En l’espace de quelques heures, Le Monde (avec, fait inhabituel, la photo du diplomate en Une), Le Canard enchaîné et l’Agence France Presse ont chacun consacré un article à « l’affaire Bruno Foucher », du nom de l’ambassadeur de France en Centrafrique visé par une procédure disciplinaire du Quai d’Orsay.
Par la rédaction de Mondafrique
Les faits
Selon ces médias, de janvier 2024 à mars 2026, l’ambassadeur aurait reçu dans son logement de fonction à Bangui une trentaine de jeunes femmes de 20 à 30 ans, à raison d’une quinzaine de visites par mois selon le rapport d’inspection. L’une de ces femmes aurait été autorisée à séjourner seule dans la partie privée de la résidence en l’absence de l’ambassadeur, une faille que les gendarmes chargés de la sécurité de l’ambassade ont fini par signaler à leur hiérarchie.
Entendu à deux reprises lors de l’inspection menée en avril, l’ambassadeur a reconnu avoir eu des relations sexuelles avec deux de ces femmes. Le 11 août, après la parution des articles, le Quai d’Orsay a confirmé l’ouverture d’une procédure disciplinaire. Celle-ci pourrait aboutir à une sanction allant du blâme à la révocation.
Qui veut la peau de Bruno Foucher ?
Bruno Foucher a eu une longue carrière : énarque, il est entré au Quai d’Orsay au début des années 1990, puis il a occupé des postes aux Nations unies, à Téhéran et à Riyad. Il a été ambassadeur au Tchad de 2006 à 2011, sous Déby père, puis en Iran pendant les négociations sur le nucléaire. Il occupa ensuite le même poste au Liban lors de l’explosion du port de Beyrouth en 2020. Des diplomates l’ayant connu à cette occasion se souviennent d’un homme « modeste, agréable et attentionné », ce qui est assez rare dans ce milieu.
C’est donc à la fin d’une longue carrière sans anicroche que sonne pour lui l’hallali. Le diplomate a reconnu les faits mais quelques éléments appellent néanmoins à la prudence. D’abord, qui a fait fuiter le rapport dans les médias ? Ensuite, une divergence de chiffres : les articles évoquent une quinzaine de visites par mois pendant vingt-sept mois, ce qui représenterait plusieurs centaines de visites et non la trentaine recensée dans le rapport. Enfin, l’empressement médiatique : l’encre des journaux était à peine sèche que Wikipédia faisait déjà mention de la procédure disciplinaire.
La face cachée d’un ministère
Il n’en reste pas moins qu’en vieux routier de la diplomatie, Bruno Foucher aurait dû être beaucoup plus prudent à un poste aussi sensible que celui de Bangui. La rivalité avec la Russie et la présence des mercenaires de Wagner, toujours actifs en Centrafrique, rendent chaque faux pas à haut risque. Cela étant dit, cette affaire apparaît plus franco-française que géopolitique, puisque ce sont les gendarmes français qui ont signalé les écarts du diplomate au Quai d’Orsay.
Il n’est en outre pas le seul ambassadeur à se faire remarquer pour des frasques sexuelles. Dans son livre La Face cachée du Quai d’Orsay, qui date de 2016, Vincent Jauvert raconte de nombreuses affaires de mœurs restées, pour la grande majorité, strictement confidentielles. Parmi les dizaines de cas recensés, seul l’ambassadeur Gilles Huberson, en poste au Mali puis en Côte d’Ivoire, a été mis à la retraite d’office en 2020 après une procédure pour violences sexistes et sexuelles.
D’autres, pris sur le fait par l’inspection, sont miraculeusement passés entre les gouttes. D’autres encore, comme Marc Fonbaustier, consul général à Hong Kong condamné pour vol de grands crus, ont, malgré tout, poursuivi leur carrière jusqu’à devenir ambassadeur en Guinée puis au Nigeria. Cette affaire survient enfin dans un climat particulièrement tendu au Quai d’Orsay, où s’annoncent des coupes budgétaires difficiles.
