Madagascar : un gouvernement sans surprise

Rédigé le 30/03/2026
La rédaction de Mondafrique

Le colonel Michael Randrianirina, président de la Refondation de la République de Madagascar (PRRM), a annoncé mercredi 25 mars la formation d’un nouveau gouvernement composé de 30 membres, dont la principale mission sera axée sur le renforcement de la stabilité sociale et la lutte contre la corruption.

Par Daniel Sainte-Roche

Dans cette optique, 17 anciens ministres ont été reconduits. Sans surprise, la plupart des grandes figures de l’équipe précédente sont maintenues à leurs postes. Ainsi, Fanirisoa Erinaivo retrouve son portefeuille au ministère de la Justice malgré une campagne de dénigrement très virulente sur les réseaux sociaux. Ce maintien témoigne du capital confiance dont dispose celle que l’on surnomme «le bulldozer », dont la force de caractère et l’opiniâtreté sont redoutées par ses ennemis les plus coriaces.

Le PRRM a aussi pris soin de garder dans le gouvernement les « généraux de service », dans un souci d’apaiser les différents corps militaires. Sont ainsi reconduits le général de corps d’armée Razafitombo Élie (ministre des Forces armées), le général de gendarmerie Lylison René de Roland (ministre de l’Aménagement du territoire et des services fonciers), l’inspecteur général de police Erick Michel Idrissa (ministre de la Sécurité publique), le général de division Bama Marima (ministre délégué en charge de la Gendarmerie). La camaraderie militaire est préservée avec la présence au ministère de l’Intérieur et de la décentralisation d’un ancien gendarme et ancien co-promotionnaire du PRRM, l’administrateur civil Rakotonandrasana Velonjara Tiaray.

Gouvernement d’ouverture

Les observateurs ont noté que le présent réaménagement a été mis à profit pour concrétiser le principe d’ouverture aux forces politiques et syndicales, ainsi qu’à la société civile. C’est apparemment dans ce sens que l’on a fait appel à un troisième membre du parti TIM de l’ancien président Marc Ravalomanana pour siéger dans le nouvel exécutif. Il s’agit de Andriamampandry Todisoa Manampy, ancien député du 6e arrondissement de Tananarive, ‎nommé au ministère de l’Enseignement technique et de la formation professionnelle. Hanitra Razafimanantsoa, ministre chargé de la Refondation, et Vololoniaina Lucie, ministre du Tourisme et de l’artisanat, sont les deux
autres ministres issus du parti TIM.

Parmi les nouveaux entrants, on peut aussi remarquer l’entrée en lice de deux ministres issus du parti MMM (Malagasy Miara-Miainga) de Hajo Andrianainarivelo. Andriatsihala Nolave Luck Aristide prend le portefeuille de l’Environnement et du développement durable. Il fut secrétaire général de ce même ministère dans le gouvernement précédent. Denis Franco est nommé à la tête du ministère du Travail, de l’emploi et de la fonction publique. Ce militant MMM fut élu maire de Mananjary sous l’étiquette de la plateforme IRMAR de Rajoelina en 2019. Il est aussi connu pour ses activités au sein de l’association MAFANA (MAnanano – FArony – NAmorona), une des composantes de FIANTA (association des originaires de l’ethnie Antemoro).

Un autre fait marquant est la désignation de Andrianavalona Herizo au poste de ministre des Transports et de la météorologie. Élu président du syndicat du personnel de la douane pendant trois mandats successifs, le nouveau ministre fut un fervent militant qui a toujours apporté son soutien aux différentes manifestations réclamant la destitution de Andry Rajoelina.

Le nouveau gouvernement inclut également quelques personnalités de la société civile. Parmi elles figure le professeur Maharavo Jean, nommé ministre de la Pêche et de l’économie bleue. Océanographe et spécialiste de biodiversité marine et de ressources halieutiques, cet expert en adaptation au changement climatique est le vice-président de l’ONG Tany Ifandovana.

Deux changements notables

Le ministère de l’Énergie est confié à Lucas Rabearimanga, un ancien directeur à l’Office malgache des hydrocarbures. L’opinion publique s’est grandement émue de la non reconduction du désormais ancien ministre Ando Ralitera dont les actions en quelques mois ont abouti à des résultats tangibles, notamment la diminution du délestage de la fourniture d’électricité dans les foyers. Selon des indiscrétions, son éviction pourrait être motivée par sa volonté de porter des modifications au contrat léonin qui lie l’État malgache aux fournisseurs d’énergie.

Actuellement, les fournisseurs vendent l’électricité à plus de 25 centimes d’euro le kWh à la JIRAMA, qui la revend à perte. Conformément au contrat “take or pay”, l’État doit tout acheter, même l’énergie non consommée. De plus, ce sont les mêmes fournisseurs qui maitrisent tout le circuit, en amont et en aval (infrastructures, maintenance, stock de carburant). Ando Ralitera voulait renégocier ces contrats et il s’est attiré une levée de boucliers des affairistes qui profitent de ce système inique. Les actions du nouveau ministre Lucas Rabearimanga vont, par conséquent, être observées à la loupe par les consommateurs.

Au ministère des Affaires étrangères, Christine Razanamahasoa cède sa place à Alice N’Diaye, une diplomate de carrière. Cette nouvelle nomination a réjoui le syndicat des corps des agents diplomatiques et consulaires qui « salue le choix d’une figure éminente de la grande famille du ministère pour conduire la diplomatie malgache ». Christine Razanamahasoa, magistrate de formation, est pressentie pour occuper la présidence de la Haute Cour Constitutionnelle.

Une population paupérisée et désabusée

Le colonel Michael Randrianirina attend beaucoup de cette nouvelle équipe gouvernementale face à une population paupérisée et désabusée devant les scandales à répétition provoquées par certains des nouveaux dirigeants. La priorité sera donnée à l’amélioration des conditions de vie, notamment dans les domaines de l’alimentation, de l’énergie et de la sécurité, ainsi qu’à la lutte contre la corruption. « Tout échec ou acte de corruption sera sanctionné par un limogeage immédiat, et fera l’objet de poursuites pénales », martèle le PRRM.

Mais dans l’immédiat, le nouveau gouvernement dirigé par le Premier ministre Mamitiana Rajaonarison doit s’atteler à examiner les recommandations de la Cour des Comptes, qui vient de délivrer des audits accablants sur la gestion des finances publiques sous le régime déchu d’Andry Rajoelina. Il a, en effet, été établi qu’entre 2022 et 2025, plus de 790 millions d’euros ont été détournés ou perdus dans la gestion des comptes publics. Une vaste « chasse à l’homme » s’annonce d’ores et déjà…