Seidane Ag Hita, le commanditaire présumé de l’enlèvement et de l’assassinat de Ghislaine Dupont et Claude Verlon le 2 novembre 2013 à Kidal, a fait circuler sa photo à l’intérieur du camp d’Amachach-Tessalit, le camp le plus isolé de l’extrême nord du Mali, tombé ce 1er mai entre les mains de la coalition armée djihadistes/séparatistes touareg.
On y voit le chef d’état-major du Groupe de soutien à l’Islam et aux musulmans, en boubou bleu, tenir dans sa main droite une grande clé que les Français ont remise aux soldats maliens lorsqu’ils ont quitté la localité, le 5 novembre 2021, après huit ans de présence ininterrompue. En brandissant cette clé, Seidane délivre un double message de défi et d’affirmation de son autorité, aux Maliens bien sûr mais aussi aux Français.
Ce vendredi 1er mai, les combattants russes et leurs camarades maliens ont abandonné les camps d’Amachach-Tessalit et Aguelhoc, tous deux situés à l’extrême nord, sans doute en raison de la menace auxquels ils étaient désormais exposés par la chute de Kidal, dimanche dernier, aux mains du GSIM djihadiste d’Iyad Ag Ghali et du Front de libération de l’Azawad. Il n’y a pas eu de combats.
Un expert en enlèvements et rançons
Seidane Ag Hita est poursuivi par la justice française pour avoir été l’organisateur de l’enlèvement de l’équipe de RFI, sous les ordres d’Abdelkrim Taleb, chef d’une katiba d’Al Qaïda au Maghreb islamique (AQMI), la katiba Al Ansar, qui avait revendiqué le rapt. Les quatre membres du commando de ravisseurs étaient sous les ordres directs de Seidane Ag Hita. À cette époque, en 2013, il était chef de groupe et commandait une cinquantaine d’hommes. Deux ans plus tôt, le 24 novembre 2011, un de ses neveux a été impliqué dans l’enlèvement de deux autres Français, Philippe Verdon (décédé en captivité) et Serge Lazarevich.
Par la suite, Seidane a connu une brillante carrière à l’ombre de celui qui est devenu le chef de la galaxie d’AQMI, le Touareg Iyad Ag Ghali, lui-même cousin du commanditaire des enlèvements de Ghislaine et Claude et proche de tous les acteurs du crime. En octobre 2020, lors d’un spectaculaire échange de prisonniers organisé pour la libération de la Française Sophie Pétronin, du leader de l’opposition Soumaïla Cissé et de leurs deux compagnons d’infortune italiens (le père Pierluigi Maccalli et Nicola Chiacchio), Seidane Ag Hita était apparu comme le négociateur en chef de toutes les katibas associées au grand troc, qui a abouti à la libération de plus de 200 otages et au versement d’une rançon inconnue mais dépassant sans doute dix millions d’euros.
