Le Sahara occidental, des avancées à tout petits pas

Rédigé le 15/10/2026
Nicolas Beau

Le rapport d’Antonio Guterres sur le Sahara occidental, remis au Conseil de sécurité le 1er octobre 2026, arrive à un moment où le dossier a changé de nature. La résolution 2797, adoptée par l’ONU en octobre 2025, avait en effet déplacé le centre de gravité diplomatique : le plan marocain d’autonomie est désormais explicitement pris comme base des discussions.

Il reste que le rapport de Guterres rappelle que la négociation n’a pas encore produit de compromis sur la souveraineté ultime du Sahara et sur le processus que prendrait l’autodétermination.

Autrement dit, la négociation ne fait que débuter même si Donald Trump a mis tout son poids et avec beaucoup de doigté (une fois n’est pas coutume) pour que l’Algérie et le Maroc parviennent enfin à un compromis.

Le statut du Sahara occidental n’est toujours pas tranché par le droit international.

Voici un an, la résolution 2797 n’a pas « réglé » le dossier Sahara mais a modifié les conditions dans lesquelles le règlement devra être négocié. Le Conseil de sécurité a demandé aux parties d’engager des discussions en prenant le projet marocain d’autonomie comme base, tout en visant une solution politique « juste, durable et mutuellement acceptable » assurant l’autodétermination du peuple du Sahara occidental. Cette double exigence est la clé de lecture du texte.

Rabat a pu donc légitimement considérer la résolution 2797 comme une avancée. Mais pour autant cette résolution n’est pas un blanc-seing à la souveraineté marocaine. Le texte organise une négociation, mais il n’en écrit pas le résultat. C’est en gros désormais la position très équilibrée de l’administration Trump qui joue désormais un rôle clé dans le dossier inextricable du Sahara occidental qui entretient un conflit sans fin depuis la marche verte de feu Hassan II.

Représentant de Trump pour l’Afrique et beau père d’une des filles du Président américain, Massad Boulos soutient le plan d’autonomie du Sahara occidental sous souveraineté marocaine dessiné par la résolution 2797. À la mi-octobre 2026, il vient de réaffirmer cette position au nom de l’administration de Donald Trump, tout en cherchant à obtenir la participation du Front Polisario aux négociations et à obtenir un accord avec Alger dont il ne faut jamais sous estimer les liens avec Washington. Lesquels existent depuis un demi siècle même sous le règne du très socialiste président Boumedienne.

Une preuve récente de ces relations confiantes, l’ambassadeur américain auprès des Nations unies, Mike Waltz, a rencontré une délégation du Front Polisario à New York fin septembre 2026 (voir l’image ci dessus). Mieux encore, le diplomate américain a accompagné l’entretien d’un appel direct concernant les réfugiés des camps de Tindouf situés en territoire algérien: « Les réfugiés des camps de Tindouf attendent depuis 50 ans. Ils méritent de vraies options, pas une décennie de plus d’attente. Les bases d’une solution existent », réaffirmant que la solution réside dans le plan d’autonomie marocain

Des négociations à quatre

Le fait nouveau de 2026 est le retour à la table de l’Algérie, du Maroc, du Polisario et de la Mauritanie. Trois séries de discussions ont eu lieu à Washington et Madrid en janvier et février. Ce format est politiquement essentiel. Aucun règlement durable ne peut être construit en faisant abstraction de l’Algérie

Or les discussions devraient aborder des sujets qui n’étaient auparavant que des hypothèses : phase transitoire, garanties internationales, sécurité, désarmement, réintégration, ressources, réconciliation, institutions et élections. C’est considérable. Mais l’architecture d’un accord ne préjuge pas de son contenu. Le verrou demeure la souveraineté. Le Maroc veut une autonomie sous souveraineté marocaine. Le Polisario continue de faire du droit à l’autodétermination la ligne rouge. L’Algérie soutient ce principe et refuse de voir la résolution 2797 transformée en mécanisme automatique d’imposition d’une solution.

La négociation a donc avancé sur le processus retenu. Un progrès certes, mais qui ne doit pas masquer sa principale faiblesse , l’absence de tout début d’accord sur le fond.

Le droit de veto algérien

Le Maroc dispose aujourd’hui d’un environnement diplomatique plus favorable qu’il y a dix ans. Son rapprochement avec l’Amérique de Donald Trump (voir l’article ci dessus), l’évolution de la position d’Emmanuel Macron qui a choisi Rabat contre Alger , le soutien croissant de plusieurs États africains et arabes au plan d’autonomie et l’intégration économique exceptionnelle des « provinces du Sud », du nom que le Royaume marocaon donne aux territoires contestés, renforcent la crédibilité internationale d’une marocanité du Sahara occidental.

Mais l’Algérie, pour autant, n’est pas hors jeu. Loin de là. Donald Trump ne compte pas lui tordre le bras. Cette fois, le président américain joue finement. Le pays conserve un poids militaire et énergétique considérable, une influence diplomatique en Afrique et au delà, en Russie, en France ou en Espagne. Toute solution qui ne serait pas politiquement acceptable pour les Algériens resterait un leurre.

Pendant des décennies, le statu quo pouvait apparaître comme une stratégie raisonnable pour l’Algérie. Tel n’est plus le cas. Chaque année supplémentaire voit se consolider les investissements marocains, des positions diplomatiques favorables à Rabat et l’idée que l’autonomie constitue le seul compromis réaliste.  

Les Américains maitres du jeu

L’implication croissante de Washington dans le processus est décisive pour sortir de l’ornière. Les États-Unis ne se contentent plus de soutenir une orientation diplomatique : ils participent à la facilitation des discussions avec l’ONU. Une médiation strictement onusienne peut gérer le conflit. Une implication américaine peut chercher à fabriquer un accord.

Mais Washington devra éviter le piège de la solution imposée. Si Alger et le Polisario concluent que le processus n’est qu’un mécanisme destiné à habiller une décision déjà prise, la négociation peut se bloquer brutalement. La vraie question est de savoir si Washington peut utiliser son influence pour obtenir de Rabat et d’Alger de ne pas en rajouter dans une phraséologie nationaliste stérile et d’imaginer un avenir commun et apaisé.

Trois options plausibles.

Le mandat de la MINURSO arrive à échéance le 31 octobre. Le Conseil de sécurité doit donc décider s’il renouvelle sa mission et sous quelle forme. La première option serait un renouvellement du mandat d’un an, accompagné d’un soutien renforcé au processus politique. Ce serait le scénario le plus prometteur. La deuxième option serait un renouvellement plus court, par exemple six mois, afin de vérifier si les négociations commencent à produire enfin des résultats tangibles. La troisième option serait un texte plus désiquilibréee, renforçant encore la centralité du plan d’autonomie.

La première illusion serait de croire que l’indépendance reste aujourd’hui aussi proche qu’elle pouvait paraître dans les années 1990. Le contexte international a profondément changé; le Polisario s’est figé dans une forme de déni sur la réalité de sa représentativité au sein du peuple sahraoui. La seconde erreur serait de croire qu’un vote du Conseil de sécurité peut, à lui seul, imposer la fin du conflit. La communauté internationale prend date de l’évolution des dossiers dont elle se saisit mais qui se négocient ailleurs que dans l’enceinte de l’ONU..

Le seul scénario crédible, encore qu’incertain, est celui d’une solution graduelle qui débuterait par la négociation d’un cadre politique et se poursuivrait par des arrangements transitoires, des garanties internationales et des dispositions sécuritaires. Cette formule pourrait permettre à Rabat de capitaliser un engagement sans failles et à Alger d’éviter une capitulation humiliante. On y est pas encore.

Ni annexion, ni indépendance

Derrière le dossier sahraoui, une réalité s’impose : le véritable conflit stratégique oppose désormais deux visions du Maghreb. Le Maroc construit une puissance d’influence fondée sur l’économie, l’Afrique, les infrastructures, les alliances et la diplomatie.L’Algérie conserve une puissance fondée sur l’État, l’armée, l’énergie, la profondeur territoriale et une tradition diplomatique souverainiste.

La normalisation progressive du dossier ouvrirait la voie à une question autrement plus importante : la réouverture du Maghreb, la coopération sécuritaire au Sahel, les échanges économiques et, à terme, une reconstruction de la relation algéro-marocaine.

La question des prochains mois est de savoir si le Marocpeut transformer son avantage en compromis. Et si l’Algérie peut encore bloquer le processus sans prendre le risque de se maintenir dans un isolement diplomatique grandissant. La situation actuelle est vécue au sein du pouvoir algérien et non sans raisons comme un encerclement face à l’axe Rabat/Abou Dhabi/Tel Aviv.

Le moment de vérité sera celui où Rabat et Alger comprendront qu’une victoire totale de l’un est devenue moins réaliste qu’un compromis qui permette à chacun de sortir du conflit sans avoir à reconnaître sa défaite. Mais la sortie de crise ne sera ni juridique, ni militaire. Elle sera politique.

Cette fois, le compte à rebours a commencé. Un nouvel échec entrainerait le nord de l’Afrique tout entier, de Tripoli à Nouakchott, dans une période de très grande tension.