Jean-Jacques Ratsietison, cet économiste intègre qui croit au réveil de Madagascar

21/08/2026 – La rédaction de Mondafrique

Expert en économie spécialiste de l’audit d’entreprises à l’international, réputé pour son intégrité, Jean-Jacques Ratsietison a joué un rôle actif dans l’avènement du régime transitoire de septembre 2025. Portrait.

Par Daniel Sainte-Roche

Il n’est pas un grand inconnu : depuis plus d’une décennie, il a marqué de sa présence l’espace public par ses analyses sur le développement économique de Madagascar. Il a même fondé un parti politique, le FMI Malagasy (traduction : « Du pouvoir d’achat pour tous les Malgaches ») pour diffuser sa théorie : supprimer le Marché interbancaire de devises (MID), qu’il accuse de favoriser les fuites de capitaux et d’appauvrir le pays.

À cela s’ajoute une conviction forte : la relance économique doit passer par une politique massive de projets immobiliers. Longtemps ignoré, Jean-Jacques Ratsietison commence à trouver un écho auprès du grand public. Mais pas auprès des gouvernants successifs, qui ont systématiquement décliné ses offres de service. Aujourd’hui, artisan du changement avorté, il observe avec amertume la trajectoire prise par la junte militaire.

Jean-Jacques Ratsietison,alias Zoky Jean-Jacques.

Un changement promis, un statu quo assumé

Pour celui que ses admirateurs appellent affectueusement « Zoky Jean-Jacques » (grand-frère), les revendications populaires de 2025 étaient claires : dénoncer le manque d’eau, d’électricité, et le coût de la vie insoutenable. Dix mois plus tard, aucun progrès notable n’est observé. La junte se défend en affirmant que les dégâts accumulés en 60 ans ne peuvent être réparés en quelques mois. Ratsietison rétorque que beaucoup aurait pu être fait, à commencer par la restauration de la souveraineté monétaire via la suppression du MID.

Selon lui, l’État ne dispose que de deux moyens pour obtenir de l’ariary. Primo, acheter sa propre monnaie avec des devises étrangères à travers le MID, un mécanisme qu’il juge aberrant. Secundo, émettre des BTA (bons du trésor assimilables), que seules les banques peuvent acheter pour cause de paupérisation généralisée : les banques créent elles-mêmes la liquidité nécessaire par un jeu d’écriture, ou vont s’adresser à la Banque Centrale. Dans les deux cas, affirme-t-il, « celui qui prête l’argent n’en possède pas » et le citoyen finit toujours par payer la facture.

Envisagée sous cet aspect, l’absence de volonté politique pour supprimer le MID est plus que sujette à caution.

Supprimer le MID : un acte de souveraineté

La critique du MID demeure l’exercice favori de l’économiste. Pour lui, le MID est une machine à fuite de capitaux. Il justifie ses assertions en se référant aux sources américaines qui estiment qu’entre 2013 et 2022, 20 milliards de dollars auraient quitté Madagascar. Par ailleurs, il accuse le système d’avoir absorbé le détournement de 3,8 millions d’ariary (900 millions de dollars) récemment révélé par la Cour des Comptes, impliquant selon lui Andry Rajoelina et Ravatomanga. Il détaille le mécanisme : une ligne budgétaire libellée « soutien au développement » de 300 milliards d’ariary par an, créée sous le premier ministre Ntsay Christian, aurait servi de canal pour transférer progressivement des fonds à l’étranger via surfacturations et conversions au MID. Selon lui, le recours à ce système bien huilé par les dirigeants malgaches successifs explique pourquoi le MID n’a jamais été supprimé.

Contrairement à ce que prétendent ses détracteurs, Jean Jacques Ratsietison assure que la suppression du MID n’empêcherait pas les entrées de devises. Elle stopperait surtout les sorties illicites. Même sans le MID, Madagascar dispose de multiples ressources pour se procurer des devises étrangères : l’or, les mines, les exportations. Il plaide, d’ailleurs, pour une renégociation urgente des contrats miniers qu’il juge léonins : le pays ne perçoit que les impôts et aucune part sur la valeur des minerais extraits par les géants miniers. Bien géré, le patrimoine national suffirait à éviter les emprunts internationaux, estime-t-il.

Un État sans contrôle : Parlement inutile, enquêtes indispensables

Pour Jean Jacques Ratsietison, les enquêtes judiciaires et fiscales sont indispensables pour traquer les exactions qui ont appauvri le pays. Les enquêtes parlementaires, en revanche, sont inutiles car les députés ne se soucient pas, à son avis, du bien-être de la population. Il va plus loin : l’Assemblée nationale devrait être abolie car elle coûte cher alors qu’elle est improductive. En effet, le parlement n’a jamais, par exemple, produit aucune loi sur la création d’emplois à Madagascar. Ratsietison propose d’exiger un minimum de diplômes pour être candidat, certains parlementaires étant selon lui incapables de lire ou d’étudier les textes.

Autre cheval de bataille : le prix du carburant. Jean-Jacques Ratsietison rappelle qu’en juillet 2022, l’essence a bondi de 4 000 à 6 000 ariary, soi-disant à cause de la hausse du baril. Or, lorsque le pétrole est retombé à 60 dollars, le prix à Madagascar n’a nullement baissé. Il a fallu attendre 2026 pour que le prix de l’essence baisse de … 200 ariary. Pourquoi ? Ratsietison évoque des rumeurs persistantes : une commission prélevée par les notables sur chaque litre vendu. Selon lui, les fournisseurs d’énergie ont une dette envers le peuple, et durant ces dix mois, la junte aurait eu largement le temps d’enquêter sur les anomalies criantes constatées dans le secteur énergétique. Mais elle ne l’a pas fait.

Abordant la question de la réserve d’or malgache, Jean-Jacques Ratsietison pense qu’une enquête devrait être menée visant le gouverneur de la Banque centrale. En 2023, ledit gouverneur déclarait que Madagascar possédait 8 tonnes d’or, dont 7 à l’étranger, sans préciser où. Pour Ratsietison, cet or a probablement été exporté clandestinement. Sa valeur actuelle se monte à 800 millions de dollars, bien plus que les 183 millions suspendus par le Fonds Monétaire International et que la junte espère récupérer.

Sur la crise de la JIRAMA, Ratsietison dénonce l’incohérence de la junte. Les fournisseurs d’énergie livrent une puissance inférieure à celle prévue par les contrats sans être sanctionnés. Malgré cette fraude flagrante, Le chef de la junte s’est contenté d’un ultimatum à ENELEC. À cela s’ajoutent des pratiques internes douteuses : des techniciens travaillant simultanément pour la JIRAMA et pour ses prestataires. Un audit, selon lui, permettrait de diviser les coûts de production de JIRAMA par deux.

Enfin, Jean-Jacques Ratsietison voit dans les revendications fédéralistes la recherche de postes politiques plutôt qu’un projet de société. La création de six États fédérés multiplierait les fonctions administratives sans résoudre le problème central : l’incapacité du pouvoir à créer des emplois. Même 100 000 emplois à moins d’un million d’ariary n’auraient aucun effet d’entraînement sur l’économie, affirme-t-il.

Double nationalité : un faux procès

On reproche souvent à Ratsietison sa double nationalité franco-malgache. Lui, il en est fier : il est le petit-fils de Joseph Ravoahangy Andrianavalona, membre du MDRM, condamné à mort par la France coloniale à la suite des événements de 1947. Ces patriotes, citoyens français d’origine malgache, ont lutté pour l’indépendance. « Zoky Jean Jacques » pose alors une question : ces patriotes, s’ils étaient encore en vie, seraient-ils interdits aujourd’hui de se présenter à la présidence pour cause de double nationalité ?

Il est vrai qu’une frange de la population réclame actuellement qu’un binational ne puisse occuper des postes électifs. Pour Jean-Jacques Ratsietison, ce sera un autre combat: convaincre un pays en crise que la compétence importe plus que le passeport.