Niger, Human Rights Watch et RSF exigent la libération de Moussa Kaka

30/10/2026 – La rédaction de Mondafrique

Les deux organisations de défense des journalistes ont à nouveau réclamé la libération du correspondant de RFI au Niger, ainsi que la transparence sur sa situation.

Par la rédaction de Mondafrique

L’arrestation du journaliste, le 31 août, deux jours après le coup d’État manqué du 29, a d’abord été secrète. Il s’est volatilisé avec son véhicule sur la route de son domicile, après sa journée de travail dans sa radio et télévision privée Saraounia. Finalement, après les protestations de plusieurs organisations de défense des droits de l’homme et surtout, de Reporters sans frontières qui a saisi la rapporteuse spéciale de la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples chargée de la liberté d’expression, le ministre de la Justice Alio Daouda a reconnu devant le Conseil des droits de l’homme des Nations unies, le 25 septembre, que Moussa Kaka était détenu pour « une infraction présumée » dont il devrait « répondre devant les juridictions ». La réponse du ministre de la Justice est intervenue lors d’une interpellation à la Rencontre africaine pour la défense des droits de l’homme, à Genève, lors de l’examen périodique universel.

Cependant, cette arrestation ressemble davantage à une initiative des services secrets nigériens qu’à une enquête pénale en bonne et due forme. Il est donc probable que Moussa Kaka se trouve entre les mains du contre-espionnage militaire, la Direction générale de la documentation et de la sécurité extérieure (DGDSE), directement placée sous les ordres du général Abdourahmane Tiani et mobilisée après la fracassante mutinerie du 29 août.

Deux anciens ministres également interpellés

À cette occasion, une unité d’élite des forces spéciales, le bataillon spécial de reconnaissance du commandement des opérations spéciales, avait tenté de prendre le contrôle de l’aéroport de Niamey et de renverser Abdourahamane Tiani. La Garde présidentielle est intervenue, seule, pour faire échec à ce coup d’État, appuyée par les Russes d’Africa Corps, eux-mêmes logés à l’aéroport, qui auraient provoqué la reddition des mutins par un tir de drone sanglant. Le manque de réponse des forces armées nigériennes lors de ces événements a coûté son poste au chef d’état-major général, le général Salaou Barmou. Deux anciens ministres socialistes de Maradi, Kalla Moutari, ex ministre de la Défense très proche de Mohamed Bazoum, et Kalla Ankaraou, très proche de Mahamadou Issoufou, ont été arrêtés dans les heures suivant le coup d’État manqué. Les détails de l’enquête sur les événements du 29 août restent rares et parcellaires. On ignore encore qui sont les commanditaires politiques de l’attaque très sérieuse qui a mobilisé la quasi totalité du bataillon incriminé, des centaines d’hommes.

Human Rights Watch est revenu à la charge jeudi pour réclamer la transparence sur le sort du journaliste, son lieu de détention et son statut pénal. Deux mois après sa disparition, « les autorités n’ont toujours pas indiqué où il se trouve ni expliqué les raisons de sa détention », a déclaré Ilaria Allegrozzi, chercheur senior sur le Sahel à Human Rights Watch. Reporters sans frontières lui a emboité le pas vendredi pour accuser Niamey de « piétiner ses engagements internationaux (…) par son silence persistant. »

Moussa Kaka est un personnage très connu de la presse nigérienne, plusieurs fois poursuivi et pris pour cible par les autorités des régimes précédents, en particulier celui de Mamadou Tandja il y a vingt ans. Il passe pour proche du régime socialiste renversé par Abdourahmane Tiani en juillet 2023. Contrairement à Saraounia, RFI est interdite au Niger depuis lors.