Paris tente une médiation entre les frères ennemis libyens

30/01/2026 – La rédaction de Mondafrique

C’est parfois dans le secret des salons du pouvoir que la diplomatie avance. Ainsi, selon des sources françaises de haut niveau, une rencontre secrète a eu lieu à Paris sous le parrainage conjoint de la France et des États-Unis, réunissant deux délégations libyennes représentant des camps traditionnellement opposés. L’une de ces équipes était dirigée par Saddam Khalifa Haftar, le vice-commandant de l’État-Major général, l’autre « team » ayant à sa tête Ibrahim Dbeibah, le conseiller du Gouvernement d’unité nationale.

Christophe Moncel.

Le but de cette tentative de conciliation était de relancer différents processus politiques capables d’unifier les institutions de l’État libyen, puis de former un gouvernement unifié.

Selon des sources françaises de Mondafrique, la rencontre s’inscrit bel et bien dans des démarches diplomatiques menées de concert par le couple américano-français. Ce qui montre que Paris et Washington continuent parfois de travailler en commun, ici pour trouver un consensus libyen. L’effort porte donc sur la nécessité d’établir ce fameux consensus entre les parties libyennes. Le travail diplomatique s’est concentré sur l’avenir et la nature des futures institutions politiques et l’attribution de leurs pouvoirs, l’objectif final étant d’examiner des options qui permettent de former un gouvernement unifié de nature à réduire la division entre l’Est (le commandant Haftar et ses partisans) et l’Ouest (les institutions loyales à Dbeibah).

Aguila Saleh sur le banc de touche

Cette rencontre parisienne a conduit à des progrès mais aussi laissé des désaccords. Ainsi les deux parties se sont entendues pour « mettre fin au rôle du président de la Chambre des représentants, Aguila Saleh, et l’écarter complètement dans le cadre d’un nouveau processus politique de transition nationale ». Sur ce point un calendrier a été établi.

Par ailleurs il a été convenu de réduire le rôle du Conseil présidentiel, et même de le limiter définitivement, avec la possibilité de le remplacer par un organe commun aux deux camps, ou, à défaut, de changer le président du Conseil et ses deux vice-présidents.

L’accord entre les deux parties indique, nous dit notre source, qu’il est maintenant possible d’examiner l’adoption de l’accord maritime conclu entre la Libye et la Turquie « dans le cadre d’un règlement politique englobant les intérêts des différentes parties ». En effet, jusqu’à présent, l’accord de 2019 entre le Gouvernement d’Entente Nationale et la Turquie, demeure, en Libye, un sujet de controverse interne quant à sa légitimité et à la nécessité de son approbation par le Parlement.

Restent certains points cruciaux évoqués lors de cette rencontre secrète. Selon nos informations, Saddam Haftar aurait refusé d’accepter une condition portant sur la fin de la présence de certaines personnalités au sein de grandes institutions souveraines de l’État (exigence posée par le parti de l’Ouest), comme préalable à l’approbation de tout accord politique. Ce refus refléterait la persistance du principal désaccord entre les parties, à savoir l’identité des personnalités appelées à diriger la prochaine phase de transition. Par ailleurs, selon la même source, Saddam Haftar exigerait l’obtention des deux-tiers des postes du futur gouvernement, y compris les ministères des Affaires étrangères, des Finances, de l’Intérieur et de la Défense, ainsi que la présidence et la direction des institutions de la Banque centrale, du secteur pétrolier et de l’investissement, le tout comme condition essentielle pour avancer vers toute solution politique globale.