Après des frappes aériennes ces derniers jours dans la région de Kidal, un impressionnant convoi terrestre parti de Gao, puis d’Anefis, est entré mardi après-midi dans le bastion rebelle touareg, sans rencontrer de résistance.
Le Front de libération de l’Azawad (FLA), qui tenait la ville depuis le 26 avril dernier, s’est retiré devant l’avancée de la colonne. Dans un communiqué, l’organisation touarègue a précisé, avec son langage habituel, qu’elle procédait « à un repli stratégique et maîtrisé de ses forces (…) face aux risques croissants pesant sur les rares populations civiles encore présentes dans la ville, par l’utilisation disproportionnée de vecteurs aériens par les mercenaires russes de l’Africa Corps et les forces terroristes de la junte militaire de Bamako. »
Le groupe armé a insisté sur son souci de « préserver des vies humaines » contre « un adversaire qui évite des contacts terrestres immédiats ». Le FLA a accusé les frappes aériennes de ces derniers jours d’avoir « détruit l’essentiel des infrastructures publiques et civiles », compromettant « des vies humaines innocentes, systématiquement visées par le régime de Bamako ». Il présente ce repli comme « temporaire », destiné à préserver « ses capacités humaines et logistiques » et se dit déterminé à reprendre « son combat politique de libération de l’Azawad ».
En réalité, les frappes de ces derniers jours visaient non pas les civils mais les moyens militaires du FLA, dans le cadre de l’offensive terrestre prévue pour la fin de la saison des pluies. Le régime de Bamako n’avait pas fait mystère de sa détermination à reprendre Kidal et Tessalit, l’autre position tenue par la coalition des indépendantistes et des djihadistes affiliés à Al-Qaïda. Et le FLA n’était pas vraiment de taille à combattre une armada, même s’il avait infligé des coups sévères à la précédente colonne partie d’Anefis en juillet dernier. Les pluies tropicales compliquent les opérations terrestres et l’état-major avait alors décidé d’attendre la fin de la saison de l’hivernage.
Annonce officielle
Dans la soirée, le ministre porte-parole du gouvernement, le général Issa Ousmane Coulibaly, a officiellement annoncé la reprise de Kidal dans un communiqué. « Les unités FAMa ont consolidé leur dispositif à Kidal, capitale de la 8e région administrative du Mali (…) à la suite d’intenses opérations aéroterrestres de neutralisation menées contre la coalition des groupes terroristes. » Ces opérations « s’inscrivent dans le cadre de l’exercice effectif de la souveraineté de l’État sur l’ensemble du territoire national », ajoute le communiqué, qui « rassure de la poursuite des opérations légitimes de défense de l’intégrité du territoire national ». Il annonce le retour progressif de l’administration et des services sociaux de base. Cette victoire est symboliquement très importante pour le Mali et son armés, qui encaissent des coups extrêmement sévères sur le terrain depuis avril.
Le camp militaire de Kidal est à nouveau occupé par les Forces armées maliennes (FAMA), après l’entrée des précurseurs touaregs du général Elhadj Gamou et de sa milice communautaire du Gatia (Groupe d’autodéfense des Touaregs imghad et alliés). Juste avant la nuit, une partie du convoi FAMA-Africa Corps s’est arrêtée à quelques kilomètres pour vérifier la possible présence de mines. La plupart des habitants ont quitté la ville lors de la précédente conquête militaire du bastion indépendantiste il y a tout juste trois ans. Les partisans du régime de Bamako sont partis à leur tour en avril dernier. Il n’y a donc quasiment plus de civils sur place.
L’état-major des armées avait publié deux communiqués mardi sur l’évolution de l’offensive Dougoukoloko (« Pour notre terre » en bamanakan) débutée lundi. Dans le premier, il a informé l’opinion de « l’engagement d’opérations aéroterrestres d’envergure » destinées à « traquer et neutraliser les groupes armés terroristes opérant dans toute la région, détruire leurs sanctuaires et leurs réseaux d’approvisionnement, restaurer durablement la sécurité des populations et la libre circulation des personnes et des biens. » Puis dans le second, il précisait le périmètre des opérations « dans les secteurs de Kidal, In-Tassik, Tin-Assalak et Abeïbara », revendiquait la neutralisation « de plusieurs terroristes » et la destruction « de véhicules ainsi que de dépôts logistiques appartenant aux groupes armés terroristes. » Bamako qualifie indifféremment de terroristes les combattants indépendantistes et leurs alliés djihadistes.
Complaisance de l’Algérie
L’Algérie n’a pas bronché lors des frappes de Tinzaouaten, lundi, à sa frontière, conformément à la nouvelle doctrine du président Abdelmadjid Tebboune qui cherche à se réconcilier avec Bamako. Tinzaouaten est, de très longue date, le sanctuaire des combattants indépendantistes qui profitent de l’ombre portée algérienne pour se soustraire aux représailles militaires maliennes.
À l’intérieur du FLA, des combattants estiment, selon des confidences faites à Mondafrique, que la complaisance algérienne n’est pas seulement l’effet du rapprochement officiel entre Bamako et Alger mais aussi une sanction du mouvement pour avoir flirté avec des pays perçus comme hostiles à Alger : la Libye du général Khalifa Haftar, que le FLA a sollicité comme intermédiaire pour libérer les deux prisonniers russes entre ses mains en août dernier, et les Émirats arabes unis, où Bilal Ag Acherif, l’un des chefs du FLA, s’est rendu en visite ces derniers jours.
Le GSIM (Groupe de soutien à l’Islam et aux musulmans) affilié à al-Qaïda et allié du FLA est presque inexistant dans le grand nord malien. En revanche, on peut craindre des attaques terroristes de grande ampleur de son armée peule du delta central dans le centre et le sud, pour déplacer la guerre au sud et obliger l’armée malienne à se battre sur plusieurs fronts. Cependant, les FAMa ont procédé tous ces derniers jours à des frappes un peu partout sur le territoire dans l’espoir de déjouer ce projet. Mardi soir d’ailleurs, dans son deuxième communiqué, l’état-major a fait part d’opérations menées dans les secteurs de Tombouctou et de Sofara.
Le président malien Assimi Goïta pourrait bientôt honorer l’invitation de son homologue algérien, maintenant qu’il a repris Kidal. Tebboune a déclaré samedi devant la presse que l’accord de paix et de réconciliation d’Alger, signé en 2015, demeurait « la seule solution consensuelle car préservant l’intégrité territoriale du Mali. » L’Algérie ne tolérera aucune tentative de division du Mali, a-t-il ajouté. Très ferme, il a promis que l’Algérie interviendrait contre les groupes terroristes si le Mali et le Niger le demandent. Allant encore plus loin, il s’est insurgé contre les menées de puissances étrangères qui ont, selon lui, soutenu les groupes terroristes dans la région dans un passé récent, jurant que l’Algérie « d’aujourd’hui n’était plus la même » et qu’elle « ne resterait pas spectatrice ». Le temps où des pays, parfois lointains, « payaient des mercenaires, notamment des groupes islamistes, pour mettre en difficulté le Mali, le Niger, le Tchad et le Burkina Faso dans le but de s’accaparer leurs richesses« , est révolu, a-t-il insisté.
