Plantations et huileries du Congo, l’affaire qui secoue la RDC

17/06/2026 – La redaction de Mondafrique

L’État congolais aurait abandonné 23 % du capital de la grande société agro-industrielle du pays… à l’insu de son plein gré. Un dossier de vol potentiel d’actions qui illustre le délitement de l’administration et de la gouvernance du géant d’Afrique.

Par Camille Riols

Institution plus que centenaire, Plantations et Huileries du Congo traine dans son sillage près de 10 000 salariés, 30 000 hectares de plantation, 100 000 hectares de concession et un statut de premier producteur d’huile de palme du pays, mais aussi la longue et douloureuse histoire de la nation-continent.

Né en 1911 sous la féroce administration coloniale belge, passé aux mains des frères Levers – des Britanniques qui lègueront leur nom à l’empire Unilever – nationalisé à l’indépendance avant d’être zairianisé sous Mobutu lors de sa politique du retour à l’authentique, PHC est entré, à la fin du 20e siècle, dans le tourbillon libéral qui a vu ses actionnaires nigérians la contrôler depuis une société basée dans le paradis fiscal de l’île Maurice. Au moins, l’État congolais, laminé par les guerres successives, les régimes corrompus et les gouvernants kleptocrates était-il parvenu à conserver 23 % du capital…. jusqu’à l’été 2025.

La disparition du capital de l’État

Le 11 août 2025, porteur d’une procuration du ministre du Portefeuille Jean Lucien Tongba, son conseiller William Bolima Bolitshi se rend à l’assemblée générale de PHC pour procéder au désengagement pur et simple de l’État : un abandon de près de 66 733 actions pour 1,5 milliards de F congolais (560 000 euros), sans contrepartie.

Une opération nimbée de zones d’ombres : à la date du 11 août, ledit Jean-Lucien Tongba n’est, en effet, plus ministre du Portefeuille. À la suite d’un remaniement gouvernemental, il a été transféré à l’Aménagement du territoire. Par ailleurs, tout désengagement de l’État doit normalement faire l’objet d’une décision du gouvernement matérialisée par un arrêté en bonne et due forme. Ce ne fut pas le cas.

Plantations et Huileries du Congo, une société comme un résumé de l’histoire et de l’exploitation du Congo.

La manœuvre, si elle a longtemps échappé aux dirigeants de Kinshasa, n’est pas passé inaperçue auprès d’un autre actionnaire minoritaire éjecté de PHC et qui se bat depuis pour faire valoir ses droits : Kalaa Mpinga. Fils d’un ancien Premier ministre de Mobutu disparu dans de mystérieuses circonstances, homme d’affaires ayant prospéré dans les mines et l’agro-industrie dans toute l’Afrique australe, influent décideur économique, Kalaa Mpinga était parvenu à sauver PHC de la faillite au détour des années 2020, notamment en nouant des accords avec des poids lourds de l’économie nigériane, principalement Francis Adewale Adeosun, et en prenant lui-même des parts. Mais comme l’État après lui, le Congolais a vu ses actions disparaître en 2025.

À la poursuite des actions perdues

Aussi a-t-il décidé d’alerter officiellement la Primature sur l’ensemble de ces disparitions de titres le 3 avril. Un long courrier qui aurait, dit-on, électrisé la cheffe du gouvernement Judith Suminka Tuluka. Huit jours plus tard, le 11 avril, la Première ministre chargeait le ministre de la Justice et la ministre du Portefeuille de lancer une inspection.

«Monsieur le ministre d’État, madame la ministre, il m’a été donné de prendre connaissance d’informations relatives à un présumé désengagement irrégulier de l’État congolais de l’actionnariat de la société PHC SA, portant sur une participation estimée à 23,83 % du capital social. Au regard de la gravité des faits allégués, je vous demande de bien vouloir assurer un traitement coordonné de ce dossier, suivant les orientations ci-après : 

  • Sécuriser la situation, en prenant toutes mesures conservatoires nécessaires pour préserver les intérêts de l’État et empêcher toute opération sur les actions concernées ; 
  • Clarifier les faits, en procédant à une vérification approfondie de l’actionnariat et en diligentant un audit juridique et financier, en vue d’identifier les responsabilités ; 
  • Agir, en engageant, le cas échéant, les actions judiciaires appropriées sur la base des conclusions établies. »

Les termes employés dans le courrier laissent à penser que l’État a bien été lésé. Et les délais sont serrés : «me transmettre, dans un délai de 15 jours, un rapport conjoint circonstancié, et accorder à ce dossier un caractère prioritaire.»

La Première ministre a lancé son gouvernement à la recherche des actions perdues du Congo (Document Mondafrique).

La date d’échéance était fin avril. De son côté, PHC a largement communiqué sur la défaillance de l’État, assurant que l’administration s’était légalement désengagée pour laisser prospérer les investisseurs étrangers. « L’opinion publique doit retenir que l’État congolais n’a jamais apporté les fonds correspondants aux actions souscrites. Dans ces conditions, prétendre qu’il y aurait eu bradage ou vente des actions constitue une contre-vérité, dès lors que ces actions n’ont jamais été libérées »,  a défendu sur Radio Okapi le porte-parole de PHC, pointant le « risque de compromettre la paix sociale qui prévaut entre l’entreprise, ses travailleurs et les communautés locales qui bénéficient des retombées de nos investissements. »

Cette ligne très offensive à l’égard de l’État n’a, pour l’heure, suscité aucune réponse nette. Interrogés, ni le cabinet de la Première ministre, ni le ministère de la Justice ni le ministère du Portefeuille n’ont répondu aux sollicitations de Mondafrique sur cette étrange affaire, qui fait craindre un énième épisode du dépeçage du patrimoine congolais.