Les bons offices algériens ont, pour la deuxième fois depuis 2025, permis de libérer un otage occidental entre les mains de l’État islamique au Sahel ou de ses intermédiaires.
Par la rédaction de Mondafrique
Le négociant en or Ulumaskan Sinan, un Allemand d’origine turque, a été libéré en Algérie vendredi soir après avoir été enlevé par un groupe armé à Tahoua, dans le nord-ouest du Niger le 29 juillet. Il était arrivé à Niamey, au Niger, le 27 juillet, par un vol d’Air Algérie, pour venir, semble-t-il, acheter de l’or.
Le ministère de la Défense nationale algérien a fait part de la nouvelle dans un communiqué officiel. En bonne santé, l’otage « a été transféré à bord d’un avion spécial depuis la base de déploiement secondaire d’In Guezzam, relevant de la 6ᵉ Région militaire, vers la base aérienne de Boufarik, relevant de la 1ʳᵉ Région militaire », où il devait ensuite être remis aux autorités allemandes.
au centre, où l’otage a été libéré. On peut voir, côté Niger, la ville de Tahoua, où il a été enlevé.
Le même communiqué cite une déclaration de l’ex-otage exprimant sa reconnaissance aux autorités algériennes, à commencer par le Président Tebboune, « pour les efforts déployés en vue d’assurer son retour sain et sauf dans son pays ».
L’Algérie n’a pas spécifié l’identité des ravisseurs, ni clarifié dans quelles conditions la libération de l’otage avait été obtenue. Selon le récit fait par le négociant en or à la sécurité algérienne, il aurait passé quatre jours entre les mains d’un premier groupe avant d’être remis à d’autres personnes qui l’auraient gardé pendant 12 à 13 jours dans des conditions difficiles.
Une rançon de un à deux millions d’euros
Selon les sources de Mondafrique, les ravisseurs auraient demandé un à deux millions d’euros de rançon. C’est l’émir nigérien de l’État islamique dans la bande qui va d’Anderamboukane, au Mali, jusqu’à Tahoua, au Niger, qui a finalement détenu l’Allemand dans son fief d’Indelimane. L’État islamique est très présent à Tahoua où il se ravitaille en produits pharmaceutiques.
Cette organisation s’est rendue coupable de plusieurs enlèvements depuis 2025, copiant la tactique de ses rivaux d’Al-Qaïda. Une Suissesse, Claudia Abbt, âgée de 68 ans, et une Autrichienne, Eva Gretzmacher, 75 ans, toutes deux enlevées à Agadez (respectivement en avril et en janvier 2025), sont, depuis, entre les mains de l’EIS, ainsi qu’un pilote humanitaire américain, Kevin Rideout, enlevé à Niamey en octobre 2025.
L’Algérie avait déjà fait libérer en janvier 2025 Gilbert Giane Navarro, un Espagnol victime d’un rapt quelques jours plus tôt dans une zone touristique près de Tamanrasset par des hommes liés à l’État islamique au Sahel. Le Front de Libération de l’Azawad avait facilité cette libération, photo à l’appui.
Que font l’Autriche et la Suisse ?
Ce nouvel événement livre plusieurs enseignements intéressants. Le premier est que l’Algérie dispose d’une capacité de négociation avérée auprès de l’État islamique. C’est nouveau. Il faut en déduire que des canaux ad hoc sont ouverts et fonctionnels, bien que l’État islamique se méfie des réseaux touareg habituellement utilisés par Alger.
Le second est que les libérations acquises auprès de l’EIS dans le passé, non seulement les deux négociées par Alger mais aussi celles de chauffeurs marocains et d’otages chinois dans lesquelles l’Algérie n’a joué aucun rôle, ont probablement fait l’objet de versement de rançons. Pourquoi alors le sort des deux femmes enlevées à Agadez n’a-t-il pas évolué ? La Suisse et l’Autriche auraient-elles été moins impliquées que le Maroc, l’Allemagne (ou la Turquie, le dernier otage étant d’origine turque), l’Espagne et la Chine ?
