Dans un contexte de corruption généralisée de la justice, le procureur Berthin Mahonjo redore le blason de la magistrature, malgré les attaques dont il fait l’objet de la part des complices de l’ancien régime, tombé en octobre dernier après des semaines de manifestations.
Par Ulrich Rabary
La députée Marie Michelle Sahondrarimalala, fervente militante du parti TGV de l’ex-président déchu Andry Rajoelina, a été placée en détention provisoire à la prison d’Avaradrano, à l’issue de son audition devant les juges de la Cour suprême, le 18 janvier dernier. L’élue, par ailleurs magistrat de premier grade, est poursuivie pour des faits de distribution d’argent à des fins de corruption, dans le but de provoquer des troubles à l’ordre public.
Selon les indiscrétions au Tribunal Anosy d’Antananarivo, plusieurs magistrats, par esprit de corps et affinités politiques, auraient refusé de traiter le dossier.
Un magistrat réputé pour son intégrité
Cette affaire politiquement délicate a donc atterri dans le bureau du procureur Berthin Mahonjo, un magistrat dont la réputation d’intégrité est établie. Après plus de 25 ans de carrière, ce juge fait partie des rares qui arrivent au Palais de Justice par les transports en commun. Certains de ses collègues, tout juste sortis de l’École de la magistrature, paradent déjà au volant de rutilants 4×4 ! Le sens de la justice, ce conseiller à la Cour de cassation en fait un principe de vie. C’est ainsi que le 31 décembre 2022, il a ordonné, en tant que substitut du procureur, la libération de Mahery Lanto Manandafy, un lanceur d’alerte emprisonné pour avoir dénoncé un trafic d’armes et de munitions impliquant un député, un policier et un homme d’affaires. À la suite de cette action, Mahonjo fut sanctionné d’une suspension de solde de deux ans par les tenants corrompus du pouvoir de l’époque, sous le prétexte fallacieux de « manquements à l’éthique et à la déontologie de la magistrature ».
En plaçant sous mandat de dépôt une cacique de l’ancien régime, Berthin Mahonjo est aujourd’hui accusé par les pro-Rajoelina de « prendre sa revanche », un leitmotiv éculé utilisé à tout bout de champ par ces derniers dès qu’un de leurs comparses est traduit devant la justice pour corruption, concussion, trafic d’influence ou autre délit. Mais sur les réseaux sociaux, les commentaires défavorables au procureur ont vite été submergés par des témoignages provenant tant de justiciables que de collaborateurs faisant l’éloge de ses prestations partout où il a exercé, que ce soit en province (tribunaux d’Ambanja et de Maevatanana) ou dans la capitale.
Ainsi une greffière du tribunal d’Anosy écrit : « Berthin Mahonjo est une personne avenante, un homme qui aime son travail et déteste la corruption. Il vit de son seul salaire, et la suspension de solde dont il fut victime a été difficile à vivre pour lui, car il n’avait aucune économie ». Un justiciable raconte aussi : « Lors d’une affaire, un juge nous a soutiré de l’argent. Mais Berthin Mahonjo a ordonné le remboursement de ce paiement indu ». De menus faits qui marquent les esprits dans le contexte malgache, où les justiciables sont écrasés par les juges véreux et leurs complices de toute la chaîne pénale.
Un coup de balai s’impose contre la corruption des juges malgaches
