Téhéran hausse le ton face à l’offensive économique américaine

25/08/2026 – La rédaction de Mondafrique

En menaçant de représailles les pays qui suivraient Washington, Téhéran répond à l’extension des sanctions américaines par une stratégie de dissuasion. Mais derrière l’escalade verbale se joue désormais une bataille plus large : celle des partenaires commerciaux de l’Iran, avec la Chine au centre du rapport de force économique mondial actuel.

L’Iran ne compte pas laisser les États-Unis transformer leur campagne de sanctions en coalition internationale sans en relever le prix. Lundi, le porte-parole du ministère iranien des Affaires étrangères, Esmaïl Baghaï, a averti que tout pays qui participerait aux nouvelles mesures américaines devrait en assumer les « conséquences ». « Toute complicité avec l’Amérique dans la mise en œuvre de ses actions agressives contre l’Iran aura assurément ses propres conséquences », a-t-il déclaré. La formule reste volontairement vague, mais elle prend une résonance particulière alors que la confrontation irano-américaine déborde depuis plusieurs mois du terrain militaire pour gagner les routes commerciales, les banques, le transport maritime et les marchés énergétiques.

Téhéran cherche aussi à retourner contre Washington l’argument de la puissance. Le vice-ministre iranien des Affaires étrangères Kazem Gharibabadi a ainsi raillé le décalage entre les déclarations américaines sur la destruction des capacités militaires et nucléaires iraniennes et l’ampleur de l’offensive économique désormais annoncée. Si, comme l’affirme l’administration Trump, l’appareil militaire iranien a été largement démantelé et son programme nucléaire enterré, pourquoi faudrait-il encore, demande-t-il en substance, mobiliser ce que le secrétaire au Trésor Scott Bessent présente comme la plus vaste offensive financière jamais engagée contre un adversaire ? Pour Téhéran, cette nouvelle phase constituerait moins la preuve d’une victoire américaine que l’aveu que les opérations militaires n’ont pas suffi à faire plier le régime.

L’argument relève évidemment de la communication politique, mais il met le doigt sur une réalité : près de six mois après le début de la guerre déclenchée par les frappes israélo-américaines contre l’Iran, Washington cherche toujours le moyen de convertir sa supériorité militaire en résultat politique. C’est dans ce contexte que Scott Bessent a promis un « D-Day économique » contre la République islamique. Lundi 24 août, il a annoncé un élargissement des sanctions secondaires et une nouvelle série de mesures visant notamment les actifs numériques, l’or, les technologies, l’aviation et le transport maritime. Une soixantaine de personnes, sociétés et navires ont été visés.

Cette offensive prolonge la campagne menée depuis le printemps par le Trésor américain contre les circuits permettant à l’Iran de vendre son pétrole, de déplacer ses revenus et de contourner l’accès au système bancaire traditionnel. Washington a déjà ciblé les réseaux bancaires clandestins, la « flotte fantôme » iranienne, plusieurs plateformes de cryptomonnaies ainsi que des sociétés étrangères participant aux achats ou au transport de produits iraniens. Le Trésor affirme avoir contribué au gel de près d’un demi-milliard de dollars de cryptomonnaies liées au régime et avoir perturbé des dizaines de milliards de dollars de revenus potentiels.

Scott Bessent, secrétaire américain au Trésor.

La Chine, véritable test de la stratégie américaine

La nouveauté tient moins au principe des sanctions qu’à leur cible. Washington veut désormais faire peser le coût de l’isolement iranien sur ceux qui continuent à commercer avec Téhéran. Bessent a résumé la logique sans détour : les partenaires des États-Unis devront choisir leur camp. Le mécanisme est celui des sanctions secondaires, qui permet à Washington de menacer une entreprise ou une institution étrangère d’exclusion du système financier américain lorsqu’elle entretient certaines relations avec l’Iran.

Les Émirats arabes unis ont déjà franchi un pas spectaculaire. Abu Dhabi a suspendu les échanges commerciaux et les transactions financières avec l’Iran après avoir accusé Téhéran d’avoir lancé deux missiles balistiques vers le trafic maritime. L’Iran dément cette accusation. La décision est lourde de conséquences car Dubaï constituait depuis des décennies l’un des principaux sas commerciaux de l’économie iranienne, notamment pour les importations, les réexportations et les paiements. Ses effets dépassent d’ailleurs les relations bilatérales : des exportateurs indiens de riz, de thé ou de médicaments utilisant Dubaï comme plateforme voient déjà leurs circuits vers l’Iran perturbés.

Mais le véritable test se trouve à Pékin. La Chine reste le principal débouché du pétrole iranien et un partenaire stratégique dont Téhéran affirme que les relations sont devenues « plus profondes, plus structurelles et plus globales ». Pékin a déjà rejeté la stratégie américaine. Le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Lin Jian, a affirmé que « les sanctions et la pression » ne permettraient pas de résoudre le conflit et rappelé l’opposition chinoise aux sanctions unilatérales non autorisées par le Conseil de sécurité de l’ONU. Lundi, Pékin a ajouté qu’il prendrait les mesures nécessaires pour protéger ses « droits et intérêts légitimes ».

Washington avance toutefois avec prudence. Les mesures annoncées lundi ont épargné les grandes institutions financières chinoises. L’administration américaine a déjà sanctionné des raffineries indépendantes et des sociétés chinoises impliquées dans les circuits iraniens, mais frapper une grande banque de Pékin provoquerait une confrontation d’une autre dimension, avec des conséquences potentielles sur l’ensemble du système financier mondial et sur les relations sino-américaines.

C’est précisément sur cette limite que Téhéran tente de construire sa riposte. L’Iran dispose de beaucoup moins de puissance financière que les États-Unis, mais il conserve une capacité de nuisance considérable dans le Golfe : trafic maritime dans le détroit d’Ormuz, infrastructures énergétiques, sécurité des monarchies voisines et cours du pétrole. Plusieurs responsables iraniens ont déjà menacé de bloquer davantage les exportations énergétiques du Golfe si l’étau économique se resserrait. Le trafic dans le détroit a déjà fortement diminué depuis le début du conflit.

La bataille qui s’ouvre dépasse donc les seules sanctions contre l’Iran. Washington cherche à démontrer qu’il peut contraindre les partenaires de Téhéran à choisir entre le marché iranien et l’accès au système économique occidental. L’Iran, lui, tente de convaincre ces mêmes partenaires que suivre les États-Unis pourrait leur coûter cher. Entre les deux, la Chine détient probablement la clé : si Pékin cède, l’isolement iranien changera d’échelle. S’il refuse, le « D-Day économique » promis par Washington trouvera rapidement sa principale limite.