Dans une vidéo largement diffusée sur les réseaux sociaux, le Dr Mino Hasina, l’épouse du colonel Patrick, a lancé un cri d’alerte sur les conditions de détention de son mari, actuellement incarcéré à la maison de force de Tsiafahy, dans la banlieue sud d’Antananarivo. Cette prison accueille habituellement les détenus considérés comme les plus dangereux, notamment les voleurs de zébus et les meurtriers récidivistes mais aussi les prisonniers politiques.
Par Daniel Sainte-Roche
Le colonel Patrick est surtout connu pour avoir été le premier officier en activité à dénoncer publiquement, dès mars 2025, les fraudes attribuées à Mamy Ravatomanga qui n’a pas été relaché par les autorités mauriciennes et à Andry Rajoelina. Après le coup d’État de septembre 2025, il avait été nommé à la direction des Doléances au sein de la junte militaire. Deux mois plus tard, il était limogé pour avoir dénoncé ce qu’il qualifiait de capture de l’État par des fonctionnaires corrompus liés à certains hommes d’affaires karana. Contraint de retourner dans la clandestinité, il a fait l’objet d’une traque intense avant d’être inculpé pour atteinte à la sûreté de l’État
Incarcéré à Tsiafahy depuis le 26 avril 2026, le colonel Patrick subirait, selon ses proches, des traitements particulièrement sévères. L’opinion publique avait déjà constaté la dégradation de son état de santé lors d’une émission télévisée du ministère de la Justice en juin 2026, où il apparaissait se déplaçant difficilement à l’aide de béquilles.
La maison de force de Tsiafahy est réputée pour ses conditions de détention extrêmement dures. D’après le témoignage de son épouse, le colonel Patrick occupe une cellule exiguë dont l’équipement se limite à une assiette, une cuillère, une couverture usagée et une lampe solaire. Les cellules sont peu aérées et les détenus sont contraints de passer leurs journées dans la cour. Plus grave encore, les installations sanitaires seraient inexistantes.
Une situation aggravée depuis le 27 août
Selon le Dr Mino Hasina, les conditions de détention du colonel Patrick se sont considérablement dégradées depuis le 27 août 2026. Le droit de visite qui lui avait été accordé trois fois par semaine aurait été supprimé sur instruction de la ministre de la Justice. Son épouse redoute désormais qu’il ait été transféré dans l’une des cellules disciplinaires les plus sévères de la prison. Elle décrit notamment des cellules de six mètres carrés, privées de lumière naturelle, où il serait interdit de disposer de couvertures ou de recevoir de la nourriture extérieure. Les détenus y seraient contraints de faire leurs besoins directement dans la cellule, dépourvue de toilettes et même de pot de chambre, avec le risque de devoir dormir à proximité de leurs propres excréments
Le Dr Mino Hasina affirme également que la santé du colonel Patrick ne cesse de se détériorer. Elle évoque des essoufflements fréquents, des douleurs dorsales et thoraciques ainsi que des épisodes d’hypothermie. Selon elle, les consultations médicales sont irrégulières et espacées. Des examens scanner auraient été réalisés mais les résultats resteraient bloqués au niveau du service médical de la
maison de force. L’épouse du détenu établit par ailleurs un parallèle avec le décès récent d’un militaire emprisonné à Tsiafahy, estimant que les lenteurs administratives dans le traitement des dossiers médicaux pourraient avoir contribué à ce drame.
« Éliminer à petit feu le colonel Patrick »
« Leur objectif est d’éliminer à petit feu le colonel Patrick », déclare le Dr Mino Hasina. Selon elle, son mari dérange en raison de son indépendance de caractère et de son refus des compromissions. Elle dénonce également un harcèlement moral permanent visant l’officier supérieur ainsi que son entourage.
Plusieurs membres de sa famille auraient récemment fait l’objet de mesures de garde à vue après avoir communiqué avec lui en détention. Son frère octogénaire ainsi que son petit-fils auraient notamment été inquiétés. Une de ses nièces, le Dr Lalie, serait recherchée pour « atteinte à la sûreté de l’État ». Son fils ainsi que son frère seraient retenus par les enquêteurs dans le but de faire pression sur elle. Le Dr Mino Hasina rappelle également avoir elle-même été détenue pendant treize jours en avril 2025, lors de la période où son mari était recherché sous le régime d’Andry Rajoelina.
L’idée d’un comité de solidarité
Face à cette situation, le Dr Mino Hasina lance un appel aux anciens camarades de promotion du colonel Patrick. « Qu’on le transfère à l’hôpital militaire, où il sera en sécurité, à l’abri d’une éventuelle tentative d’assassinat », plaide-t-elle. Elle évoque également la création d’un « groupe de solidarité colonel Patrick », destiné à mobiliser soutiens et relais d’opinion autour de son cas.
L’appel commence à trouver un écho dans la classe politique. Le député Rajerison Antoine, élu d’Arivonimamo (Itasy), a ainsi demandé au colonel Randrianirina, président de la Refondation de la République de Madagascar (PRRM), de faire preuve de clémence. « Le colonel Patrick était parmi ceux qui ont combattu à nos côtés et a participé à la lutte qui a conduit à ce régime de refondation. Il est donc normal que le PRRM se penche personnellement sur son cas durant cette période difficile », affirme l’élu. Et d’ajouter : « En son temps, le PRRM a lui-même connu la prison et quelqu’un a fait preuve de miséricorde pour lui permettre de retrouver la liberté. À lui maintenant d’accorder cette même miséricorde. »
Le soutien d’une partie de l’opinion
Des électeurs du député soutiennent cette démarche. Parmi eux, Rakotobe, l’un de ces militants ayant parcouru à pied les quarante kilomètres séparant l’Imamo de la capitale lors des manifestations de la place du 13-Mai, estime que : « Le colonel Patrick est réputé pour son honnêteté et s’est toujours opposé à la corruption. La répression exercée aujourd’hui contre lui et ses proches est totalement
injuste. »
Un autre jeune militant rejette les accusations selon lesquelles le colonel Patrick agirait pour le compte d’Andry Rajoelina ou de Mamy Ravatomanga : « Il est difficile de croire à cette affirmation. Une grande partie de ceux qui exercent aujourd’hui le pouvoir sont eux-mêmes d’anciens soutiens d’Andry Rajoelina : anciens ministres, anciens sénateurs et anciens militants de la plateforme IRMAR. En revanche, on ne connaît pas au colonel Patrick un passé pro-Rajoelina. »
Une désillusion politique grandissante
Au-delà du cas personnel du colonel Patrick, l’affaire révèle un malaise politique plus profond. Une part importante de l’opinion publique malgache estime aujourd’hui que le mouvement de la GenZ de septembre 2025 a été récupéré par des militaires, des affairistes et divers aventuriers politiques. Madagascar semble désormais prisonnière d’un jeu à somme nulle : d’un côté, une junte militaire accusée d’être incapable de répondre aux aspirations populaires et soumise à de multiples intérêts économiques ; de l’autre, une opposition politique affaiblie, dont l’image serait dégradée par les prises de position controversées de certains activistes de la diaspora. Entre les deux, une population désorientée, marquée par des désillusions successives et un profond sentiment d’impuissance.
L’organisation prochaine d’une concertation nationale pourrait-il relancer le jeu ?
