Expert en économie spécialiste de l’audit d’entreprises à l’international, réputé pour son intégrité, Jean-Jacques Ratsietison a joué un rôle actif dans l’avènement du régime transitoire de septembre 2025. Portrait.
Par Daniel Sainte-Roche
Il n’est pas un grand inconnu : depuis plus d’une décennie, il a marqué de sa présence l’espace public par ses analyses sur le développement économique de Madagascar. Il a même fondé un parti politique, le FMI Malagasy (traduction : « Du pouvoir d’achat pour tous les Malgaches ») pour diffuser sa théorie : supprimer le Marché interbancaire de devises (MID), qu’il accuse de favoriser les fuites de capitaux et d’appauvrir le pays.
À cela s’ajoute une conviction forte : la relance économique doit passer par une politique massive de projets immobiliers. Longtemps ignoré, Jean-Jacques Ratsietison commence à trouver un écho auprès du grand public. Mais pas auprès des gouvernants successifs, qui ont systématiquement décliné ses offres de service. Aujourd’hui, artisan du changement avorté, il observe avec amertume la trajectoire prise par la junte militaire.
Un changement promis, un statu quo assumé
Pour celui que ses admirateurs appellent affectueusement « Zoky Jean-Jacques » (grand-frère), les revendications populaires de 2025 étaient claires : dénoncer le manque d’eau, d’électricité, et le coût de la vie insoutenable. Dix mois plus tard, aucun progrès notable n’est observé. La junte se défend en affirmant que les dégâts accumulés en 60 ans ne peuvent être réparés en quelques mois. Ratsietison rétorque que beaucoup aurait pu être fait, à commencer par la restauration de la souveraineté monétaire via la suppression du MID.
Selon lui, l’État ne dispose que de deux moyens pour obtenir de l’ariary. Primo, acheter sa propre monnaie avec des devises étrangères à travers le MID, un mécanisme qu’il juge aberrant. Secundo, émettre des BTA (bons du trésor assimilables), que seules les banques peuvent acheter pour cause de paupérisation généralisée : les banques créent elles-mêmes la liquidité nécessaire par un jeu d’écriture, ou vont s’adresser à la Banque Centrale. Dans les deux cas, affirme-t-il, « celui qui prête l’argent n’en possède pas » et le citoyen finit toujours par payer la facture.
Envisagée sous cet aspect, l’absence de volonté politique pour supprimer le MID est plus que sujette à caution.
Supprimer le MID : un acte de souveraineté
La critique du MID demeure l’exercice favori de l’économiste. Pour lui, le MID est une machine à fuite de capitaux. Il justifie ses assertions en se référant aux sources américaines qui estiment qu’entre 2013 et 2022, 20 milliards de dollars auraient quitté Madagascar. Par ailleurs, il accuse le système d’avoir absorbé le détournement de 3,8 millions d’ariary (900 millions de dollars) récemment révélé par la Cour des Comptes, impliquant selon lui Andry Rajoelina et Ravatomanga. Il détaille le mécanisme : une ligne budgétaire libellée « soutien au développement » de 300 milliards d’ariary par an, créée sous le premier ministre Ntsay Christian, aurait servi de canal pour transférer progressivement des fonds à l’étranger via surfacturations et conversions au MID. Selon lui, le recours à ce système bien huilé par les dirigeants malgaches successifs explique pourquoi le MID n’a jamais été supprimé.
Contrairement à ce que prétendent ses détracteurs, Jean Jacques Ratsietison assure que la suppression du MID n’empêcherait pas les entrées de devises. Elle stopperait surtout les sorties illicites. Même sans le MID, Madagascar dispose de multiples ressources pour se procurer des devises étrangères : l’or, les mines, les exportations. Il plaide, d’ailleurs, pour une renégociation urgente des contrats miniers qu’il juge léonins : le pays ne perçoit que les impôts et aucune part sur la valeur des minerais extraits par les géants miniers. Bien géré, le patrimoine national suffirait à éviter les emprunts internationaux, estime-t-il.
