Karim Kal considère que la Kabylie a « résisté à l’impérialisme et à la colonisation comme si son sol ferrugineux contribuait à forger le caractère d’acier de ceux qui l’habitent ». La nuit, ce fils de kabyle photographie la terre de ses ancètres éclairée par une lampe torche.
Très marqué par la peinture abstraite, la lumière projetée par Karim Kal sculpte ce qu’il veut donner à voir dans une approche documentaire et poétique. Les images se révèlent progressivement.
Ce sont les plantes de ces montagnes arides, la terre rouge, la poussière de sable qui inspirent la série Sol. Elles ont résisté à la guerre d’indépendance, à la guerre civile des années 1990 et aux incendies des années 2000 et retrouvent ici leur grâce et leurs couleurs. Le maquis aride est recouvert de lentisques, ces arbustes épineux qui le rendent inaccessible. Après le dernier incendie de 2023, il en a prélevé des branches et les présente en majesté auréolées d’un halo de lumière (06 Mons Ferratus © Karim Kal). La série Gravats évoque l’immigration. Ramassés sur un chantier de Tizi Ouzou puis photographiés à Saint Etienne, ces morceaux de brique font le chemin inverse des devises qui alimentent aujourd’hui des constructions en Kabylie. Ils sous-tendent l’aventure de l’immigration. Sutures évoque de manière spectaculaire la colonisation avec les agrandissements de négatifs de cranes kabyles réalisés sur plaques de verre dans les années 1870 et conservées au musée de l’homme.
Karim Kal, né en 1977, formé à l’École des Beaux-Arts de Grenoble et à l’École de photographie de Vevey (Suisse), s’est intéressé aux traces laissées par la culture et l’histoire. Comme il le rappelle, « A partir de 2001, j’ai mené un travail photographique constitué de portraits, de vues, traitant de situations, d’environnements ou de groupes d’individus. Cette série vient après celles sur les prisons, les banlieues, les hôpitaux, des espaces particulièrement déterminés par des situations de pouvoir ».
