Mohammed VI transforme le football marocain en un instrument d’influence

Rédigé le 08/07/2026
La redaction de Mondafrique

Le Maroc s’est qualifié pour les quarts de finale après un parcours convaincant et affronte, ce jeudi 9 juillet, l’équipe de France dans un match considéré comme l’un des grands chocs du tournoi. La rencontre sera suivie attentivement au Palais royal, où Mohamed VI a toujours veillé de près aux succès de l’équipe nationale « les Lions de l’Atlas », un instrument de soft-power au service du rayonnement du pays, à l’échelle continentale voire mondiale..

Les liens entre la monarchie marocaine et le football ne datent pas d’hier, ni même d’avant-hier. Le roi Hassan II était un passionné de ballon rond, et n’hésitait pas à donner son avis sur les orientations tactiques de l’équipe nationale.

Sous le règne de Mohammed VI, le football est resté le sport roi, aux yeux du souverain comme de ses sujets. Loin de se contenter de donner des moyens aux Lions de l’Atlas, le Palais royal a développé et avec succès une véritable diplomatie sportive

Patrick Juillard

« L’influence du roi et du Maroc passait auparavant effectivement par une diplomatie plus traditionnelle. Elle passait également par une diplomatie religieuse. Le Maroc forme des imams partout dans le monde. Et le Maroc a compris que l’influence passe aussi par le sport, le football, sport mondial, expliquait l’an passé à TV5 Monde Hasni Habidi, directeur du Centre d’études et de recherche sur le monde arabe et méditerranéen (CERMAM) de Genève. Le sport et plus particulièrement le football constituent de fait le troisième pilier de la diplomatie marocaine. »

Cette politique, insufflée par Mohammed VI, est passée par la base comme par le sommet, par la formation des jeunes talents comme par le rayonnement des équipes nationales, bien structurées, victorieuses et attractives, et la main de nouveau tendue au reste du continent.

L’Académie Mohammed VI

Pour refonder son football et en faire un instrument du rayonnement de la nation marocaine, le Palais royal a en premier lieu consacré les moyens nécessaires à l’exploitation optimale du potentiel d’une nation de plus de 35 millions d’habitants.

En 2008, après une décennie pauvre en résultats pour les clubs marocains comme pour l’équipe nationale, est lancée l’Académie Mohammed VI. Situé à Salé, dans l’agglomération de Rabat, et inauguré l’année suivante, ce centre modèle qui a coûté 13 millions d’euros accueille des promotions de 45 enfants sous la houlette du Franco-Marocain Nasser Larguet, formateur de référence. Le travail paye : en octobre 2025, quatre joueurs formés à l’Académie figuraient parmi les titulaires de l’équipe du Maroc qui a remporté la Coupe du monde des moins de 20 ans au Chili sous la direction de Mohamed Ouahbi, actuel sélectionneur de l’équipe A en lice à la Coupe du monde.

Au fil des ans, ce succès a contribué à atténuer la dépendance de l’équipe nationale envers les joueurs binationaux, mais aussi à convaincre les meilleurs de ces jeunes formés en Europe à choisir plus tôt de mener carrière sous les couleurs du pays de leurs ancêtres. Le mélange permet aux Lions de l’Atlas de carburer dans les grandes compétitions internationales, avec une demi-finale de Coupe du monde en 2022, la première de l’histoire des équipes africaines, et une finale de CAN cette année, toujours en attente d’un verdict définitif devant le Tribunal arbitral du sport (TAS).

Brahim Diaz, la star souriante

Pour ce Mondial, la star de l’équipe du Maroc et symbole des formidables progrès enregistrés dans les stades par le Maroc, Brahim Díaz, arrivait en grande confiance après une excellente Coupe d’Afrique des nations 2025, dont il avait terminé meilleur buteur. Depuis qu’il a choisi de représenter le Maroc plutôt que l’Espagne, il est devenu en effet l’un des leaders techniques des « Lions de l’Atlas ».

Si vous pensez au quart de finale contre la France, Brahim Díaz sera probablement l’un des joueurs les plus surveillés, aux côtés de Achraf Hakimi et Soufiane Rahimi.

Marocain par sa grand-mère maternelle, Brahim Abdelkader Diaz a pourtant d’abord repoussé les appels du Maroc, sous les mandats d’Hervé Renard puis de Vahid Halilhodzic. International espagnol dans toutes les catégories jeunes, celui qui porte à l’adolescence les couleurs de Manchester City se voit alors mener une carrière internationale sous les couleurs de la Roja. Le rêve semble devenir réalité le 6 juin 2021 : désormais joueur du Real Madrid, Brahim Diaz fait ses débuts avec l’Espagne contre la Lituanie, marquant un but (victoire 4-0). Mais cette sélection restera sans lendemain, et ne mettra pas le Maroc hors-course : la rencontre en question étant amicale, la FIFA autorise depuis 2009 l’intéressé à changer de nationalité sportive par la suite, sans limite d’âge.

Ironie de l’histoire, c’est grâce à cet assouplissement de la réglementation obtenu par… l’Algérie que le Maroc va parvenir à ses fins. Au mois de mars 2023, après avoir attendu en vain une convocation pour le Mondial 2022 au Qatar avec l’Espagne, Brahim Diaz choisit de passer sous pavillon marocain, rejoignant les Lions de l’Atlas tombeurs de… l’Espagne et demi-finalistes. La suite, Brahim Diaz l’écrit à coup de passes décisives et de buts. Sur les murs de la ville, son visage souriant orne des affiches pour une célèbre compagnie de téléphonie mobile et ses offres 5G. La pub, une fois n’est pas coutume, tombe juste : qui mieux que Brahim Diaz pour mettre de la connexion dans le jeu du Maroc ?

La main tendue à l’Afrique

En parallèle de cette diplomatie du succès (sportif), le Maroc se tourne de nouveau vers le continent africain. Là encore, les choses vont changer du tout au tout. Fin 2014, le pays fait faux bond à la Confédération africaine de football : à quelques mois de la CAN qu’il doit organiser, le Maroc se désiste, arguant un risque de circulation du virus Ebola dans le Royaume. La CAF exclut les Lions de l’Atlas des deux prochaines CAN, avant que le TAS (déjà…) ne casse cette sanction.

Une nouvelle ère commence alors : sous la houlette du président de la FRMF (Fédération royale marocaine de football) Fouzi Lekjaa, élu en 2014, le Maroc tend la main à l’Afrique.

Cela passe par l’organisation désormais récurrente de compétitions continentales sur le territoire, mais aussi par l’accueil de sélections africaines privées du droit d’accueillir des rencontres sur leur sol, faute de disposer des infrastructures requises.

Le stade Hassan II en construction

Au fil des années, l’hospitalité royale va bénéficier à de nombreuses équipes des autres sous-régions d’Afrique. Le football marocain, ses équipes et ses installations de haut niveau, rayonnent en Afrique. Et ce n’est pas fini : le Maroc voit grand. En 2030, le Royaume coorganisateur de la Coupe du monde, aux côtés de l’Espagne et du Portugal.

L’ambition déclarée du Palais royal est d’accueillir la finale de l’épreuve au stade Hassan II, une enceinte de 115.000 places en cours de construction. Après des élections législatives tendues qui devraient avoir lieu en septembre, les forces politiques marocaines qui n’ont guère brillé ces dernières années devront affronter un véritable défi dans un pays dont les marges de manoeuvre financières sont très limitées et la crise sociale omnipérésente. Les obstacles seront innimbrables, de la circulation dans les grandes villes au renforcement de la capacité hôtelière, de la gestion sécuritaire des foules de supporters à la pression sur l’eau et l’énergie au coeur de l’été.

Ces inquiétudes reviennent dans les discussions publiques et sur les réseaux après la gestion calamiteuse en janvier dernier de la Coupe de football d’Afrique.