Kwame Akoto au musée du quai Branly! (jusqu’au 6 septembre)

30/08/2026 – La rédaction de Mondafrique

À Paris, le musée du quai Branly consacre une exposition au Ghanéen Kwame Akoto, peintre d’enseignes devenu prédicateur et artiste reconnu. Ses images, où slogans, autoportraits et scènes quotidiennes se répondent, brouillent avec vigueur les frontières entre art populaire, engagement spirituel et critique sociale contemporaine.

Dans les tableaux de Kwame Akoto, les mots ne viennent pas expliquer l’image après coup. Ils en font partie, l’interrompent parfois et s’adressent directement à celui qui regarde. Une maxime morale, un avertissement religieux ou une question surgissent au milieu d’une scène quotidienne, tandis que l’artiste apparaît fréquemment dans ses propres compositions. Rien n’est laissé à la contemplation silencieuse: chaque peinture veut engager une conversation.

Le musée du quai Branly–Jacques Chirac présente jusqu’au 6 septembre Kwame Akoto. Almighty God Art Works, première grande exposition française consacrée à cette figure de la scène ghanéenne. Installé dans l’Atelier Martine Aublet, le parcours revient sur plus de cinquante ans de création, depuis l’ouverture de son premier atelier à Kumasi jusqu’à sa reconnaissance internationale.

Né en 1950, Kwame Akoto se forme auprès de peintres spécialisés dans les enseignes commerciales. En 1972, il ouvre son propre atelier, d’abord baptisé Anthony Art Works. Il réalise alors des panneaux destinés aux boutiques, des portraits funéraires peints sur métal, des affiches de cinéma et des bannières pour des manifestations religieuses. Cette activité lui apprend à composer des images immédiatement lisibles, capables d’attirer le regard dans l’espace public.

De l’enseigne commerciale à l’œuvre personnelle

À Kumasi, capitale historique du royaume ashanti et important centre commercial du Ghana, les enseignes peintes occupent longtemps une place essentielle dans le paysage urbain. Elles identifient un commerce, présentent un service et transmettent parfois un message moral. Le texte doit être visible, l’image claire et l’ensemble suffisamment frappant pour être compris depuis la rue.

Kwame Akoto s’approprie ce vocabulaire, mais s’éloigne progressivement de la commande. Sa conversion religieuse l’amène à adopter le nom d’«Almighty God» et à rebaptiser son atelier Almighty God Art Works. Devenu prédicateur et personnage respecté de son quartier, il développe une production personnelle où la foi côtoie l’humour, la critique des comportements et l’observation de la vie locale.

Ses peintures ne recherchent ni l’ambiguïté savante ni la discrétion. Elles montrent des personnages confrontés à la mort, à la jalousie, à l’argent, au désir ou au jugement divin. Les phrases écrites dans l’image prennent souvent la forme d’une injonction ou d’une question. Cette franchise peut déconcerter un public habitué à considérer que l’art doit suggérer plutôt qu’affirmer.

Elle constitue pourtant le cœur de sa démarche. Akoto vient d’une tradition visuelle dans laquelle l’image circule dans la rue et assume une fonction publique. Même lorsqu’elle entre dans une collection ou un musée, elle conserve quelque chose de cette adresse directe.

Entre foi, humour et affirmation de soi

L’omniprésence de l’artiste dans ses tableaux apporte une dimension plus complexe à cette parole morale. Kwame Akoto se représente en prédicateur, en peintre ou en témoin des scènes qu’il compose. Ces autoportraits ne relèvent pas uniquement de la vanité. Ils interrogent la place de celui qui fabrique l’image et revendique le droit de la signer dans un contexte où la peinture d’enseigne a longtemps été considérée comme un simple artisanat.

Son œuvre rend ainsi instables les catégories employées pour classer les créations africaines. Peinture populaire, art contemporain, production commerciale ou expression religieuse: chacune de ces définitions éclaire une partie de son travail, sans parvenir à l’épuiser. Le passage de ses panneaux des rues de Kumasi aux salles d’un musée parisien modifie leur réception, mais non leur volonté de parler au public.

La rencontre avec le peintre français Hervé Di Rosa a contribué à élargir la reconnaissance internationale de son travail. Elle s’inscrit dans une histoire plus vaste des échanges artistiques, mais soulève aussi une question centrale: que devient une image conçue dans un environnement social précis lorsqu’elle est déplacée dans une institution européenne?

L’exposition évite de réduire Akoto à une curiosité ethnographique. Elle le présente comme un artiste contemporain dont le travail répond à des conditions locales tout en posant des questions universelles sur la croyance, la responsabilité et la représentation de soi. Ses tableaux ne demandent pas au visiteur d’adhérer à leur morale. Ils l’obligent plutôt à considérer une peinture qui refuse de séparer l’esthétique de la parole.

Informations pratiques
Exposition: Kwame Akoto. Almighty God Art Works
Dates: jusqu’au dimanche 6 septembre 2026
Lieu: Atelier Martine Aublet, musée du quai Branly–Jacques Chirac, Paris
Adresse: 37, quai Jacques-Chirac, 75007 Paris
Horaires: de 10 h 30 à 19 heures; nocturne le jeudi jusqu’à 22 heures; fermeture le lundi
Tarifs: 14 euros; tarif réduit 11 euros
Commissariat: Sarah Ligner
Informations: Musée du quai Branly