CAN 2025, le cinglant échec des Panthères du Gabon

08/01/2026 – La rédaction de Mondafrique

Une affaire de maillots a gâché la CAN du Gabon. Éliminé sèchement dès le premier tour, ce pays fait partie des grandes déceptions de la CAN 2025. Derrière ce cinglant échec sportif se cache un imbroglio contractuel et politique autour de l’équipementier des Panthères. Coup de zoom.
Patrick Juillard
Début novembre, tout semblait au beau fixe pour les Panthères du Gabon. L’équipe avait terminé les qualifications de la Coupe du monde 2026 à la deuxième place d’une poule dominée par la Côte d’Ivoire, championne d’Afrique, et s’apprêtait à disputer les barrages africains face au Nigeria. Le 13 novembre à Rabat, les coéquipiers de Pierre-Emerick Aubameyang s’inclinent en prolongation (4-1) face aux Super Eagles. Et c’est alors que tout va dérailler petit à petit, en raison d’un changement annoncé d’équipementier.
Le 28 novembre, à trois semaines du coup d’envoi de la CAN 2025 au Maroc, le Gabon annonce officiellement la conclusion d’un partenariat avec la firme marocaine AB Sport, qui prend la succession de l’allemande Puma, qui équipait les Panthères depuis le printemps 2024. Pour parvenir à ce choix, une « consultation restreinte » avait été effectuée. Au cours de cet appel d’offres accéléré, d’autres opérateurs, tels que Locatoni et Macron, avaient également été sollicités, sans que cela n’aboutisse. « Un contrat minimal autorisé d’une durée de six mois sera signé entre les deux parties pour couvrir la période de la compétition et après », avait communiqué l’instance, qui pensait ainsi se sortir in extremis d’une situation délicate.
Le chef de l’État intervient…
Problème : alors que les discussions paraissaient bouclées dès le mois d’octobre avec l’équipementier basé à Tanger, un coup de pression des joueurs, s’estimant insuffisamment dotés en vêtements de rechange, vont pousser le chef de l’État gabonais Brice Clotaire Oligui Nguema en personne à se mêler du dossier, via l’Office national du développement du sport et de la culture (ONDSC). Alors que la Fédération pensait avoir réglé le problème de son côté avec AB Sport, un budget spécial de 300 millions de FCFA est débloqué pour trouver une solution rapide, c’est à dire avant les barrages africains de la mi-novembre. L’ONDSC pare d’abord au plus pressé en achetant des maillots génériques à Puma, avant de se lancer dans la fabrication à la va-vite de maillots destinés à l’équipe nationale. L’opération a lieu à Dubaï (Émirats arabes unis).
C’est alors que les choses se corsent encore : dans un courrier daté du 19 novembre, la Confédération africaine de football adresse une mise en demeure à la Fegafoot pour défaut de conformité des tenues en question, dont le logo représentant une panthère ressemblait étrangement à celui d’Airness, qui habille les Aigles du Mali. Entre autres irrégularités, la marque en question (Gaboma) n’est répertoriée dans aucun registre officiel d’équipementiers agréés. Sans parler de la qualité des maillots, jugée inférieure aux exigences de la CAF, et surtout de l’amende (150.000 à 300.000 dollars par match) risquée par le Gabon en cas de rencontre jouée avec ces équipements défectueux. Il s’avère en outre, comme l’a démontré le journaliste spécialisé Romain Molina, que les maillots siglés Gaboma ont été produits par la société Gasma, dont le gérant n’est autre que Thierry Mouyouma, autrement dit le sélectionneur de l’équipe nationale du Gabon !

… La Fédération reprend la main
Voilà donc pourquoi la Fédération gabonaise de football reprend urgemment la main sur ce dossier et conclut, comme prévu au départ, un accord avec AB Sport. L’incident n’est pas clos. Les Panthères, éliminées par le Nigeria en barrages africains de qualification pour le Mondial, n’entament pas leur préparation de la CAN avec la sérénité requise, ni avec les équipements nécessaires. Repoussée d’une semaine en raison d’un décalage par la FIFA de la période de mise à disposition des joueurs, la préparation du Gabon va subir un autre contretemps fâcheux : attendus pour le lundi 15 décembre, les équipements AB Sport se font attendre. Le stage de préparation commence dans une incertitude qui fait désordre.
Le miracle sportif n’a pas lieu ensuite. Le Gabon enchaîne les défaites et effectue son pire parcours à la CAN depuis 2000. Les mêmes causent produisent les mêmes effets : comme l’Azingo national il y a vingt-cinq ans, les Panthères sont dissoutes sur ordre gouvernemental. « Compte tenu de la prestation déshonorante des Panthères à la CAN, le gouvernement décide de la dissolution du staff technique, de la suspension de l’équipe nationale jusqu’à nouvel ordre, et de la mise à l’écart des joueurs Bruno Ecuele Manga et Pierre-Emerick Aubameyang », déclare le ministre des Sports Simplice-Désiré Mamboula, dans un message diffusé à la télévision gabonaise.
Le sélectionneur mis au ban
Le Gabon se retrouve alors sous la menace d’une suspension par la FIFA pour ingérence gouvernementale dans les affaires du football. Afin d’éviter une telle mise au ban, la Fédération gabonaise entérine la décision gouvernementale, son président, Pierre-Alain Mounguengui, estimant qu’elle « ne porte pas atteinte aux statuts de la CAF et de la FIFA. » Le dirigeant consent ainsi au limogeage du sélectionneur Thierry Mouyouma, qui occupait le poste depuis septembre 2023. Une « faute lourde » (pour conflit d’intérêts) pourrait être invoquée afin d’éviter à la Fegafoot de débourser de copieuses indemnités. A l’occasion d’une audience avec le nouveau ministre des Sports, l’ancien international Paul Kessany, en présence (par visioconférence) du président de la Fédération, sa mise à l’écart lui a été notifiée de vive voix.
Le football gabonais ouvre une nouvelle page après un énième fiasco politico-sportif.