Madagascar, le recyclage de l’ancien régime se poursuit

Rédigé le 03/09/2026
La rédaction de Mondafrique

La nomination de Mamy Ratovomalala au poste d’ambassadeur de Madagascar au Royaume-Uni illustre, une nouvelle fois, la méthode de recrutement privilégiée par la junte militaire : la « refozation », ou le retour des éternels fidèles d’Andry Rajoelina.

Par Daniel Sainte-Roche

Ce cercle remonte souvent à l’ère Didier Ratsiraka, lequel avait lui-même reconnu avoir soutenu le coup d’État de 2009 orchestré par l’ancien DJ. À Antananarivo, les régimes passent, les hommes restent.

Présentée comme s’inscrivant dans une dynamique de refonte du corps diplomatique, cette désignation confirme surtout la promotion régulière de personnalités ayant traversé les différents régimes ralliés aujourd’hui au pouvoir en place. Mieux connu sous le nom de « Mamy Ratovo », le nouveau représentant de la Grande Île à Londres n’est pas un grand inconnu de la vie politique malgache. Il a occupé les fonctions de ministre de l’Industrie et de l’Artisanat à la fin des années 1990 et au début des années 2000, sous la présidence de Didier Ratsiraka.

Mamy Ratovomalala.

Après le coup d’État de 2009, Andry Rajoelina le rappelle aux affaires en le nommant ministre des Mines et des Hydrocarbures. Il conserve ce portefeuille jusqu’à la mise en place du gouvernement d’union nationale dirigé par Omer Beriziky fin 2011. Par la suite, Andry Rajoelina continue de s’appuyer sur cet homme de confiance en l’intégrant à la Direction générale de la Présidence.

Une mission économique aux contours flous

Officiellement, l’affectation de Mamy Ratovomalala à Londres doit permettre de redynamiser la représentation diplomatique malgache sur le territoire britannique et de renforcer les relations bilatérales entre les deux pays. Pourtant, son parcours ne plaide guère pour une connaissance approfondie de l’économie britannique.

L’ancien ministre s’est davantage illustré dans le développement des chambres de métiers, mises en place en coopération avec la France et en partenariat avec les chambres de métiers françaises. Les autorités malgaches misent donc moins sur une connaissance spécifique du Royaume-Uni que sur son expérience politique et administrative pour porter les intérêts du pays dans l’une des capitales économiques les plus influentes du monde.

L’ombre persistante du scandale WISCO

Comme nombre de figures gravitant autour du pouvoir actuel, Mamy Ratovomalala traîne également son lot de polémiques. Son nom demeure associé à l’affaire WISCO, considérée comme l’un des dossiers financiers et miniers les plus sensibles et les plus controversés de la période de la Haute Autorité de la Transition (HAT, de 2009 à 2014).

En mai 2010, l’État malgache signe un accord important avec la société chinoise Wuhan Iron and Steel Corporation (WISCO) pour l’exploitation du gisement de fer de Soalala. En contrepartie de cette concession, le groupe chinois verse à Madagascar un bonus de signature de 100 millions de dollars, une somme considérable pour l’époque, alors que le pays est plongé dans une crise politique et soumis à des sanctions internationales.

Très rapidement, la gestion et la traçabilité de ces fonds soulèvent de nombreuses interrogations. Des soupçons de corruption et d’opacité émergent autour du circuit emprunté par cette manne financière au sein du Trésor public. Face à la polémique, Mamy Ratovomalala, alors ministre des Mines, et Hery Rajaonarimampianina, ministre des Finances et du Budget de l’époque, sont contraints en juin 2010 de s’expliquer publiquement et de comparaître devant la HAT afin de justifier l’utilisation et le dépôt de ces fonds.

Quinze ans plus tard, malgré ce passif encombrant, Mamy Ratovomalala poursuit son ascension au sein de l’appareil d’État. Une promotion qui en dit long sur la permanence des réseaux de pouvoir à Antananarivo, où les figures des anciennes administrations continuent d’occuper les postes les plus stratégiques, y compris dans la diplomatie.