Madagascar : « Y croire », vision d’un leadership éthique

15/08/2026 – La rédaction de Mondafrique

Dans un livre sorti chez Fayard en avril 2026, l’entrepreneur franco-malgache Ylias Akbaraly, grand figure de la communauté indo-pakistanaise, retrace avec fierté son ascension. Né dans une famille modeste à Antananarivo, il a pu se hisser à la tête de Redland, une holding internationale présente sur trois continents, avant de devenir la cinquième fortune d’Afrique.

Par Daniel Sainte-Roche

Le livre expose sans détour les obstacles, les revers et les paris audacieux qui ont marqué son parcours. De retour à Madagascar pour devenir directeur commercial dans l’entreprise familiale, il a voulu d’emblée inciter son père à investir et élargir les activités : « Investir, parce que c’est en injectant de l’argent que l’on peut se développer et innover. Diversifier, parce que ce n’est en n’ayant pas tous ses œufs dans le même panier qu’on diminue les risques ».

Ylias Akbaraly a une ambition: repenser ce que signifie réellement « réussir ». Pour lui, la réussite n’a de valeur que si elle s’appuie sur des principes humains, spirituels et éthiques solides. Il défend une vision où la performance économique ne peut être dissociée du bien commun, loin d’une logique centrée uniquement sur l’enrichissement individuel. Il se décrit d’ailleurs comme « un homme de gauche, social‑démocrate, mais d’une gauche libérale, fondée sur la justice et le partage équitable ». Selon lui, l’équilibre constitue la pierre angulaire d’une société harmonieuse. Ainsi, concernant l’impôt par exemple, il résume sa pensée en une formule simple : « Quand on a beaucoup, qu’est‑ce que cela peut faire de donner un petit peu, sinon du bien ? ».

L’anti-Elon Musk

Son humanisme transparaît également dans sa conception de l’entreprise : la priorité doit être l’emploi. Il dit avoir été profondément attristé et choqué par la démarche d’Elon Musk, qui a choisi d’améliorer la rentabilité en multipliant les licenciements. Pour Akbaraly, « licencier une personne, c’est l’exposer à une possible mort sociale ».

L’engagement d’Ylias Akbaraly n’est pas théorique : il se concrétise dans ses actions philanthropiques, notamment à travers la Fondation Akbaraly. Celle‑ci incarne sa conviction que la prospérité économique doit servir de moteur au progrès social et au développement durable, en particulier à Madagascar. À la fin de ses études à Berkeley, les portes de la Bank of America lui étaient ouvertes. Mais il a choisi de rentrer chez lui, « pour mettre en pratique ses idées et son modèle économique, prospérer mais avec des retombées concrètes pour les populations ».

L’Afrique, terre d’innovation et d’avenir

À travers son récit, il dresse un constat lucide : Madagascar, malgré des richesses naturelles exceptionnelles, demeure entravée par des blocages structurels qui empêchent son essor. En appelant à une gouvernance plus rigoureuse et à une valorisation réelle des ressources locales, l’auteur dépasse le simple cadre autobiographique pour aborder des enjeux tels que la justice sociale ou la transmission des valeurs aux jeunes générations. Se posant comme une figure emblématique d’une nouvelle génération de dirigeants économiques africains, Ylias Akbaraly utilise son ouvrage pour déconstruire les clichés persistants sur l’Afrique. Son itinéraire illustre, selon lui, que « l’Afrique est aussi une terre d’innovations, d’ambition et d’avenir ». Incorrigible optimiste, il croit qu’« un jour, l’Afrique s’éveillera ». Ylias Akbaraly revendique d’ailleurs haut et fort son africanité : « Mon grand honneur, c’est d’être Africain et d’avoir fondé un groupe mondial avec qui parlent Amazon, Google, Thalès, dans un esprit de confiance ».

Au total, l’ouvrage peut constituer une référence pour ceux qui refusent de laisser leur origine sociale ou ethnique déterminer leur avenir, et qui pourraient trouver dans ce récit une inspiration nourrie par la force du travail et la persévérance. Au fil des pages, on comprend toutefois que la réussite s’est aussi construite grâce à des opportunités surgies au bon moment. Son père, par exemple, a contribué en partie à ses frais d’études à Paris puis à Berkeley, ce qui n’est pas à la portée de tout le monde. L’essor de Sipromad a reposé sur des formes d’entraide proches d’un « système de crédit indirect » : un groupe réunionnais préfinançait les marchandises que Sipromad revendait, avant de les rétribuer.