Avec l’arrivée, le 21 janvier, du commandant de l’armée française à La Réunion, le général Jean de Monicault, Paris tente de revenir dans le jeu malgache en dépit du lourd passif accumulé lors de la fuite du président Andry Rajoelina, en octobre.
La visite du commandant des forces armées de la zone sud de l’océan Indien, les FAZSOI (qui « garantissent la protection du territoire national et animent la coopération régionale depuis La Réunion et Mayotte », dixit le ministère français des Armées et des anciens combattants) s’inscrit, affirme-t-on à Paris, dans le cadre de la relance de la coopération militaire bilatérale.
Pour preuve, du 19 au 22 janvier, des instructeurs des FAZSOI ont assuré des formations pour leurs homologues malgaches, notamment dans le pilotage de drones. Et très bientôt, en février, la présence des forces armées malgaches, dirigées par le chef d’état-major Démosthène Pikulas, est espérée à des exercices conjoints régionaux à La Réunion, où stationnent les FAZSOI.
Rupture de la confiance
Pourtant, si la coopération militaire franco-malgache ronronnait depuis des années, elle est morte le jour où les FAZSOI, sur ordre du président français sollicité par Nicolas Sarkozy, ont exfiltré en pleine crise politique Andry Rajoelina, un président malgache honni et déchu.
Au-delà de la coopération militaire, la succession de gaffes et de fautes politiques a brisé la confiance entre le colonel Michaël Randrianirina, président de la Refondation de la République de Madagascar et l’exécutif français et son chef. Plus grave, il se méfie même à présent des officiers généraux malgaches ayant séjourné en France et étant liés avec les diplomates et les militaires français. Après le refus de Paris de l’aider à former sa sécurité personnelle, le 9 décembre, le chef de la Transition malgache a effectué un déplacement confidentiel à Dubaï, aux Émirats arabes unis, à l’occasion duquel il a rencontré sécurocrates émirati, américains et israéliens, ainsi que des compagnies de sécurité privée, parmi lesquelles la célèbre Blackwater d’Erik Prince.
Arrivée des Russes en fanfare
Depuis, les services de renseignement russes ont débarqué dans la capitale malgache avec une quarantaine d’instructeurs et des drones tueurs qui explosent avec leurs charges. C’est la Présidence de la Refondation elle-même qui l’a annoncé sur sa page Facebook, le 14 janvier, avec des photos de militaires devant une table garnie d’armes et d’équipements militaires.
Auparavant, le 21 décembre, le président de l’Assemblée nationale, Siteny Randrianasoloniaiko, avait lui-même annoncé qu’une délégation russe de « quarante personnes conduite par le général Andrey Vladimirovich Andreyev » était arrivée à Madagascar, pour y livrer des armes et des équipements. La reprise de la coopération militaire opérationnelle entre Madagascar et la Russie s’est illustrée également par une formation délivrée, au même moment que celle des Français des FAZSOI, au camp du 1er bataillon parachutiste, le 20 janvier à Ivato.
Rêve océanique
L’actuel chef des FAZSOI, même s’il ne commande que de modestes éléments militaires, a été placé à cette fonction dans un but bien déterminé. Le sud-ouest de l’océan Indien constitue un point de passage important pour le commerce maritime international, notamment depuis le début des attaques houthies en Mer Rouge. Et surtout, le général français a pour mission de veiller à ce que Paris puisse continuer à conserver les îles Éparses et leur zone économique exclusive, rêve océanique du président Macron.
Promu général de division en 2025, Jean de Monicault est un militaire de confiance du président français, ayant appartenu à son état-major particulier. Sa visite à Madagascar traduit l’acharnement d’Emmanuel Macron à revenir dans les affaires malgaches et plus particulièrement, à s’assurer de la poursuite de l’annexion des îles Éparses.
Une diplomatie indispensable
Négocier la visite de Jean de Monicault n’a pas été une mince affaire. Le Premier ministre de la transition a passé une semaine en visite privée à Paris sans être reçu par un gouvernement débordé et instable. Le colonel Michaël Randrianirina avait proposé à l’ancien candidat à la présidentielle Serge Jovial Imbeh de jouer un rôle d’intermédiaire auprès des partenaires occidentaux mais ce dernier a refusé une mission qui lui semblait mal partie.
C’est finalement la ministre des Affaires étrangères Christine Razanamahasoa qui a réussi in extremis, à travers un communiqué commun avec Jean-Noël Barrot, à donner une voie officielle renouvelée aux relations entre les deux pays, « alignée sur les priorités de la Refondation». Les années qu’elle a passé en exil à Paris après avoir été menacée de mort par Andry Rajoelina lui ont permis de connaître quelques responsables officiels français et d’acquérir la légitimité de la résistance au régime précédent.
