Le soutien des patrons du foot africain à Gianni Infantino

Rédigé le 07/09/2026
La rédaction de Mondafrique

Les patrons du football africain ont officiellement renouvelé à l’unanimité son soutien à Gianni Infantino pour sa réélection à la présidence de la FIFA en 2027. La CAF, qui réunit les 54 fédérations de football d’Afrique, continue de soutenir le président de la FIFA dans la tourmente pour avoir proposé d’ouvrir la fédération internationale aux investisseurs privés à travers la création d’une filiale privée du nom de FIFA Forward Enterprise (FFE). Un soutien qui est largement dû à des flux financiers favorables au continent, mais qui s’effiloche de plus en plus. 

Mateo Gomez.

Gianni Infantino n’arrive pas à se tirer d’affaire. Alors qu’il y a encore quelques jours il semblait ne devoir faire face qu’à une réélection difficile à la tête de la principale organisation de football au monde, il doit désormais faire appel à des avocats pour se défendre de la plainte au pénal que l’UEFA annonce vouloir déposer contre lui en Suisse. En effet, depuis l’annonce, le 27 juillet, du projet de privatisation et d’ouverture aux investisseurs d’une partie de la FIFA, plus particulièrement la Coupe du monde, la confédération européenne réclame sa tête. Les confédérations asiatique (AFC) et nord et sud-américaine (CONCACAF, CONMEBOL) ont également conspué le projet. Seule la CAF l’a applaudi, et elle reste aujourd’hui le dernier allié d’Infantino.

Jeudi 3 septembre, Samuel Eto’o a notamment justifié son soutien auprès de L’Équipe, représentant de la la Fédération camerounaise (Fecafoot). Depuis, Gideon Fosu, président de la Fédération ghanéenne (GFA), a rejoint son homologue camerounais, dans des propos rapportés par Reuters : « Je trouve sincèrement admirable la passion d’Infantino pour le développement du football en Afrique, explique-t-il. J’espère que le soutien dont il a besoin dépassera les clivages traditionnels. Si cette structure existe, si cette volonté de développer le football féminin et le football en général en Afrique est bien présente, je pense que chacun devrait la soutenir. »

La loyauté avant tout

Ce soutien est même unanime, selon un communiqué de presse de l’instance africaine du 6 août. Dès le 22 juillet, avant même l’annonce officielle du projet, le président de la confédération, le milliardaire sudafricain Patrice Motsepe, qui entretient des liens étroits avec le dirigeant italo-suisse, avait déclaré que ce dernier avait été “loyal envers l’Afrique”, et que “quand les gens sont loyaux envers toi, tu ne les poignardes jamais dans le dos”. Car c’est bien de loyauté dont il s’agit ici, plus que d’un quelconque raisonnement en faveur du projet commercial, qui motive la CAF. D’ailleurs, lors de l’annonce du retrait du projet le 1er août, la CAF avait salué une “décision sage” plutôt que de regretter sa disparition.

Cette loyauté est dûe avant tout aux flux financiers généreux que la FIFA fait parvenir au continent depuis l’élection d’Infantino en 2016, notamment à travers l’initiative FIFA Forward, qui vise le développement du football dans les régions les plus pauvres. Les fédérations africaines ont naturellement applaudi ces investissements dans des centres techniques, sièges de fédération, stades, et autres infrastructures : leurs Etats nationaux respectifs, parmi les plus pauvres au monde, n’allouent que peu de ressources au développement sportif. Au total, ce programme de développement représente plus d’un milliard de dollars répartis sur plus de 200 projets, et ce uniquement en Afrique. De nombreuses fédérations du continent sont également reconnaissantes de l’expansion du format de la Coupe du monde à 48 équipes pour l’édition 2026, dont elles ont été les premières bénéficiaires. Comme l’a indiqué l’ancienne star et actuel président de la fédération camerounaise, Samuel Eto’o, le 24 août, “Il a donné des opportunités à des nations qui n’avaient pas eu l’occasion de participer [à] la Coupe du monde”.

De l’argent peu contrôlé

Mais l’élite associative du football continental bénéficie également de sérieuses entorses déontologiques à la gestion financière de FIFA Forward, pour ne pas dire de quasi-pots de vin. Le programme ne finance pas que les infrastructures, mais aussi le train de vie faste des dirigeants de fédérations à travers de belles rémunérations lors des congrès de la CAF. Tous ces flux ne sont dans la pratique pas contrôlés, ce qui mène à des scandales récurrents de favoritisme et de détournement de fonds publics au quatre coins du continent. Autrement dit, l’argent coule à flots, et Infantino ferme les yeux sur les débordements.

Mais Infantino sait. Selon Constant Omari, ancien président de la fédération congolaise (RDC) de football, “Infantino a réussi à avoir des dossiers compromettants sur toutes les fédérations”. Voilà un système qui crée certainement de la loyauté. L’ancien poste d’Omari est aujourd’hui occupé par Veron Mosengo-Omba, ancien adjoint de Patrice Motsepe, et selon la BBC, ancien camarade d’université du patron de la FIFA.

Est-ce de la corruption si c’est légal ? En plus des investissements déjà cités, Infantino, qui savait son projet controversé, avait promis, fin juillet, une manne de 40 millions de dollars en deux versements pour toutes les fédérations qui soutiendraient le projet de FFE. Un marché difficile à refuser pour les membres de la CAF en manque chronique de fonds. Cela n’aura pas suffi à convaincre les autres confédérations continentales d’avaliser le projet, mais d’autres enjeux entrent en considération.

Un soutien qui se fissure

Lors de l’accession de Motsepe à la présidence de la CAF en 2021, Infantino avait joué un rôle important dans les tractations qui avaient conduit au retrait des autres candidats. Cette proximité entre les deux hommes est donc ancienne. Des observateurs avaient alors parlé d’une forme d’ingérence de la FIFA dans la politique de la CAF. 

La confédération africaine représente le deuxième vivier de voix lors des élections des présidents des instances de la FIFA, avec 54 voix. Le premier est l’UEFA (55 voix), riche et puissante. Or, l’année prochaine, le mandat d’Infantino sera en jeu, et le chouchoutage méthodique de l’Afrique depuis dix ans est un moyen de le préserver, et de limiter le risque de division dans un groupe qui, contrairement aux autres, n’a pas l’habitude de voter en bloc.

Mais l’idée de la FIFA Forward Enterprise fait des ravages difficiles à contenir, et même le soutien de la CAF, pourtant solide au moment de l’annonce, commence à s’émietter au fil des semaines. Selon The Guardian, au moins quinze fédérations africaines seraient désormais prêtes à voter contre Infantino l’année prochaine. Et plusieurs figures importantes du football africain (anonymes à ce stade) auraient approché le second de la FIFA, le suédois Mattias Grafström, pour lui assurer son soutien en cas de candidature. Peut-être l’argent ne peut-il finalement pas tout acheter.

Il ne faut pas nécessairement interpréter le vote de la CAF comme signifiant que les 54 présidents de fédérations africaines sont personnellement convaincus de l’innocence ou de la bonne gouvernance d’Infantino.

Reuters souligne justement que le soutien officiel de la CAF ne garantit pas que les 54 fédérations voteront effectivement de manière homogène en 2027. Certaines fédérations africaines commencent à prendre leurs distances. 

Au total, Infantino a construit en Afrique un système d’influence fondé sur les financements de la FIFA, la redistribution du pouvoir au profit des fédérations africaines et des relations personnelles avec leurs dirigeants. Motsepe a donc de bonnes raisons de défendre Infantino, et les fédérations africaines ont elles-mêmes intérêt à maintenir cette relation.