fin aux tortures. Ils ne seraient pas les premiers à se tourner vers la justice française. En janvier 2020, Brice Laccruche Alihanga, ancien directeur de cabinet d’Ali Bongo, et son frère Grégory, alors incarcérés au Gabon dans le cadre de l’opération anticorruption « Scorpion », avaient déposé plainte contre X en France pour détention arbitraire, violences volontaires et menaces de mort.

Les autorités gabonaises considèrent que la plainte de Sylvia Bongo fait état de pratiques qui avaient cours lorsqu’elle était Première dame mais que depuis le coup d’état du 30 août 2023, durant lequel pas un seul coup de feu n’a été tiré, les dérives ont cessé.

https://mondafrique.com/a-la-une/sylvia-bongo-la-reine-du-gabon-premier-volet-de-notre-serie/x