Raffinage d’or : Petit Poucet malgache et géants miniers

18/06/2026 – La rédaction de Mondafrique

La future raffinerie aurifère de Madagascar entre dans une nouvelle phase de prospection avec le lancement d’un Appel à manifestation d’intérêt (AMI) en vue de recruter les partenaires techniques et financiers chargés de l’ingénierie, du financement et de la gestion opérationnelle du projet.

Par Daniel Sainte-Roche


L’infrastructure, sise sur un terrain militaire à Mamory Ivato, fut construite en 2022 sur deniers de l’État, puis mise aux normes à partir de 2024 avec un financement des Émirats Arabes Unis. Elle comprend un laboratoire de contrôle, une unité de transformation et une raffinerie capable de produire de l’or pur à 99,8 % et elle est équipée de technologies conformes aux standards de la LBMA (London Bullion Market Association) et de l’OCDE. L’objectif affiché est de mieux tracer les exportations d’or, de garantir des réserves et de lutter contre le secteur informel et la contrebande. Quelques entreprises nationales et étrangères ont ainsi répondu à l’appel d’offres émis par la Centrale de l’Or de Madagascar (COM).

Acteurs nouveaux venus

Les soumissionnaires malgaches se distinguent par le fait qu’ils appartiennent à une « nouvelle vague » d’entrepreneurs locaux dont l’envergure est difficile à apprécier. Il en est ainsi de Madroyal Gold and Gems, dirigée par un certain Rivolaza Rafalimanana. Il s’agit d’une société de droit malgache qui serait spécialisée dans le négoce, la collecte et la transformation des métaux précieux et des pierres fines. Aucune date officielle de création n’est publiée dans les registres publics ou la presse économique pour cette société, et son nom est apparu au grand public pour la première fois lors de l’appel d’offres actuel.

Le point fort de Madroyal Gold and Gems pourrait reposer sur la maitrise des circuits de collecte dominés par l’orpaillage informel. L’État exige des partenaires techniques qu’ils justifient d’une expertise reconnue dans le domaine de la gestion d’usines d’affinage complexes, mais pour l’heure, la société ne fait pas état d’éventuels partenaires étrangers.

Le profil de la société Smart Time présente des similitudes avec son concurrent malgache. Smart Time est dirigée par un certain Radoniaina Gabriel Nambininjanahary qui est encore inconnu des milieux d’affaires. On s’interroge à bon escient sur l’appartenance de ce soumissionnaire à la catégorie des entrepreneurs dits « émergents », lesquels sont généralement suspectés de devoir leur positionnement sur les marchés publics à des accointances politiques stratégiques. Radoniaina est d’ailleurs conseiller technique de Théophiline Velonjara, députée de la circonscription de Maintirano, située dans la région Melaky (ouest). Cet accès direct aux cercles décisionnels législatifs malgaches est un atout non négligeable dans un contexte où le législatif, en cette période transitoire, dispose d’une très grande influence auprès du Président de la Refondation, le Colonel Michael Randrianirina.

Russes tropicalisés

Alpha Madagascar II est la troisième société de droit malgache à avoir soumissionné. Il s’agit d’un consortium formé par des entrepreneurs russes, dont les principaux acteurs sont établis de longue date à Madagascar. L’un des dirigeants, Evgeny Plekhanov, a obtenu en 2008 un permis de recherche d’or dans le district de Fandriana (région Amoron’i Mania) où il a entrepris une petite prospection aurifère. Avec l’arrivée en 2012 de Vadim Druzhinin, la société a étendu ses activités aux secteurs de l’agriculture et de la pêche à Mahajanga (nord-ouest) et Tuléar (sud-ouest).

Le réseau d’affaires tissé à Madagascar depuis 2008 constitue un atout indéniable pour ces opérateurs russes. Cependant, ils pourraient être pénalisés par le fait que Evgeny Plekhanov a déjà fait l’objet de poursuites pénales pour fraude.

En face, des mastodontes

Les deux autres compétiteurs sont des multinationales chinoises et africaines. Zim Win Gold Mine est une entreprise minière à capitaux chinois qui a fait ses preuves dans la prospection aurifère au Zimbabwe. Elle est représentée localement par Nirina Raherinjatovo, un ingénieur des mines passé par différentes entreprises minières opérant à Madagascar (Ambatovy, Tantalum Rare Earth, Base Metals ltd). Zim Win Gold Mine a une maîtrise éprouvée de l’orpaillage de masse, mais elle pourra être défavorisée par l’image négative des exploitants miniers chinois opérant dans la Grande Île, lesquels sont souvent impliqués dans des multiples conflits avec des communautés locales.

Le deuxième soumissionnaire étranger appartient au groupe nigérian Aieto. Ce puissant groupe est dirigé par Benedict Peters, un milliardaire nigérian qui a bâti sa fortune dans le pétrole avant de se diversifier dans les mines par le truchement de Bravura Holdings, présent dans 14 pays africains. Le groupe constitue une gigantesque puissance financière et technologique, mais son historique est centré sur le pétrole plutôt que sur les métaux précieux.

Les observateurs suivront avec intérêt le dépouillement de ces appels d’offres. Et ce d’autant plus que la junte militaire compte parmi ses fervents défenseurs des affairistes qui se sont enrichis avec la contrebande aurifère.