L’archevèque de Rabat, Cristobal Lopez Romero, dans la tourmente

09/07/2026 – Nicolas Beau

L’un des cardinaux un temps présenté comme un possible successeur du pape François est aujourd’hui rattrapé par de graves accusations de violences sexuelles. L’archevêque de Rabat, Cristobal Lopez Romero, a annoncé mardi 7 juillet sa mise en retrait après la révélation par l’Agence France-Presse (AFP) de plusieurs témoignages mettant en cause son comportement envers des femmes.

Au moins cinq femmes accusent le prélat espagnol de 74 ans, archevêque de Rabat depuis 2018, d’agressions sexuelles ou de comportements à caractère sexuel jugés inappropriés, selon les informations recueillies par l’AFP auprès de victimes présumées et de plusieurs sources proches du dossier. Le cardinal conteste catégoriquement les faits, affirmant n’avoir « commis ni agression, ni violence, ni harcèlement sexuel ».

L’une des plaignantes présumées, Adélaïde (prénom modifié), décrit des agressions sexuelles répétées qui auraient débuté à la fin de l’année 2024. Selon son témoignage, elle a alerté très tôt la hiérarchie catholique, d’abord le vicaire général Marc Helfer, bras droit de l’archevêque, puis la nonciature apostolique de Rabat dans un courrier daté du 22 avril. Une seconde femme a également saisi le représentant diplomatique du Vatican le 9 mai.

Les accusations ne se limitent pas à des comportements déplacés. Une autre victime présumée évoque des « accolades particulièrement appuyées et prolongées » ainsi qu’une tentative de l’embrasser contre son gré. Selon une source interne à l’archidiocèse, au moins trois autres femmes auraient signalé des faits comparables, laissant apparaître un schéma de comportements répétés. L’AFP n’a toutefois pas été en mesure d’établir précisément la nature de chacun de ces signalements.

Face à l’ampleur de ces révélations, le cardinal a annoncé sa mise en retrait. Dans un message adressé aux fidèles, il reconnaît faire l’objet d’accusations de « comportements inappropriés à l’égard de femmes adultes » et confirme l’ouverture d’une enquête préliminaire par l’Église. Il affirme suspendre toute activité publique afin de ne pas interférer avec cette procédure.

L’affaire soulève cependant une autre question : celle de la réaction de la hiérarchie catholique. Un document rédigé en octobre 2025 par le vicaire général Marc Helfer, transmis par une victime à la nonciature et consulté par l’AFP, montre que les autorités ecclésiastiques avaient été alertées depuis plusieurs mois. Le prêtre y évoque les « actes posés » par le cardinal et s’interroge explicitement sur « la pertinence » de son maintien à la tête du diocèse. Il indique avoir choisi de parler directement au cardinal pour l’aider à « modifier son comportement à l’égard des femmes ».

Interrogé avant la mise en retrait de Mgr Lopez Romero, Marc Helfer a confirmé avoir eu plusieurs échanges avec lui tout en appelant à laisser l’enquête canonique suivre son cours. « Nous ne savons pas si les faits dénoncés relèvent réellement de l’agression sexuelle », a-t-il déclaré, avant d’assurer : « On ne couvre personne. »

Pourtant, l’affaire intervient alors que Cristobal Lopez Romero bénéficiait d’une stature internationale. Lors du conclave de mai 2025, plusieurs observateurs le présentaient comme un candidat crédible à la succession du pape François. La National Catholic Review saluait son parcours « entre cultures et continents » et voyait en lui un « candidat de poids » pour accéder au trône de Saint-Pierre. Le cardinal avait finalement quitté la liste des papabili quelques jours avant le scrutin, assurant n’avoir « absolument aucune ambition » de devenir pape.

Selon Me Nadia Debbache, avocate spécialisée dans les violences sexuelles citée par Le Monde, les faits rapportés pourraient relever, selon le droit marocain, de harcèlement sexuel aggravé, d’agressions sexuelles aggravées et, dans un des cas, d’une tentative d’agression sexuelle aggravée, l’aggravation résultant de l’autorité exercée par leur auteur présumé. Le code pénal marocain prévoit également des sanctions en cas de non-dénonciation de certains crimes ou tentatives de crimes.

À ce stade, aucune plainte n’a toutefois été déposée devant la justice marocaine. L’enquête est exclusivement menée par les autorités ecclésiastiques, qui indiquent avoir transmis les signalements au Vatican. Celui-ci n’a pas réagi aux sollicitations de l’AFP.

Cette nouvelle affaire ravive les interrogations sur la capacité de l’Église catholique à traiter rapidement les accusations visant ses plus hauts responsables. Au Maroc, où les catholiques représentent une infime minorité de la population, plusieurs affaires impliquant des membres du clergé avaient déjà ébranlé l’institution ces dernières années.