Médiation nigérienne pour tenter de faire libérer Bazoum

18/05/2026 – Nathalie Prevost

Les réseaux sociaux du Niger se sont fait l’écho dimanche d’une nouvelle démarche de médiation, nigérienne cette fois, qui semble attester d’un début de « normalisation » des relations entre les deux ailes du parti socialiste en guerre depuis le renversement du président Mohamed Bazoum.

Par Nathalie Prévost

Selon des proches de Mahamadou Issoufou et de son dauphin et successeur, qui ont relayé largement l’information, l’ancien président du Niger a reçu à son domicile, le 14 mai, le frère cadet de la première dame, Hadiza Bazoum née Mabrouk, détenue avec son mari depuis le 26 juillet 2023 dans une aile du palais présidentiel. Ali Ben Mabrouk est le chef des Arabes Ould Souleymane du Niger, la tribu à laquelle appartient le couple Bazoum.

C’est la communication de Mahamadou Issoufou qui a, la première, révélé la nouvelle et publié une photo où les deux hommes apparaissent souriants. « Cette rencontre, empreinte de respect et de cordialité, a été marquée par des échanges chaleureux et fraternels reflétant les valeurs de dialogue, de considération mutuelle ainsi que l’attachement aux traditions de paix et de cohésion sociale. »

Un neveu de Mohamed Bazoum, Boussada Ben Ali, a republié le post en le complétant par une mention selon laquelle le cas du Président déchu avait « également été évoqué » et faisant part de l’espoir de la famille que « sa libération [intervienne] prochainement et contribue à apaiser les tensions sociales au sein de notre pays. »

Le ton des posts des proches des deux hommes est resté particulièrement sobre et mesuré, chose étonnante après des mois de guerre acharnée sur les réseaux.

Volonté de pardonner

Boussada Ben Ali a précisé que la visite de Ben Mabrouk s’inscrivait « dans le cadre d’une démarche à caractère familial et tribal. » Le chef traditionnel et beau-frère du Président renversé « assume pleinement sa position et agit en faveur de la réconciliation », a-t-il écrit. « Les échanges entre Ali Ben Mabrouk et Issoufou Mahamadou ont effectivement porté sur les désaccords apparus après la prise en otage du Président Bazoum, notamment les accusations de trahison. Au cours de cette rencontre, le Président Issoufou a exprimé sa volonté de pardonner tout ce qui s’est passé entre lui et Bazoum dans une attitude empreinte d’apaisement et de conciliation, tout en promettant de faire tout son possible pour contribuer à la libération du Président Bazoum ».

Un autre internaute est allé encore plus loin, laissant entendre que les griefs seraient, étonnamment, du côté de Issoufou Mahamadou. Selon Aboubacar Ali Sami, « la famille et la belle-famille de l’ex-Président Bazoum demandent à Mahamadou Issoufou de pardonner à Bazoum et d’aider à la libération de ce dernier. » Mahamadou Issoufou aurait, selon cette même source, « remercié Ali Mabrouk de sa visite », lui aurait demandé de« transmettre à la famille et à la belle-famille de Bazoum » son pardon. Il aurait enfin ajouté « ne pas avoir le pouvoir de libérer Bazoum » mais promis d’y aider « dans la limite de ses moyens. »

Échec des canaux diplomatiques

Une source proche de Mohamed Bazoum a indiqué à Mondafrique que cette démarche était le fruit de l’échec des canaux diplomatiques qui a conduit au choix d’activer des « canaux traditionnels », avec l’accord des deux familles, y compris « les frères du Président Bazoum ». Ces efforts s’inscrivent pleinement dans la tradition nigérienne qui valorise fortement le pardon et les mécanismes de résolution des conflits. « Celui qui est attaché ne peut pas se détacher lui-même », a rappelé un parent proche de l’ancien Président. « Le blocage total fait que tout le monde a décidé de chercher une autre issue. Peut-être pas la meilleure mais la moins mauvaise. » Ce premier pas devrait être suivi d’autres manœuvres dans le même sens, élargies à d’autres acteurs.

Il est, toutefois, assez étonnant de constater que c’est bien Mahamadou Issoufou qui semble détenir les clefs de la libération de son successeur, malgré ses continuelles protestations d’innocence sur son implication dans sa situation. De quoi relancer également les supputations sur l’influence du fondateur du parti rose sur le régime militaire de Niamey.

Par ailleurs, Mahamadou Issoufou s’emploie, depuis le coup d’État, à tenter de réconcilier les deux ailes du parti qu’il a fondé, le Parti nigérien pour la démocratie et le socialisme, en guerre ouverte après les événements de juillet 2023. Il a déployé de grands efforts de diplomatie en ce sens, restés vains jusqu’ici, en l’absence d’évolution du sort de son ancien bras droit.