La CPI paie l’addition de quinze ans de justice sélective

08/08/2026 – La rédaction de Mondafrique

Les retraits du Venezuela et du Tchad, sous la pression de Washington, ne doivent pas faire illusion : la Cour pénale internationale (CPI) paie aujourd’hui le prix d’un vice de conception, ses fondateurs occidentaux ne s’étaient jamais imaginés sur le banc des accusés.

Le 13 juillet, le secrétaire d’État Marco Rubio a promis de démanteler la CPI « brique par brique ». Deux semaines plus tard, le Venezuela puis le Tchad notifiaient leur retrait du Statut de Rome, après un appel, selon Le Monde, de Frank Garcia Jr, le nouveau conseiller Afrique de la Maison Blanche, au ministre tchadien de la Justice. Si l’offensive est réelle, elle s’inscrit néanmoins dans une histoire beaucoup plus ancienne, et beaucoup moins glorieuse pour la Cour elle-même.

Un tribunal à deux vitesses

Pendant près de quinze ans, la CPI a fonctionné comme un instrument commode : elle poursuivait presque exclusivement des dirigeants africains ou des figures de puissances déjà vaincues, quand les crimes commis par des États occidentaux ou leurs alliés restaient hors de portée. Lors du procès de Laurent Gbagbo, ouvert en 2016 puis clos par un acquittement en 2020, des Ivoiriens avaient surnommé le tribunal de la Haye : la « Cour pénale des incapables ».

Cette sélectivité, dénoncée dès le milieu des années 2010, explique la défiance du continent : le Burundi a quitté la Cour dès 2017, bien avant Washington ; l’Afrique du Sud et la Gambie avaient choisi de faire de même avant de revenir sur leur décision. En 2025, le Mali, le Burkina Faso et le Niger ont annoncé se retirer, sans pression américaine identifiée, dénonçant un outil jugé néocolonial. Ils ont formalisé leur retrait auprès des Nations unies en juin 2026.

La CPI ciblée depuis qu’elle prétend être universelle

Jusqu’à ce que la Cour s’intéresse aux crimes commis par des Américains en Afghanistan, puis qu’elle accepte le dossier déposé par les Palestiniens contre Israël, Washington n’avait jamais manifesté d’hostilité envers cette juridiction internationale. C’est à partir de l’ouverture de ces dossiers que John Bolton, alors conseiller à la sécurité nationale lors du premier mandat de Donald Trump, a piqué une colère noire et menacé de sanctionner le personnel de la CPI si elle persistait dans cette voie.

Ce que révèle la séquence actuelle, c’est moins une CPI soudainement attaquée qu’une CPI qui n’a jamais réussi à trancher entre deux fonctions incompatibles : instrument de politique étrangère occidentale et juridiction universelle. Tant qu’elle jouait le premier rôle, elle dérangeait peu les puissants. Dès qu’elle a esquissé le second, elle est devenue une cible. Les critiques que les États africains adressent à la CPI depuis des années rencontrent aujourd’hui, pour des raisons inverses, celles de Washington. Une preuve que cette justice n’a jamais été aussi universelle qu’elle le prétendait.