Alger a rompu ses relations diplomatiques avec Abou Dhabi après plusieurs années de désaccords sur les crises en Afrique du Nord et au Sahel. Les deux pays ont des perceptions très différentes de leur différend, mais celui-ci s’est néanmoins transformé en une rivalité susceptible de menacer la stabilité régionale. Le think tank « Crisis Group » dont la pertinence et l’indépendance sont reconnues consacre un article très instructif sur la déflagration que représente cette rupture entre l’Algérie et les Émirats. Extraits
Michaël Béchir Ayari — Analyste principal, Tunisie
Le président Tebboune et Mohammed Ben Zayed, à Bari. D. R.
Le 10 septembre, l’Algérie a rompu ses relations diplomatiques avec les Émirats arabes unis (EAU), dernier épisode en date d’une confrontation entre les deux pays autour de leurs politiques au Moyen-Orient, en Afrique du Nord et au Sahel. Depuis 2020, les désaccords entre Alger et Abou Dhabi se sont accumulés sur les questions d’Israël, du Maroc et du Sahara occidental. L’Algérie nourrit également une méfiance croissante à l’égard des objectifs poursuivis par les Émirats dans les crises en Libye, au Soudan et dans les États sahéliens.
Cette rupture se caractérise par une asymétrie des perceptions. Alger considère que les Émirats arabes unis, pourtant situés à plusieurs milliers de kilomètres dans le Golfe, s’ingèrent dans son environnement nord-africain et sahélien, où elle cherche à retrouver l’influence diplomatique qu’elle a exercée pendant plusieurs décennies après son indépendance de la tutelle coloniale française en 1962. Elle perçoit les interventions émiraties comme des empiètements, à tout le moins, sur sa zone d’influence historique. De son côté, Abou Dhabi affirme que les relations économiques, et non l’Algérie, sont au cœur de son engagement en Afrique. Les autorités émiraties récusent toute intention de provoquer ou de marginaliser Alger.
Les désaccords bilatéraux se sont néanmoins transformés en une véritable rivalité, qui devient dangereuse à mesure que les équilibres sécuritaires régionaux évoluent. L’Algérie resserre ses liens avec le Niger, mais aussi avec le Tchad. Elle soutient également l’armée soudanaise dans sa guerre contre les Forces de soutien rapide (FSR), une organisation paramilitaire, ainsi que le gouvernement libyen internationalement reconnu, installé à Tripoli, dans son bras de fer avec le maréchal Khalifa Haftar, dont les forces contrôlent l’est du pays. Les responsables algériens présentent ces initiatives comme un moyen de renforcer les « frontières stratégiques » du pays.
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Un affrontement direct entre les deux pays reste peu probable. Leurs systèmes d’alliances respectifs se recoupent partiellement et ne constituent pas deux blocs adverses cohérents. Néanmoins, les rivalités entre leurs partenaires pourraient entraîner l’Algérie, les Émirats ou les deux dans des crises locales, avec un risque d’escalade ou de confrontation involontaire.
Les origines de la rupture
Aussi spectaculaire soit-elle, la rupture du 10 septembre était en gestation depuis longtemps.
Jusqu’en 2020, les relations entre l’Algérie et les Émirats arabes unis étaient solides. Au début des années 1970, l’Algérie avait envoyé dans le Golfe des experts pétroliers, notamment des cadres de Sonatrach, l’entreprise publique algérienne des hydrocarbures, afin de contribuer à la mise en place des institutions qui allaient donner naissance à l’Abu Dhabi National Oil Company. Abdelaziz Bouteflika, président de l’Algérie de 1999 à 2019, avait vécu à Abou Dhabi entre 1984 et 1987, où il exerçait les fonctions de conseiller diplomatique auprès du cheikh Zayed ben Sultan Al Nahyane, père de l’actuel dirigeant Mohammed ben Zayed, également connu sous les initiales MBZ. Sous la présidence de Bouteflika, les capitaux émiratis ont pénétré de manière significative l’économie algérienne, y compris dans le secteur de la défense. En 2012, par exemple, des investisseurs émiratis se sont associés au ministère algérien de la Défense et à des entreprises publiques dans des coentreprises destinées à produire en Algérie des véhicules Mercedes-Benz et des blindés NIMR de conception émiratie. Les Émirats ont ainsi constitué des réseaux de relations au sein des élites politiques, économiques et militaires algériennes, dont certains ont survécu à la chute de Bouteflika en 2019.
La normalisation des relations entre les Émirats et Israël en 2020, dans le cadre des accords dits d’Abraham, a ouvert une première brèche dans cette relation. Alger s’opposait fermement à toute normalisation entre un État arabe et Israël avant un règlement global du conflit israélo-palestinien. En septembre 2020, le président Abdelmadjid Tebboune avait critiqué ce qu’il qualifiait d’« empressement » à normaliser les relations, affirmant que l’Algérie ne participerait pas à cette démarche.
Les inquiétudes algériennes se sont encore accrues lorsque, le 4 novembre 2020, les Émirats sont devenus le premier pays arabe à ouvrir un consulat au Sahara occidental, en établissant une représentation diplomatique à Laâyoune, ville située dans la partie du territoire contesté contrôlée par le Maroc. Depuis longtemps, Alger constitue le principal soutien extérieur du Front Polisario, qui lutte pour l’indépendance du Sahara occidental. Sabri Boukadoum, alors ministre algérien des Affaires étrangères, avait mis en doute la conformité de cette initiative avec le droit international et réaffirmé le soutien de l’Algérie à l’autodétermination du peuple sahraoui. Un mois plus tard, le Maroc suivait les Émirats en normalisant ses relations avec Israël, conduisant les autorités algériennes à discerner l’émergence d’une alliance entre les Émirats, le Maroc et Israël dans leur voisinage immédiat.
Cette perception s’est considérablement renforcée en novembre 2021, lorsque le Maroc et Israël ont signé un accord de coopération militaire majeur. Cet accord a institutionnalisé leurs relations de défense et ouvert la voie à une coopération dans plusieurs domaines, notamment le renseignement et la formation militaire. Les autorités algériennes ont considéré cet approfondissement du partenariat comme une menace directe, s’inscrivant dans un alignement régional visant à affaiblir leur pays.
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L’aggravation du différend
D’autres désaccords régionaux sont venus alimenter les tensions. En 2020, puis de nouveau en 2022, Abou Dhabi s’est opposé à la nomination d’anciens ministres algériens des Affaires étrangères successivement pressentis comme envoyés des Nations unies en Libye, dans un contexte marqué par le soutien émirati au maréchal Haftar et par les liens plus étroits de l’Algérie avec les autorités de Tripoli. Les Émirats ont invoqué les objections d’États arabes et d’acteurs libyens, qui estimaient que l’Algérie, pays voisin profondément impliqué dans le conflit, ne pouvait être considérée comme un médiateur impartial. Un autre point de friction est apparu en 2023, lorsque des médias proches du gouvernement algérien ont attribué l’échec de la candidature de l’Algérie aux BRICS à des manœuvres émiraties visant à faire obstacle à son adhésion.
À Alger, les avis sur la manière de contrer les initiatives émiraties, réelles ou supposées, ne semblaient pas totalement convergents. Certains segments de l’appareil sécuritaire et des médias qui leur étaient associés privilégiaient une approche conflictuelle, tandis que d’autres, notamment des personnalités proches de l’ancien chef d’état-major Ahmed Gaïd Salah, s’inquiétaient des conséquences possibles sur des intérêts économiques importants et des relations personnelles anciennes.
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Malgré ses réticences initiales à s’exprimer sur le sujet, le président Tebboune a progressivement durci ses critiques à l’égard des Émirats arabes unis. En 2024, il déplorait que, partout où un conflit éclatait dans la région, on retrouvait derrière celui-ci l’argent d’un État du Golfe qu’il ne nommait pas. En 2025, il déclarait que l’Algérie entretenait de bonnes relations avec toutes les monarchies du Golfe, à une exception près. En février suivant, il dénonçait ouvertement un « micro-État » qui déstabilisait le monde arabe et le Sahel.
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La rivalité au Sahel
À mesure que les relations se détérioraient, le différend s’est progressivement transformé en une compétition d’influence en Afrique du Nord et au Sahel. En mai 2024, une tournée au Mali, au Niger et au Burkina Faso du ministre d’État émirati, le cheikh Shakhboot ben Nahyane Al Nahyane, a suscité l’irritation d’Alger, qui présente depuis longtemps le Mali comme un pays « frère ». Abou Dhabi proposait aux capitales sahéliennes une coopération en matière de lutte contre le terrorisme, alors que l’influence occidentale reculait dans la région et que la nouvelle Alliance des États du Sahel (AES) ouvrait la voie à de nouveaux partenaires extérieurs. D’autres considérations entraient également en jeu : pour les Émirats, la coopération sécuritaire est indissociable des intérêts économiques, notamment lorsqu’il s’agit de ressources naturelles. Le rôle de Dubaï dans le commerce international de l’or, y compris celui provenant du Sahel, conférait ainsi aux Émirats un intérêt supplémentaire dans les évolutions régionales. Dans le même temps, les relations historiques de l’Algérie avec Bamako et les autres capitales de l’AES atteignaient leur point le plus bas.
Les responsables émiratis soutiennent que leur engagement ne visait pas à supplanter l’Algérie. De fait, ils présentent rarement Alger comme un concurrent lorsqu’ils évoquent le Sahel ou d’autres régions africaines. Ils affirment plutôt qu’Abou Dhabi poursuit une stratégie globale, fondée sur la géoéconomie, destinée à renforcer la présence des Émirats sur un continent dont l’importance ne cesse de croître. Comme l’a expliqué à Crisis Group un homme d’affaires émirati, ancien responsable gouvernemental, pour illustrer l’ampleur des ambitions d’Abou Dhabi : « Soit vous êtes à la table des négociations, soit vous êtes au menu ».
Les responsables algériens, à l’inverse, considèrent que la combinaison d’investissements et de partenariats émiratis avec des gouvernements, des élites économiques et des acteurs armés constitue un moyen de porter atteinte aux intérêts de leur pays. Ils jugent le Sahel essentiel à la sécurité de l’Algérie, particulièrement depuis que Bamako a abandonné l’accord de paix de 2015, négocié sous médiation algérienne avec les groupes séparatistes armés du nord du Mali. Alger redoute que ces derniers ne fassent cause commune avec des populations de même appartenance ethnique situées du côté algérien de la frontière. Les inquiétudes algériennes ont été accentuées par des allégations de versements de rançons, évoquées dans un rapport des Nations unies publié en août et attribuées aux Émirats par des sources régionales, au profit du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM), organisation jihadiste qui a pris le contrôle de portions du territoire malien et d’autres États sahéliens. Alger soutient depuis longtemps que de tels paiements renforcent les groupes armés actifs à proximité de ses frontières.
Les divergences d’approche et de perception des menaces sont devenues particulièrement marquées à propos du Niger. Après le coup d’État de 2023, les relations entre Alger et Niamey s’étaient dégradées. Elles se sont encore détériorées en avril 2025, lorsque le Niger a rappelé son ambassadeur à Alger en solidarité avec les autorités de Bamako, alors en conflit avec Alger au sujet de l’accord de paix dénoncé et d’autres questions. Les relations bilatérales se sont ensuite améliorées, à la suite de la visite à Alger du général Abdourahamane Tiani, dirigeant du Niger, en février suivant. Les deux pays ont relancé leur coopération sécuritaire, et le Niger a même contribué à faciliter le rapprochement actuel entre l’Algérie et le Mali.
Les relations avec le Niger revêtent également une importante dimension économique, tant pour l’Algérie que pour les Émirats arabes unis. L’Algérie considère le Niger comme un maillon essentiel de sa stratégie de reconnexion avec l’Afrique subsaharienne par l’énergie et le commerce. Son projet phare est le gazoduc transsaharien, destiné à acheminer le gaz nigérian à travers le Niger jusqu’en Algérie, puis vers l’Europe. Sur ce terrain, les Émirats ont des intérêts concurrents : le tracé transsaharien entre directement en compétition avec le gazoduc atlantique porté par le Maroc, qui devrait longer la côte ouest-africaine et auquel les Émirats ont apporté un soutien financier initial.
C’est dans ce contexte que l’Algérie a perçu la tentative de coup d’État avortée contre Tiani, le 29 août, comme une menace pour ses intérêts. À Alger, des rumeurs ont circulé concernant une possible implication émiratie. À ce jour, ces allégations ne sont étayées par aucune preuve, mais elles ont néanmoins renforcé les soupçons concernant les activités des Émirats au Sahel.
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Les initiatives algériennes témoignent également d’une évolution plus profonde, qui n’est pas sans conséquence pour les relations avec les Émirats : un éloignement de la réticence traditionnelle de l’Algérie à conduire des opérations militaires à l’étranger. Depuis l’indépendance, les dirigeants algériens ont fondé leur politique étrangère sur le non-alignement, l’anti-impérialisme, la souveraineté nationale, la médiation diplomatique, la solidarité Sud-Sud, le soutien aux mouvements de libération nationale et d’autodétermination et, surtout, la non-ingérence dans les affaires intérieures des autres États.
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Ce n’est qu’en 2020 qu’une révision constitutionnelle a établi un cadre juridique pour les déploiements extérieurs. Ceux-ci restent soumis à l’approbation du Parlement et limités aux missions bénéficiant d’un mandat international.
Plus récemment, le chef d’état-major de l’armée, Saïd Chengriha, a promu la notion de « frontières stratégiques » de l’Algérie. Sans consacrer formellement un droit d’intervention militaire dans les pays voisins, cette notion élargit le périmètre de sécurité de l’Algérie en considérant que l’instabilité, les groupes armés et les réseaux de trafic situés au-delà de ses frontières peuvent constituer des menaces pour sa sécurité nationale.
Des camps opposés
Dans d’autres conflits régionaux, l’Algérie et les Émirats arabes unis se retrouvent également dans des camps opposés. En Libye, les forces du maréchal Haftar ont bénéficié au fil des années d’un soutien émirati considérable. À l’inverse, l’Algérie soutient Tripoli, qui entretient elle-même des relations étroites avec le Niger. Au Soudan, Alger appuie l’armée, dont elle considère les dirigeants comme les représentants légitimes du pays. Plusieurs analystes algériens ont indiqué à Crisis Group qu’en 2025, Alger avait discrètement fourni à l’armée soudanaise du matériel militaire, notamment d’anciens avions de chasse russes MiG-29 et des pièces détachées. Abou Dhabi, en revanche, désigne l’administration dirigée par l’armée comme les « autorités de Port-Soudan », en référence à son ancien siège à Port-Soudan, la considérant ainsi comme une simple partie au conflit. Les Émirats sont largement soupçonnés de soutenir les principaux adversaires de l’armée, les FSR, bien qu’ils démentent ces accusations.
Les divergences de politique à l’égard du Soudan ont eu des répercussions plus larges. L’est et le sud de la Libye auraient servi de corridors logistiques pour l’acheminement de matériel destiné aux FSR et supposément fourni par les Émirats. Auparavant, une grande partie de ce matériel aurait transité par l’est du Tchad. De leur côté, les Émirats affirment que leurs activités dans l’est du Tchad sont de nature humanitaire, notamment pour venir en aide aux réfugiés soudanais. Un expert algérien a indiqué à Crisis Group que les décideurs à Alger semblaient déterminés à approfondir leurs relations avec N’Djamena, au moins en partie pour contrebalancer ce qu’ils perçoivent comme des réseaux émiratis au Tchad liés au conflit soudanais. Cela étant, le président tchadien Idriss Déby a investi un capital politique considérable dans sa relation avec les Émirats, dont le soutien financier substantiel, notamment un accord de financement budgétaire de 1,5 milliard de dollars signé en 2023, confère à Abou Dhabi une influence que l’Algérie aurait du mal à égaler.
Ces relations concurrentes risquent de renforcer les divisions régionales, le maréchal Haftar et le Tchad étant globalement proches d’Abou Dhabi, tandis que Tripoli et le Niger coopèrent davantage avec Alger. (…) En août 2024, par exemple, les forces de Haftar se sont rapprochées de Ghadamès, à quelques kilomètres seulement de la frontière algérienne, une évolution perçue comme menaçante par Alger. La crise s’est finalement apaisée après que le porte-parole de Haftar a démenti que la ville constituait un objectif militaire et assuré que la frontière avec l’Algérie était sécurisée. Cet épisode a néanmoins renforcé, à Alger, la perception d’une menace soutenue par les Émirats dans son voisinage.
Les tensions continuent de s’accumuler. L’Algérie s’inquiète de plus en plus de l’influence de Haftar dans le sud de la Libye, où ses forces ont renforcé leur emprise sur des routes de trafic lucratives et intensifié leur coopération avec N’Djamena dans la lutte contre les groupes rebelles tchadiens. Haftar a ainsi obtenu l’accès à une importante source de revenus et contribué à repousser les rebelles tchadiens vers le nord du Niger, notamment dans la zone stratégique de la passe de Salvador, aggravant l’instabilité à proximité de la frontière méridionale de l’Algérie.
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Encadré. Contenir la confrontation
Tandis qu’Alger considère les alliances d’Abou Dhabi comme une menace croissante pour son influence régionale, Abou Dhabi inscrit son engagement dans une stratégie guidée par des intérêts politiques, économiques et sécuritaires qui dépassent le cadre de toute relation bilatérale. En réalité, aucun des deux pays ne peut empêcher l’autre d’évoluer dans un espace régional où la concurrence devient toujours plus âpre. De même, les gouvernements et les groupes armés de la région ne peuvent être répartis simplement en deux blocs rivaux : le Niger, le Tchad et les différents acteurs libyens poursuivent chacun leurs propres objectifs, qui ne correspondent pas nécessairement aux souhaits algériens ou émiratis. Néanmoins, à mesure que l’Algérie adopte une posture plus affirmée et que les Émirats poursuivent leur stratégie d’expansion géographique, apparemment sans mesurer, ou du moins en sous-estimant, la profondeur des préoccupations algériennes et la conviction d’Alger qu’Abou Dhabi cherche à contester sa position, les tensions bilatérales risquent de s’aggraver.
Les deux pays auraient tout intérêt à prendre des mesures et à faire évoluer leurs perceptions afin d’éviter que l’influence émiratie dans le voisinage de l’Algérie, et la réaction d’Alger à cette influence, ne deviennent un facteur déclencheur de confrontation bilatérale. Premièrement, même si une réconciliation complète semble pour l’heure hors de portée, le maintien ou le rétablissement de canaux de communication informels pourrait contribuer à clarifier les intentions respectives des deux pays et à réduire les risques de malentendus et de confrontation accidentelle. Deuxièmement, Alger devrait éviter d’interpréter systématiquement toute initiative émiratie dans les pays voisins comme faisant partie d’une stratégie dirigée contre ses intérêts. Enfin, Abou Dhabi devrait prendre plus au sérieux les préoccupations sécuritaires de l’Algérie. Les autorités émiraties devraient reconnaître que leurs partenariats régionaux, particulièrement ceux impliquant des acteurs armés non étatiques, peuvent menacer les intérêts algériens, même lorsque telle n’est pas leur intention.
Les deux pays ont intérêt à empêcher que des différends locaux ne les entraînent davantage vers une confrontation, d’autant que les gouvernements voisins et les groupes armés poursuivent des objectifs qu’aucune des deux parties ne peut entièrement contrôler. Faute de tels efforts, la fracture pourrait s’approfondir et accroître le risque que des crises locales dégénèrent en hostilités ouvertes. Il en résulterait une aggravation des tensions dans une région déjà déchirée par des conflits meurtriers.
