À plusieurs milliers de kilomètres du MetLife Stadium de New York, un autre match s’est joué mardi soir sous les piliers de la Tour Eiffel. Reportage.
Par Maïssata Koné-Dubois
Ils étaient des dizaines à suivre France-Sénégal sur leurs téléphones ou devant les cafés de Bir-Hakeim, à quelques centaines de mètres de la Tour Eiffel. Vendeurs à la sauvette sénégalais ou maliens, habitants du quartier, passants africains de toutes nationalités : tous espéraient voir les Lions de la Teranga faire tomber les Bleus. Pendant quarante-cinq minutes, ils y ont cru. Puis la réalité du terrain a repris ses droits.
L’Afrique contre la France
Les vendeurs à la sauvette ont sorti leurs téléphones. Ceux qui disposent de l’application BeIN Sports suivent la rencontre sur un écran de quelques pouces. Les autres se regroupent devant les cafés de Bir-Hakeim où les téléviseurs retransmettent le choc du groupe. Ici, tout le monde ou presque supporte le Sénégal. Des Sénégalais, bien sûr. Des Maliens aussi. Quelques Guinéens. Des habitués du quartier. Tous veulent voir les Lions de la Teranga réussir ce que leurs glorieux aînés avaient accompli en 2002 à Séoul.
Depuis plusieurs jours, les réseaux sociaux africains présentent le match comme l’un des rendez-vous majeurs du premier tour. Le souvenir du 1-0 historique face à la France n’a jamais totalement disparu. Même la petite phrase attribuée à Ousmane Sonko, selon laquelle « quel que soit le vainqueur, c’est l’Afrique qui aura battu l’Afrique », circule dans les conversations d’avant-match. Mais contrairement aux promesses des affiches et aux envolées des réseaux sociaux, l’ambiance reste étonnamment calme.
Une première période pour y croire
Sur le terrain, pourtant, le Sénégal répond présent. Très vite, Nicolas Jackson trouve le poteau. Puis Ismaïla Sarr manque l’immanquable seul devant le but français. À chaque occasion sénégalaise, les regards quittent les écrans quelques secondes avant de revenir, incrédules. « Mais il fallait la mettre ! », lâche un spectateur après la frappe envolée de Sarr.
Les discussions tournent autour de la même idée : les Sénégalais dominent physiquement, récupèrent les ballons au milieu, imposent leur rythme. Gana Gueye et Pape Gueye contrôlent l’entrejeu tandis que les Français paraissent crispés. « Je trouve l’équipe de France un peu timorée », résume un supporter devant un café. Pourtant, même avec cette domination, la soirée ne décolle jamais vraiment. Pas de chants continus. Pas de clameur collective. Les uns regardent le match tout en poursuivant leurs activités. Les autres commentent davantage qu’ils ne célèbrent. Lorsque l’arbitre renvoie les vingt-deux acteurs aux vestiaires sur un score nul et vierge, le sentiment dominant est simple : le Sénégal a laissé passer sa chance.
Le moment où tout bascule
La deuxième période commence et quelque chose change.
Cette fois, ce sont les Français qui prennent le contrôle. Michael Olise commence à trouver les espaces. Les transmissions deviennent plus rapides. Les appels plus tranchants. Les couloirs sont mieux exploités.
Au pied de la Tour Eiffel, les discussions se font moins animées. Le temps passe. Les occasions françaises se multiplient. Mendy repousse encore, mais la pression monte.
Puis arrive le premier but de Kylian Mbappé. Pour la première fois de la soirée, le match s’anime réellement. Du côté français, quelques Marseillaises éclatent. Des applaudissements retentissent. Mais là encore, l’explosion attendue n’a pas lieu. On est loin des scènes de liesse des grandes victoires internationales. Côté sénégalais, surtout, quelque chose se brise.
Le retour aux affaires
Le deuxième but français, inscrit par Bradley Barcola, agit comme une sentence. Les supporters sénégalais n’y croient plus vraiment. Certains continuent de regarder distraitement l’écran. D’autres reprennent leurs conversations. Quelques vendeurs retournent à leur commerce. Comme si le verdict était déjà connu. Le contraste avec la première période est saisissant. Une heure plus tôt, chaque accélération sénégalaise provoquait des commentaires passionnés. Désormais, le silence domine.
Lorsque le Sénégal réduit brièvement l’écart dans les dernières minutes, personne ne semble réellement croire à un improbable retour. Le troisième but de Mbappé met définitivement fin au suspense. « Trop tard », glisse un spectateur. La soirée est terminée.
Une défaite sans drame
Au coup de sifflet final, la France s’impose logiquement 3 buts à 1 après une seconde période largement maîtrisée. Les supporters français savourent sans exubérance. Les Sénégalais encaissent la déception avec philosophie. Pas de concert de klaxons. Pas de célébrations interminables. Pas davantage de colère. Simplement la sensation que le match s’est joué sur cette première période où les Lions avaient les moyens de faire douter les Bleus.
Sous la Tour Eiffel, les écrans s’éteignent peu à peu. Les cafés se vident. Les vendeurs replient leurs affaires. La France a gagné. Le Sénégal a perdu… Et la nuit parisienne, tranquille, reprend son cours…
