Le Sénégal hanté par sa victoire volée par le Maroc lors de la CAN

16/06/2026 – La redaction de Mondafrique

Alors que, ce mardi 16 juin, les équipes de football de la France et du Sénégal devraient s’affronter -une belle affiche de Coupe du monde-, beaucoup de joueurs sénégalais pensent encore à un autre match qui continue de se jouer dans leurs cranes. Celui de la finale de la CAN en janvier dernier où l’équipe sénégalaise avait gagné sur le terrain face au Maroc, mais perdu face aux instances officielles du football africain.

Dans ces conditions, que reste-t-il de la souveraineté du terrain , le seul vrai arbitre?

Correspondance Dakar

Depuis plusieurs mois, juristes, fédérations et observateurs débattent de la décision ayant privé le Sénégal de son titre de vainqueur face au Maroc en raison des événements inhabituels survenus pendant la rencontre: des arbitrages contestés, l’équipe sénégalaise quittant le terrain avant d’y retrourner, la victoire finalement arrachée par le Sénégal. Et chacun depuis d’invoquer les règlements, les procédures, les textes pour assister à l’arbitrage final des instances officielles de la CAN attribuant la victoire à ceux qui avaient perdu sur le terrain.

La magie du football

Depuis plus d’un siècle, le football repose sur une idée simple. Pendant quatre-vingt-dix minutes, le terrain devient un espace particulier. Une sorte de territoire temporaire où s’applique le droit du football. Les arbitres y exercent une autorité exceptionnelle. Ils peuvent se tromper. Ils se trompent même parfois lourdement. Mais leurs décisions sont acceptées parce qu’elles sont prises sur le terrain.

Cette règle non écrite est l’une des conditions de la magie du sport.

Nous les amoureux du football avons accepté des buts refusés à tort, des penalties oubliés, des cartons mal distribués, des erreurs historiques. Nous les avons acceptés parce qu’ils appartenaient au terrain.

L’histoire du football est remplie d’injustices. Pourtant, personne n’a jamais imaginé rejouer la finale de la Coupe du monde 1966 ou réécrire certains des plus grands matchs de l’histoire.

Pourquoi ? Une compétition ne peut survivre si chaque résultat reste provisoire. Dans le cas du Sénégal, la question n’est pas seulement de savoir qui a juridiquement raison. La question est de savoir ce que vaut encore la décision des officiels présents sur le terrain.

Une question philosophique

Si l’arbitre, ses assistants, le quatrième arbitre, le commissaire du match et l’ensemble du dispositif officiel constatent une situation, prennent une décision et permettent à la rencontre d’aller à son terme, quelle est la valeur de cette décision ?

Peut-elle être remplacée plusieurs jours plus tard par une autre appréciation ?

Et si oui, jusqu’où ?

Pourquoi ne pas revenir demain sur un carton jaune qui aurait dû être rouge ? Sur une exclusion oubliée ? Sur une décision d’arbitrage jugée insuffisante après visionnage des images ?

Le problème n’est pas juridique. Il est philosophique.

Le terrain souverain

Le football vit de la croyance que le match se joue sur le terrain.

À partir du moment où les supporters ont le sentiment que les résultats peuvent être rediscutés, renégociés ou réécrits après coup, le centre de gravité du football se déplace progressivement du stade vers les bureaux, les commissions et les cabinets d’avocats.

Le danger n’est pas l’injustice.

Le football a toujours vécu avec l’injustice.

Le danger est la disparition de la certitude que le terrain reste l’endroit où se décide le résultat. France–Sénégal durera quatre-vingt-dix minutes. Le débat sur la souveraineté du terrain, lui, ne fait probablement que commencer.