Au Burkina, le journaliste Serge Oulon toujours disparu

23/06/2026 – La rédaction de Mondafrique

Le journaliste d’investigation Atiana Serge Oulon a été enlevé il y a deux ans par les forces de sécurité burkinabè et n’a pas réapparu depuis lors. Plusieurs organisations internationales de défense des journalistes et des droits de l’homme réclament sa libération.

Les autorités du Burkina Faso devraient d’urgence fournir des informations sur la disparition forcée du journaliste Atiana Serge Oulon et le libérer immédiatement, ont conjointement déclaré lundi Amnesty International, Human Rights Watch, l’Observatoire Kisal, l’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits humains – un partenariat entre la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) et l’Organisation mondiale contre la torture (OMCT) – et Reporters sans frontières (RSF).

Dans un communiqué conjoint, elles rappellent les circonstances de l’arrestation, par « des hommes armés se présentant comme des agents du renseignement » de Serge Oulon, 40 ans, directeur du journal L’Événement, à son domicile à Ouagadougou. « En juillet 2024, le président du Burkina Faso, le capitaine Ibrahim Traoré, a reconnu qu’un journaliste avait été arrêté pour avoir prétendument répandu de fausses informations, référence manifeste à Atiana Serge Oulon ». Plus tard, poursuit le communiqué, « le gouvernement a confirmé qu’Atiana Serge Oulon et d’autres journalistes avaient été enrôlés dans les forces armées. » En mai 2026, une enquête exclusive de RSF « a révélé que les forces de sécurité, y compris de hauts responsables proches du président Traoré, ont secrètement détenu et torturé Atiana Serge Oulon dans des maisons privées transformées en prisons non officielles à Ouagadougou. »

« Ciblé pour son travail journalistique » et soumis à des abus

« Atiana Serge Oulon a été spécifiquement ciblé par le régime en raison de son travail journalistique et a été soumis à différents types d’abus et détenu sans aucun contact avec un avocat ou des membres de sa famille », a déclaré Sadibou Marong, directeur du bureau Afrique subsaharienne de RSF. « La famille et les amis d’Atiana Serge Oulon sont en droit de savoir ce qui lui est arrivé et d’obtenir justice. »

Connu pour avoir dénoncé la corruption au sein des forces de sécurité, le journaliste « avait depuis longtemps alerté sur un détournement présumé de fonds publics ». Dans un article de décembre 2022, « il a allégué qu’un capitaine [de l’armée] de la région du Centre-Nord avait détourné 400 millions de francs CFA (environ 660 000 USD) destinés aux Volontaires pour la défense de la patrie (VDP), des auxiliaires civils appuyant l’armée. Le grade et la région de déploiement du capitaine correspondaient au profil du président Traoré. Quelques jours avant l’enlèvement d’Atiana Serge Oulon, les autorités ont suspendu le journal L’Événement après qu’il a réitéré les allégations de corruption.« 

Selon RSF, les forces de sécurité ont détenu Atiana Serge Oulon, ainsi que d’autres civils, dans au moins deux villas situées en face de l’ambassade des États-Unis à Ouagadougou, les ont sévèrement battus et privés de nourriture.

Forte réduction de l’espace civique

Lieux de détention non officiels

Entre juillet et octobre 2025, au moins sept journalistes et trois activistes précédemment enrôlés ont été libérés, tandis que Moussa Sareba, journaliste travaillant pour le média en ligne Fil Infos, qui a fait l’objet d’une disparition forcée en août 2025, est toujours porté disparu. D’autres sont toujours derrière les barreaux pour des chefs d’inculpation motivés par des raisons politiques, notamment Guy Hervé Kam, éminent avocat et membre fondateur du groupe de la société civile Balai Citoyen.

D’après de nombreux reportages et rapports de médias internationaux et d’organisations de défense des droits humains, les forces de sécurité ont transformé des dizaines de villas à Ouaga 2000, un quartier de Ouagadougou, ainsi que d’autres propriétés à la périphérie de la capitale, en lieux de détention non officiels où elles ont détenu secrètement et illégalement des centaines de personnes, y compris des détracteurs du gouvernement, des opposants politiques et d’autres personnes perçues comme des ennemis des autorités. D’anciens détenus ont décrit avoir été enfermés au secret dans ces prisons de fortune et avoir été soumis à des actes de torture et à d’autres formes de mauvais traitements.

« Des personnes sont détenues dans des prisons non officielles sans accès à des avocats, aux membres de leur famille ni à une assistance médicale », a déclaré Marceau Sivieude, directeur régional d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique centrale. « Parmi ceux qui ont finalement été libérés, beaucoup n’ont jamais été présentés à un juge ni inculpés officiellement et, par la suite, ils ont été empêchés de quitter le pays. »

Bien qu’ayant signé la Convention internationale pour la protection de toutes les personnes contre les disparitions forcées, le Burkina Faso persiste dans cette pratique, destinée à terroriser les détracteurs du régime. Parallèlement au musèlement des médias indépendants, le régime a étendu la portée de la propagande et de la désinformation alignées sur l’État, à travers des réseaux d’activistes pro-gouvernementaux – y compris des groupes coordonnés connus sous le nom de bataillons d’intervention rapide de la communication chargés d’influencer l’opinion publique sur les médias sociaux. « Alors que les autorités restreignent la liberté de la presse, les discours pro-gouvernementaux occupent de plus en plus l’espace médiatique », a déclaré Binta Sidibé Gascon, présidente de l’Observatoire Kisal.