Notre semaine culturelle est consacrée à l’exposition « Byblos, cité millénaire du Liban » à l’IMA

04/04/2026 – Patricia Bechard

À l’Institut du monde arabe, l’exposition consacrée à Byblos déploie neuf millénaires d’histoire libanaise à travers plus de 400 pièces, des fouilles récentes et une riche programmation culturelle. Bien plus qu’un événement archéologique, elle érige cette cité millénaire en lieu de mémoire, de transmission et de rayonnement. À l’heure où le Liban est de nouveau plongé dans le fracas des bombes, elle oppose à la violence du présent la profondeur d’une histoire et la permanence d’une civilisation. Mondafrique a choisi de consacrer sa semaine culturelle à cette exposition emblématique.

Byblos ou neuf millénaires d’histoire libanaise

À l’Institut du monde arabe, l’exposition consacrée à Byblos ne célèbre pas seulement l’une des plus anciennes villes habitées du monde. En donnant à voir neuf millénaires d’histoire libanaise au moment où la question du patrimoine est plus sensible que jamais, elle prend une portée culturelle, mémorielle et patrimoniale singulière.

Il faut regarder l’exposition « Byblos, cité millénaire du Liban » pour ce qu’elle est réellement : bien davantage qu’un rendez-vous archéologique. À l’Institut du monde arabe, elle prend la forme d’un geste culturel fort, presque d’une affirmation. L’institution la présente elle-même à un moment où la préservation du patrimoine au Liban et la transmission des héritages culturels apparaissent comme des enjeux majeurs. 

Le choix de Byblos s’impose alors avec évidence. L’IMA rappelle qu’il s’agit de l’une des plus anciennes villes habitées du monde et présente la cité comme le premier port maritime international au monde. À travers cette lecture, Byblos cesse d’être seulement une gloire du passé libanais. Elle redevient un lieu de circulation, de rayonnement et de contact. Depuis la haute Antiquité, elle relie la côte libanaise à l’Égypte, à la Mésopotamie et au monde égéen, tout en jouant un rôle majeur dans la diffusion de l’alphabet phénicien. Ce que l’exposition remet au centre, c’est donc aussi une certaine image du Liban : un pays de mer, d’échanges, d’écriture et de passage.

Cette portée symbolique est renforcée par l’ampleur du parcours. L’exposition rassemble 400 pièces et déroule une histoire commencée il y a plus de 8 900 ans. Elle embrasse la très longue durée, depuis les premières installations humaines jusqu’aux grandes séquences de l’âge du bronze, puis aux périodes phénicienne, hellénistique et romaine. Cet étirement du temps n’a rien d’un simple effet de prestige. Il replace le Liban dans une profondeur historique qui dépasse de loin le temps court des crises successives. 

Mosaïque de l’enlèvement d’Europe.

Le parcours est d’autant plus fort qu’il ne repose pas seulement sur l’éclat des chefs-d’œuvre. Certes, il donne à voir des pièces spectaculaires, comme l’obélisque d’Abishemou, la mosaïque de l’enlèvement d’Europe, les trésors royaux ou les dépôts votifs du Temple aux obélisques. Mais l’IMA insiste aussi sur ce que l’exposition apporte de neuf. Les découvertes récentes liées au port antique, à la porte Sud de la ville et surtout à une nécropole de l’âge du bronze moyen restée intacte donnent au projet une autre dimension. Il ne s’agit donc pas seulement d’un hommage patrimonial. Il s’agit aussi d’un état de la recherche, d’une exposition qui montre un site encore vivant pour les archéologues, encore capable de déplacer les connaissances sur l’organisation sociale et économique d’une cité maritime majeure.

Catalogue de l’exposition.

Une ville ancienne, un enjeu très contemporain

Ce lien entre héritage et recherche actuelle donne à l’exposition sa véritable épaisseur. La nécropole présentée au public résulte de fouilles menées depuis 2019 dans le cadre d’une coopération entre la Direction générale des Antiquités du Liban et le département des Antiquités orientales du musée du Louvre. L’exposition elle-même est organisée en collaboration avec le ministère libanais de la Culture, la DGA et avec la participation exceptionnelle du musée du Louvre. Elle devient ainsi plus qu’un événement muséal parisien. Elle s’inscrit dans un réseau de coopération patrimoniale où la visibilité internationale de Byblos participe à renforcer la place du patrimoine libanais dans les circuits savants, institutionnels et culturels.

Un autre point mérite d’être souligné. L’exposition ne raconte pas une ville morte. L’IMA précise que le visiteur est invité à découvrir non seulement la Byblos de l’âge du bronze, la Byblos phénicienne, hellénistique et romaine, mais aussi le témoignage de ceux qui habitent encore aujourd’hui le cœur de la ville historique médiévale. 

C’est sans doute là que réside la réussite la plus profonde du projet. À travers Byblos, l’IMA ne montre pas seulement un sommet de l’archéologie levantine. L’institution construit un récit dans lequel le patrimoine libanais demeure une matière active. La programmation associée le confirme : visites, débats, formats pédagogiques, dispositifs d’accessibilité et documentaire sur ARTE prolongent l’exposition bien au-delà des salles. Byblos circule, continue d’agir et entre dans l’espace public culturel.

Informations pratiques
Table ronde: Byblos : avenir et protection du patrimoine libanais
Jeudi 16 avril 2026 à 19h
Salle du haut conseil, niveau 9, Institut du monde arabe
Entrée gratuite sur réservation. Cette table ronde porte sur les nouvelles découvertes archéologiques, la préservation du patrimoine, la reconstruction, la mémoire et la responsabilité collective

Les fastes de Byblos, entre rois, temples et influences égyptiennes

Avec ses trésors royaux, ses dépôts votifs et ses grandes pièces emblématiques, l’exposition de l’IMA montre une Byblos puissante, sacrée et connectée aux grandes civilisations de son temps. À travers l’or, le bronze, la pierre et les rites, elle restitue le rayonnement d’une cité qui fut à la fois port, palais et sanctuaire.

Vue intérieure du temple aux Obélisques de Byblos. © Philippe Maillard / IMA

Dans l’exposition consacrée à Byblos, l’une des impressions les plus saisissantes est celle du faste. La cité n’y apparaît pas seulement comme une ville antique parmi les plus anciennes du monde ni comme un grand carrefour maritime de la Méditerranée orientale. Elle s’impose aussi comme un centre de pouvoir, de prestige et de sacralité. Dès les premières salles, l’Institut du monde arabe met en avant cette lecture à travers quelques œuvres phares, notamment l’obélisque d’Abishemou et la mosaïque de l’enlèvement d’Europe, présentées comme des pièces majeures d’un parcours rassemblant 400 œuvres. Le visiteur comprend aussitôt que Byblos fut une ville de représentation, où la puissance se donnait à voir autant qu’elle s’exerçait.

Le cœur de cette démonstration se trouve dans les trésors issus des rois et des temples, que l’exposition présente comme l’un de ses temps forts. Une sélection provenant de la nécropole royale et des sanctuaires de la cité du début du IIe millénaire avant J.-C. permet d’approcher une société où autorité politique, richesse matérielle et prestige symbolique étaient étroitement liés. Les tombes des rois Abi-Shemou et Yapi-Shemou-Abi y occupent une place centrale. Elles restituent un monde où le pouvoir ne s’interrompait pas avec la mort, mais se prolongeait dans les objets qui accompagnaient les défunts.

La richesse de cet ensemble est éloquente. Vaisselle d’or et d’argent, parures en or incrustées de pierres semi-précieuses, miroirs, armes d’apparat : tous ces objets disent une royauté qui affirme sa place par la maîtrise des matières précieuses autant que par leur mise en scène. Ils ne relèvent pas d’un luxe décoratif au sens moderne du terme. Ils constituent un véritable langage politique. Le tombeau devient ici le prolongement de l’ordre terrestre. Même dans la mort, l’élite de Byblos continue d’exhiber ses attributs, comme si la souveraineté devait survivre dans la forme, dans l’éclat, dans la composition même du mobilier funéraire.

Ces trésors ne valent pourtant pas seulement par leur beauté. Ils renseignent aussi sur la façon dont une cité méditerranéenne ancienne se représente son propre ordre. À travers eux, on perçoit une société hiérarchisée, structurée, soucieuse de donner à voir sa puissance. Les objets ne sont pas de simples témoins silencieux. Ils traduisent une conception de la dignité royale, une manière de faire du précieux un instrument de légitimité, un signe de continuité entre le pouvoir des vivants et la mémoire des morts.

L’or des tombes, la splendeur du culte

Mais l’exposition ne montre pas uniquement une puissance locale refermée sur elle-même. Une part importante de ces pièces porte la marque d’une forte influence égyptienne. Certaines viennent même directement d’Égypte et sont présentées comme des cadeaux des pharaons Amenemhat III et IV. Ce détail est capital. Il rappelle que le prestige de Byblos s’inscrivait dans un espace diplomatique et commercial beaucoup plus vaste. La cité devait une part de son statut à sa relation privilégiée avec l’Égypte, notamment autour du commerce du cèdre. Les objets venus du Nil ne sont donc pas de simples curiosités importées. Ils disent une proximité politique, une circulation des signes de reconnaissance, une insertion dans une géographie du prestige qui dépassait largement les frontières du littoral libanais.

Haches fenestrées à décor animalier. Byblos, temple aux Obélisques, âge du Bronze moyen, or. © IMA / Philippe Maillard

Cette lecture se prolonge dans les dépôts votifs du Temple aux obélisques, autre foyer majeur de splendeur dans le parcours. L’exposition y rassemble figurines de faïence, haches fenestrées en or et en argent, poignards d’apparat, bijoux, ainsi qu’un impressionnant ensemble de figurines humaines en bronze, parfois plaquées d’or. Ici, la richesse ne renvoie plus d’abord au pouvoir des rois, mais à la densité de la vie cultuelle. Les offrandes disent une ville où le sacré mobilise lui aussi les matières précieuses, les gestes codifiés et les formes du prestige.

©️ Yann Pichonnière | IMA

Le temple apparaît alors comme un autre centre de concentration symbolique. Ce n’est plus seulement le tombeau qui manifeste la grandeur, mais le sanctuaire. À travers ces objets, Byblos se révèle comme un espace où autorité politique et autorité religieuse se répondent et se renforcent mutuellement. La ville regarde la mer, négocie avec les puissances voisines, enterre ses rois avec magnificence et accumule dans ses temples des objets qui traduisent autant la ferveur que la puissance. Port, palais, nécropole et sanctuaire composent ensemble l’architecture d’une cité-État pleinement insérée dans les circuits d’échange, de pouvoir et de croyance de la Méditerranée ancienne.

C’est là tout l’intérêt de cette section de l’exposition. L’or, l’argent, la faïence ou le bronze ne sont jamais présentés comme de simples effets d’émerveillement. Ils restituent un niveau d’organisation, des hiérarchies, des alliances, une culture matérielle raffinée et une véritable politique de la visibilité. Gouverner, commercer, honorer les dieux, c’était aussi montrer la richesse, l’ordonner, la consacrer. Ce que l’on découvre ici n’est donc pas seulement une somme de chefs-d’œuvre. C’est le visage fastueux d’une ville qui avait su transformer sa prospérité en mémoire, en rituel et en puissance visible.

Informations pratiques
Visite guidée de l’exposition | Byblos, cité millénaire du Liban
Les samedis et dimanches, à 14h30 et 16h30, du 28 mars au 1er août 2026
Rendez-vous au rez-de-chaussée de l’Institut du monde arabe, devant le vestiaire des groupes. Cette visite accompagnée permet de découvrir les grandes pièces mises en avant par l’exposition, des trésors royaux aux objets cultuels.

Philippe Aractingi filme les secrets  de Byblos

Avec Liban, les secrets du royaume de Byblos, Philippe Aractingi ne se contente pas d’accompagner l’exposition de l’IMA. Son documentaire en devient l’un des prolongements les plus précieux, en donnant un visage, un rythme et une émotion aux fouilles récentes qui ont révélé une nécropole intacte, la porte Sud de la ville et de nouvelles données sur le port antique.

Images extraites du documentaire de Philippe Philippe Aractingi Les secrets du royaume de Byblos. © GEDEON PROGRAMMES

À l’Institut du monde arabe, l’exposition « Byblos, cité millénaire du Liban » donne à voir plus de 400 pièces et met en lumière les découvertes les plus récentes du site, notamment autour du port antique, de la porte Sud et d’une nécropole de l’âge du bronze restée intacte. Mais à côté des vitrines, des cartels et du parcours muséal, un autre regard s’impose : celui de Philippe Aractingi. Avec son documentaire Liban, les secrets du royaume de Byblos, le cinéaste ajoute à l’exposition une dimension décisive. Il transforme la découverte archéologique en récit vivant, en expérience sensible, presque en plongée dans le temps.

L’intérêt du film tient d’abord à son sujet. L’IMA souligne qu’au sein de la cité antique de Byblos, une nécropole souterraine de l’âge du bronze, miraculeusement préservée, a été découverte. Elle fournit de précieux indices sur la vie et la mort de ses habitants, tout en éclairant les liens entre le royaume de Byblos à son apogée et l’Égypte ancienne. Cette mise au jour n’est pas présentée comme un simple épisode spectaculaire destiné à enrichir le parcours. Elle constitue au contraire l’un des éléments centraux de l’exposition, précisément parce qu’elle renouvelle la compréhension de l’organisation sociale et économique de cette cité maritime.

C’est là que le regard de Philippe Aractingi prend tout son sens. Selon la présentation de l’IMA, le documentaire suit pendant deux ans, en 2022 et 2023, les fouilles menées dans cette riche nécropole. Il accompagne de près une équipe de chercheurs comprenant notamment Tania Zaven, archéologue de la Direction générale des Antiquités du Liban et directrice du site de Byblos, ainsi que Julien Chanteau, archéologue au département des Antiquités orientales du Louvre et directeur des fouilles du programme de recherche Byblos Hypogeum. Le film ne surplombe donc pas la science. Il l’accompagne. Il en épouse la lenteur, la précision, les attentes, les hésitations et les révélations.

Philippe Aractingi

Ce choix de mise en scène est essentiel, car l’exposition elle-même insiste sur le fait que Byblos n’est pas seulement un grand site de la longue durée méditerranéenne. Elle montre aussi un lieu qui continue de parler au présent, à travers les fouilles en cours et les découvertes qui en modifient la lecture. L’IMA annonce d’ailleurs en exclusivité les dernières données sur le port antique ainsi que les recherches ayant mis au jour la porte Sud et cette nécropole intacte. En mettant sa caméra au service de ce moment de dévoilement, Philippe Aractingi fait plus qu’illustrer un contenu scientifique. Il lui donne une épaisseur narrative. Grâce à lui, la fouille cesse d’être une note de catalogue. Elle devient une aventure humaine et intellectuelle.

Le cinéma comme prolongement de l’archéologie

Il y a chez Philippe Aractingi une affinité évidente avec un tel sujet. Byblos n’est pas pour lui un décor lointain ni un simple objet de prestige patrimonial. C’est une matière libanaise, historique et sensible. L’IMA présente son documentaire comme une plongée dans un monde disparu depuis près de quatre millénaires. La formule convient bien à sa manière de filmer. Il ne s’agit pas de figer les vestiges dans une admiration muséale, mais de les faire réapparaître comme des traces encore vibrantes, capables de retrouver une forme de présence. Le film devient ainsi le prolongement naturel de l’exposition. Là où les vitrines montrent les objets, Aractingi montre les cheminements qui mènent jusqu’à eux. Là où le musée expose des résultats, il restitue le temps de la recherche, l’enfouissement, l’attente et la révélation.

Le mérite du film est aussi de rendre accessible une matière qui pourrait demeurer réservée aux spécialistes. L’archéologie, surtout lorsqu’elle touche à des structures funéraires, à des couches anciennes ou à des programmes de recherche en cours, peut vite paraître abstraite pour le grand public. Aractingi réussit à lui donner un souffle sans en trahir la rigueur. Il fait sentir que chaque objet sorti du sol, chaque tombe préservée, chaque indice patiemment relevé participe à une histoire beaucoup plus vaste, celle d’une ville qui a traversé des millénaires sans cesser de livrer ses secrets.

Informations pratiques
« Liban, les secrets du royaume de Byblos », documentaire de Philippe Aractingi
Samedi 11 avril 2026 à 20h55 sur ARTE
Disponible également du 21 mars au 9 octobre 2026 sur arte.tv. L’IMA le présente comme un prolongement direct de l’exposition, centré sur la nécropole de l’âge du bronze et les fouilles menées en 2022 et 2023.

« Byblos ou Jbeil ? », une question libanaise

À l’Institut du monde arabe, l’exposition « Byblos, cité millénaire du Liban » ne se contente pas de montrer des vestiges. Avec la table ronde « Byblos ou Jbeil ? », elle rappelle qu’une ville ancienne continue d’agir dans le présent, en touchant à la transmission, à l’accessibilité et surtout aux débats contemporains sur l’identité libanaise.

L’exposition « Byblos, cité millénaire du Liban » déploie neuf millénaires d’histoire à travers objets, vestiges et découvertes archéologiques. Mais à l’Institut du monde arabe, elle ne se limite pas à une célébration savante du passé. Elle fait surgir une question pleinement contemporaine : que devient une ville antique lorsqu’elle continue d’agir dans les imaginaires, les appartenances et les débats du présent ? C’est précisément ce que met au jour la table ronde « Byblos ou Jbeil ? Question sur l’identité contemporaine de la ville », sans doute l’un des rendez-vous les plus révélateurs de la programmation entourant l’exposition.

Car à travers cette simple hésitation entre deux noms se découvre bien davantage qu’une affaire de vocabulaire. Ce qui s’y joue touche à la manière dont le Liban se raconte, se représente et hiérarchise ses héritages. Dire Byblos ou dire Jbeil, ce n’est pas seulement choisir entre un nom ancien et un nom arabe. C’est faire affleurer des lectures concurrentes de l’histoire, des sensibilités culturelles distinctes, parfois même des visions opposées de l’identité libanaise. La force de l’IMA est justement de ne pas isoler cette question dans un débat abstrait. Elle l’inscrit dans un ensemble plus large où la transmission du patrimoine devient aussi un travail sur le présent.

L’exposition apparaît alors sous un jour différent. Elle ne montre pas seulement une ville antique prestigieuse ; elle construit un espace de médiation où Byblos cesse d’être un simple objet du passé pour redevenir une question vivante. Ce déplacement est essentiel. Il évite de réduire le patrimoine à une matière figée, enfermée sous verre, admirée à distance. Il suggère au contraire qu’un site historique n’a de véritable portée que s’il continue de produire du sens dans le temps qui vient, s’il reste capable de nourrir des récits, des débats et des usages contemporains.

Cette logique traverse toute la programmation. L’IMA ne s’adresse pas uniquement aux amateurs d’archéologie ni aux visiteurs déjà familiers des grandes civilisations méditerranéennes. L’institution pense aussi aux familles, aux enseignants, aux visiteurs sourds signants, aux visiteurs déficients visuels, aux professionnels du champ social et à tous ceux qui souhaitent entrer dans l’exposition par une autre voie que celle de l’érudition pure. Cette ouverture n’a rien d’accessoire. Elle fait partie du sens même du projet. Elle dit qu’un patrimoine ne vaut pleinement que s’il peut être partagé, relayé, raconté et rendu réellement accessible.

C’est dans cette perspective qu’il faut comprendre des propositions comme L’Heure du conte, autour de Najoua Darwiche et de ses « Parfums de cardamome : contes et récits du Liban ». Le recours au récit oral rappelle qu’un héritage ne se transmet pas seulement par les cartels, les vitrines et les objets. Il passe aussi par la parole, par l’imaginaire, par cette mémoire racontée qui permet aux plus jeunes d’entrer à leur tour dans un monde ancien. L’exposition ne se contente donc pas d’instruire. Elle cherche aussi à créer des conditions de familiarité sensible avec le passé.

L’exposition se prolonge également vers le monde éducatif. L’Après-midi enseignants, prévu le mercredi 15 avril 2026 de 14h30 à 16h30, propose une visite guidée dédiée aux enseignants en activité. L’idée est claire : faire de Byblos non seulement un sujet d’exposition, mais une ressource pédagogique. L’histoire de la Méditerranée, l’archéologie, les échanges, la longue durée, la question du patrimoine, tout cela peut ensuite entrer dans la salle de classe. L’exposition déborde ainsi sa temporalité immédiate. Elle cherche à se prolonger dans la transmission scolaire, donc dans une mémoire plus durable.

Une ville antique saisie dans les débats du présent

Le même souci anime les dispositifs pensés pour le monde éducatif. Avec l’Après-midi enseignants, Byblos devient une ressource pédagogique, susceptible d’entrer dans la salle de classe par l’histoire de la Méditerranée, les échanges, l’archéologie, mais aussi par la réflexion sur le patrimoine et sa transmission. L’exposition se prolonge ainsi au-delà de ses murs, dans le temps scolaire, dans la circulation des savoirs, dans une mémoire qui cherche à se déposer durablement.

Cette ambition se lit encore plus nettement dans les formats consacrés à l’accessibilité. Sensibilisation relais pour les professionnels et bénévoles du champ social, visites en langue des signes française, journées de découverte tactile et descriptive pour les visiteurs déficients visuels : tout cela montre que, pour l’IMA, partager le patrimoine suppose d’abord d’en rendre l’accès réel. Il ne s’agit plus seulement d’accueillir un public, mais de permettre à des médiateurs de s’approprier le contenu, de le transmettre à leur tour, de faire en sorte que l’exposition ne soit pas réservée à ceux qui possèdent déjà les codes du musée.

À cette dimension pédagogique et inclusive s’ajoute une autre approche, plus inattendue, mais tout aussi significative : celle de l’expérience sensible. Avec les balades bien-être, qui associent histoire de l’art, respiration, contemplation et atelier créatif, Byblos n’est plus seulement abordée comme une somme de connaissances à acquérir. Elle devient un espace d’attention, presque de présence. Le patrimoine quitte alors le seul registre du savoir pour toucher à celui de l’expérience intime.

Mais c’est bien la rencontre « Byblos ou Jbeil ? » qui donne à l’ensemble sa portée la plus aiguë. En plaçant au centre la question du nom, elle révèle que le patrimoine n’est jamais neutre. Une ville ancienne n’appartient pas seulement aux archéologues ou aux historiens ; elle appartient aussi aux récits que le présent projette sur elle. À travers Byblos ou Jbeil, c’est tout un débat sur l’identité phénicienne, l’héritage arabe du Liban, les imaginaires collectifs et les appartenances contemporaines qui se trouve mis en mouvement.

Informations pratiques
Table ronde: Byblos ou Jbeil ? Question sur l’identité contemporaine de la ville
Jeudi 23 avril 2026 à 19h
Salle du haut conseil, niveau 9, Institut du monde arabe
Entrée gratuite sur réservation. Cette table ronde explorera les enjeux historiques, culturels et politiques liés à l’usage de deux noms pour un même lieu, ainsi que la place de l’identité phénicienne dans l’héritage arabe du Liban contemporain.

Nadi Lekol Nas: sauver le patrimoine filmique libanais

À l’IMA, l’hommage à Nadi Lekol Nas (« le ciné-club pour tous ») ne relève pas du simple événement annexe. En résonance avec l’exposition « Byblos, cité millénaire du Liban », ce cycle de trois jours rappelle qu’au Liban, le patrimoine ne se limite ni aux pierres ni aux fouilles, mais englobe aussi des films, des archives et des œuvres fragiles qu’il faut sauver avant qu’ils ne disparaissent.

À l’Institut du monde arabe, l’hommage rendu à Nadi Lekol Nas, que l’on peut traduire par « le ciné-club pour tous », prend ainsi une portée particulière. Active à Beyrouth depuis plus de vingt-cinq ans, cette association s’est donné pour mission de collecter, d’archiver et de transmettre un patrimoine culturel arabe souvent menacé par la dispersion, l’oubli ou les crises. En l’inscrivant dans le sillage de l’exposition consacrée à Byblos, l’IMA rappelle qu’au Liban, la sauvegarde du patrimoine ne concerne pas uniquement les sites archéologiques et les vestiges anciens. Elle engage aussi la mémoire filmique, les images, les voix et les regards à travers lesquels un pays continue de se raconter.

Maroun Bagdadi

Il y a donc quelque chose de profondément juste dans ce voisinage entre Byblos et Nadi Lekol Nas. D’un côté, l’exposition de l’IMA protège des vestiges, des inscriptions et des traces très anciennes. De l’autre, l’hommage consacré à l’association beyrouthine déplace la réflexion vers un autre champ de la mémoire, celui du cinéma. Car sauver un pays, ou du moins sauver ce qui peut encore en témoigner, passe aussi par la sauvegarde de ses images. Le programme annoncé par l’IMA est très clair sur ce point : il ne s’agit pas d’une simple parenthèse cinéphile, mais d’un week-end entier de projections et de rencontres consacré à des films rares, à des cinéastes majeurs et aux conditions mêmes de survie de ce patrimoine. 

Dès l’ouverture, le vendredi 17 avril à 20 heures, le ton est donné avec une soirée consacrée à Maroun Bagdadi. Le programme réunit d’abord « Maroun Bagdadi, cinéaste aux frontières du réel », un court documentaire de Marwan Khneisser, puisMurmures, documentaire réalisé par Bagdadi en 1980. Le choix est parlant. Il ne s’agit pas seulement d’évoquer un grand nom du cinéma libanais, mais de le faire revivre à travers un double geste : un film d’hommage qui recompose une mémoire, puis une œuvre elle-même, où Nadia Tuéni traverse un Liban détruit par la guerre dans une quête d’espoir et de nostalgie. On comprend immédiatement que l’enjeu du cycle n’est pas commémoratif au sens figé du terme. Il consiste à remettre les films en circulation, à les rendre à de nouveaux regards, à les faire sortir de l’ombre où l’histoire et les catastrophes les enferment trop souvent.

Le samedi 18 avril, cette logique s’élargit et se précise. À 16h30, une table ronde réunit Naja Al Achkar, fondateur et directeur de Nadi Lekol Nas, et le cinéaste et chercheur Hady Zaccak, sous la modération de Michel Tabbal, autour de la sauvegarde du patrimoine cinématographique. Là, le patrimoine cesse d’être une abstraction noble. Il devient une question concrète de restauration, d’archives, de conservation, de circulation des œuvres et d’accès pour les chercheurs comme pour le public. Cet échange donne le cadre intellectuel du cycle. Il rappelle que préserver un film ne revient pas seulement à célébrer le passé, mais à organiser matériellement sa survie. 

Le soir, à 18 heures, l’hommage se poursuit avec Christian Ghazi. La séance associe Théâtre à la croisée des vents de Nancy Lichaa El Khoury, portrait du cinéaste, etResistance, why? , documentaire tourné en 1971, où Ghassan Kanafani, Sadiq Jalal El-Azm, Nabil Shaath et d’autres figures arabes reviennent sur l’histoire et le sens de la révolution palestinienne. Cette programmation dit très clairement ce que Nadi Lekol Nas cherche à sauver : non seulement des bobines, mais une histoire intellectuelle et politique du cinéma. Elle rappelle aussi la vulnérabilité extrême de ces œuvres. L’IMA souligne d’ailleurs qu’une grande partie des films de Christian Ghazi a été détruite, par la censure puis par une milice, et que rares sont ceux qui ont survécu. Dès lors, chaque projection prend aussi la valeur d’un sauvetage. 

Borhane Alaouié et Heiny Srour.

À 20 heures, la soirée réunit Borhane Alaouié et Heiny Srour. Là encore, le programme commence par un film-portrait,Borhane Alaouié, la rencontre, avant de montrer Lettre d’un temps de guerre, consacré à sept familles déplacées après la destruction de la banlieue sud de Beyrouth, puis The Singing Cheikh de Heiny Srour, portrait du chanteur égyptien Cheikh Imam, voix contestataire bannie des médias d’État et emprisonnée à plusieurs reprises. Ce rapprochement est particulièrement fort. Il relie le Liban de la guerre, du déplacement et de l’exil à une autre histoire arabe de la dissidence par l’art. Il montre surtout que le patrimoine filmique ne conserve pas seulement des formes esthétiques : il garde trace de vies précaires, de résistances, de fractures politiques et sociales que le présent continue de faire résonner. 

Des films qui conservent davantage que des images

Le dimanche 19 avril assume encore plus nettement cette dimension historique et politique. À 15 heures, la table ronde La Guerre dans le cinéma du Moyen-Orient réunit Hala Alabdalla, Laura Nikolov et Michel Tabbal, avec Hady Zaccak comme modérateur. Le titre même suffit à rappeler que, dans cette région, filmer n’a jamais consisté à enregistrer passivement le réel. Le cinéma y a documenté les conflits, bien sûr, mais il les a aussi pensés, interprétés, parfois contestés. Dans le cas libanais, cette fonction est décisive. Filmer la guerre, l’exil ou l’effondrement du cadre commun, c’est aussi tenter de préserver un langage partagé au milieu de la fragmentation. 

À 16h30, Maï Masri et Jean Chamoun prolongent cette réflexion avecRêves d’exil et Terre de femmes. Le premier suit, entre Chatila et Dheisheh, deux adolescentes palestiniennes séparées par l’exil qui se découvrent et se rapprochent à distance ; le second donne à voir la vie et l’engagement de plusieurs femmes impliquées dans la lutte pour la libération de la Palestine, parmi lesquelles Kifah Afifi, Fadwa Touqan et Samiha Khalil. Ici encore, le patrimoine que l’on cherche à sauver n’est pas seulement celui des films en tant qu’objets. C’est aussi celui des trajectoires, des paroles, des expériences féminines et des mémoires politiques qu’ils ont fixées. 

Enfin, à 18h30, le cycle s’achève avec Ziad Rahbani et Randa Chahal Sabbag. La séance associeTahiya Ziad Rahbani , hommage au compositeur et metteur en scène libanais, àPas à pas, documentaire dans lequel Randa Chahal Sabbag analyse la guerre civile libanaise à partir de deux années de travail et de documents qui en éclairent aussi les causes plus lointaines ainsi que les implications régionales. Cette clôture est très cohérente. Elle réunit la satire, la musique, la scène, l’enquête et l’analyse politique, comme pour rappeler que la mémoire d’un pays ne se laisse jamais réduire à un seul récit. Elle est faite de tons, de formes et de voix hétérogènes, parfois discordantes, qu’il faut pourtant conserver ensemble. 

C’est ce qui donne à cet hommage sa vraie nécessité. En l’adossant à l’exposition sur Byblos, l’IMA suggère que le patrimoine libanais doit être pensé dans toute son amplitude, des ports antiques aux archives filmiques, des vestiges archéologiques aux images du XXe siècle. 

Informations pratiques
Hommage à Nadi Lekol Nas, du 17 au 19 avril 2026 à l’Institut du monde arabe. Les projections ont lieu à l’Auditorium et les tables rondes dans la Salle du Haut Conseil. Les séances indiquées par l’IMA sont en entrée gratuite sur réservation. 

Toufic Farroukh, le souffle du présent en musique

Avec Untamed Elegance, Toufic Farroukh apporte à la programmation libanaise de l’Institut du monde arabe un autre souffle. Là où les expositions et les hommages travaillent la mémoire, le saxophoniste et compositeur franco-libanais fait entendre un Liban vivant, mobile et pleinement contemporain, qui continue de s’inventer aussi par la musique.

Toufic Farroukh

Dans l’agenda de l’Institut du monde arabe, certains événements s’imposent par leur ampleur historique, d’autres par leur charge mémorielle. Le concert de Toufic Farroukh Sextet, lui, s’inscrit dans un autre registre. Avec Untamed Elegance, annoncé pour le vendredi 24 avril 2026 à 19h à l’Auditorium, le saxophoniste et compositeur franco-libanais vient rappeler que la culture libanaise ne se donne pas uniquement sous la forme de ce qu’il faut préserver, restaurer ou transmettre. Elle existe aussi dans ce qui se crée au présent, dans ce qui circule, dans ce qui se réinvente d’une scène à l’autre.

C’est ce qui donne à ce concert sa place particulière. Il ne s’agit pas seulement d’un nom glissé dans un programme. Il s’agit d’une présence artistique. La présentation officielle de l’IMA est brève, mais suffisamment évocatrice pour dessiner une ligne claire. Elle annonce que, cinq ans après l’album Villes Invisibles, le voyage du musicien reprend à travers ce nouvel opus. En quelques mots, tout est déjà là : une continuité, une reprise, une relance. Untamed Elegance n’apparaît pas comme un projet isolé, mais comme une nouvelle étape dans un parcours déjà identifié.

Cette idée de continuité est importante. Elle permet de lire le concert non comme un événement ponctuel, mais comme un moment dans une trajectoire musicale. Le retour de Toufic Farroukh n’a rien d’anodin. Il s’inscrit dans le temps long d’un travail, dans l’évolution d’une écriture, dans la fidélité à une voix artistique qui continue de se déployer. Ce que l’IMA accueille ici, ce n’est donc pas uniquement une date de concert. C’est un mouvement repris, une recherche poursuivie, une musique qui revient avec un nouveau titre, une nouvelle étape, un nouvel état.

Le titre lui-même, Untamed Elegance, intrigue. Sans en forcer le sens, on peut y entendre une tension féconde entre l’élan et la maîtrise, entre la liberté et la forme, entre l’instinct et l’écriture. Il y a dans cette expression quelque chose qui convient bien à l’univers du jazz et, plus largement, à l’idée d’une musique qui travaille ses équilibres sans renoncer à l’énergie. Ce n’est pas un détail. Dans un papier culturel, le titre d’un projet dit souvent déjà quelque chose de sa couleur, de son geste ou de son ambition. Ici, il suggère une élégance qui ne serait pas apprivoisée jusqu’à l’immobilité, mais traversée par le mouvement.

Ce concert prend aussi un relief particulier dans le contexte de la programmation de l’IMA. L’institution fait coexister plusieurs régimes de mémoire et de présence : l’archéologie, le patrimoine, le cinéma, les débats d’idées, et ici la musique vivante. Avec Toufic Farroukh, la culture libanaise apparaît non plus seulement comme un héritage à protéger, mais comme une création en acte. Ce déplacement est précieux. Il évite d’enfermer le Liban dans une image exclusivement patrimoniale ou blessée. Il rappelle qu’il y a aussi une scène, un souffle, des artistes qui produisent du contemporain.

Une présence musicale plutôt qu’un simple rendez-vous

C’est sans doute ce qui rend ce concert particulièrement intéressant à traiter. L’enjeu n’est pas tant de détailler un programme complexe que de situer une présence artistique. Il s’agit moins d’annoncer qu’un événement aura lieu que de faire sentir pourquoi il compte. La musique introduit ici quelque chose d’irréductible aux vitrines, aux archives et aux discours : le temps de la scène, l’intensité de la performance, la relation immédiate avec le public. Là où d’autres propositions de la saison font travailler la mémoire, Toufic Farroukh fait entendre un présent.

Cette présence est d’autant plus forte qu’elle est portée par un musicien franco-libanais, c’est-à-dire situé dans un espace de circulation, de passage et de croisement. Sans extrapoler au-delà de ce que dit l’annonce officielle, cette double inscription n’est pas sans résonance avec l’esprit même de la programmation de l’IMA. Le lieu accueille précisément des formes culturelles qui traversent les frontières, déplacent les appartenances et refusent les définitions étroites. Toufic Farroukh apparaît ainsi comme une figure cohérente dans cet espace : un artiste dont la musique accompagne, à sa manière, cette idée de circulation entre mondes, scènes et sensibilités.

Il faut aussi souligner que la musique produit un autre type d’attention. Face à une exposition, le regard circule, s’arrête, compare, lit. Face à un concert, c’est le temps qui change de nature. Il ne s’agit plus de contempler des traces, mais de se laisser traverser par une présence sonore. C’est peut-être là que réside la force particulière d’un rendez-vous comme celui-ci. Il ne commente rien, il n’explique rien, il ne vient illustrer aucun discours. Il propose un déplacement pur : après les objets, les images et les débats, voici la scène ; après la mémoire, voici l’élan ; après la conservation, voici l’invention.

Informations pratiques
Toufic Farroukh Sextet – Untamed Elegance
Vendredi 24 avril 2026 à 19h
Auditorium, niveau -2, Institut du monde arabe
La billetterie de l’IMA présente ce concert comme le retour du saxophoniste et compositeur franco-libanais, cinq ans après Villes Invisibles, avec son nouvel opus Untamed Elegance.

Appel de l’IMA, ALIPH et l’AFD pour protéger le patrimoine libanais

À l’occasion de l’ouverture de l’exposition consacrée à Byblos, l’Institut du monde arabe, ALIPH et l’Agence française de développement ont annoncé la création d’un fonds d’urgence pour protéger le patrimoine libanais menacé par la guerre entre Israël et le Hezbollah.

À Paris, l’annonce n’a rien d’accessoire. À l’occasion de l’ouverture de l’exposition « Byblos, cité millénaire du Liban », l’Institut du monde arabe, l’Alliance internationale pour la protection du patrimoine dans les zones en conflit (ALIPH) et l’Agence française de développement (AFD) ont lancé un « Fonds d’urgence pour la protection du patrimoine libanais en temps de guerre ». Derrière cette initiative, une réalité brutale : le patrimoine culturel du Liban se trouve de nouveau exposé aux menaces du conflit entre Israël et le Hezbollah, dans un contexte régional que le communiqué qualifie de particulièrement grave pour les monuments, les sites archéologiques, les musées et leurs collections.

Le texte insiste sur la portée concrète de cette mobilisation. Il ne s’agit pas seulement d’afficher une solidarité symbolique avec le Liban, mais de mettre en place un instrument international dédié à la protection d’urgence de son patrimoine. L’objectif est clair : soutenir rapidement des actions de sauvegarde, de sécurisation et de préservation, en lien étroit avec les autorités libanaises et les professionnels du secteur. Le site de Byblos figure parmi les priorités explicitement mentionnées, ce qui donne à l’initiative une résonance particulière au moment où l’IMA consacre justement une grande exposition à cette cité millénaire classée au patrimoine mondial de l’Unesco.

Byblos l’une des plus anciennes cités du Liban classée au patrimoine mondial de l’UNESCO, Jbeil, Mont-Liban, Liban

L’annonce rappelle aussi que ce fonds s’inscrit dans des engagements déjà anciens. ALIPH, fondation créée à Genève en 2017 et devenue un acteur majeur de la protection du patrimoine menacé par les conflits, le changement climatique et les catastrophes naturelles, indique avoir déjà soutenu une quarantaine de projets au Liban pour un montant total de 5,6 millions de dollars depuis 2020. Le communiqué précise également qu’elle est intervenue après l’explosion du port de Beyrouth puis lors des conflits de 2024 et 2026. De son côté, l’AFD, présente au Liban depuis 1999, souligne avoir financé plus de 125 projets dans le pays, pour 1,3 milliard d’euros d’engagements nets, et rappelle son soutien de longue date à la Direction générale des Antiquités, notamment en matière de formation à la conservation et à la recherche archéologique.

Une réponse concrète à l’urgence

Les premières dotations annoncées donnent à cette initiative un contenu immédiat. L’Institut du monde arabe apporte 50 000 euros pour la préservation du site de Byblos. ALIPH engage 100 000 dollars pour protéger le patrimoine du site archéologique de Tyr ainsi que les réserves de la Direction générale des Antiquités du Liban. L’AFD, enfin, contribue à hauteur de 25 000 euros. Le fonds sera mis en œuvre par ALIPH, en coordination étroite avec le ministère libanais de la Culture et la Direction générale des Antiquités, avec l’appui d’ONG locales ou internationales de terrain, notamment l’Œuvre d’Orient.

Le communiqué cite également le ministre libanais de la Culture, Ghassan Salamé, qui salue une initiative apportant une réponse concrète à une situation d’urgence. Sa déclaration rappelle une évidence souvent reléguée à l’arrière-plan en temps de guerre : le patrimoine n’est pas un luxe secondaire. Il fait partie de ce qui tient une société ensemble, de ce qui conserve une mémoire commune au moment même où les destructions menacent de l’effacer. Cette idée traverse tout le texte. Protéger un site, une collection ou un musée, ce n’est pas simplement préserver des pierres ou des objets. C’est aussi défendre une continuité historique, culturelle et symbolique.

Informations pratiques
Les dons et contributions au « Fonds d’urgence pour la protection du patrimoine libanais en temps de guerre » peuvent être versés à ALIPH.
Contact indiqué dans le communiqué : Harry Tarpey, chargé des partenariats stratégiques.