C’est un séisme dans le petit monde intellectuel d’Antananarivo. Selon plusieurs observateurs, le juriste et politologue Harotsilavo Rakotoson aurait été placé en détention préventive pour « atteinte à la sûreté de l’État », cette accusation fourre‑tout régulièrement brandie pour faire taire les voix trop libres. Une affaire qui, pour beaucoup, illustre une fois de plus la crispation du pouvoir face aux esprits critiques.
Par Daniel Sainte-Roche
Juriste formé à Aix-en-Provence et à Sciences-po Aix, passé par la Harvard Kennedy School, Rakotoson appartient à cette génération d’intellectuels malgaches à la formation impeccable et au discours affûté. Ancien secrétaire général du ministère de la Justice sous Marc Ravalomanana, consultant en droit des affaires, conférencier à l’ENMG (Ecole nationale de la magistrature) et à l’ENAM (Ecole nationale d’administration), il s’est imposé comme l’un des analystes les plus suivis du pays.
Fondateur du parti politique Manajary Vahoaka – littéralement, « promouvoir le peuple » –, il plaide pour une refondation de l’autorité civile, une restauration de la confiance entre l’État et les citoyens et une émancipation intellectuelle de la jeunesse malgache. Ses interventions, souvent d’une grande pondération, séduisent une frange croissante de jeunes Malgaches en quête de repères dans un pays miné par les crises à répétition.
Mais dans cette lucidité, certains voient une menace. Plusieurs observateurs estiment que ses analyses dérangent un pouvoir habitué à marginaliser ceux qui refusent de se plier à la pensée officielle. À Madagascar, rappellent-ils, l’accusation d’atteinte à la sûreté de l’État revient comme un mantra dès qu’un intellectuel ose pousser la jeunesse à réfléchir autrement. L’arrestation de Harotsilavo Rakotoson s’inscrit dans une désormais longue liste de mise au pas des voix indépendantes. On se rappelle la persécution dont ont été l’objet des militants de la Gen Z en mars 2026. Ou le colonel Patrick Rakotomamonjy, qui pourrit actuellement à la maison de force de Tsiafahy, après avoir étalé au grand jour les dérives du régime transitoire. Pour les détracteurs de l’intellectuel, à l’inverse, sa mise en détention préventive relèverait d’un impératif sécuritaire.
Dans un pays où la frontière entre critique citoyenne et dissidence politique est souvent floue, l’affaire promet de faire couler beaucoup d’encre.
