Après un an de négociations pied à pied menées par un comité placé sous l’autorité du chef de l’État, le général Abdourahamane Tiani, le Niger et la Chine viennent de conclure, lundi 16 mai, un nouvel accord sur le pétrole plus avantageux pour Niamey qui consolide, en outre, son arrimage stratégique à la grande puissance asiatique.
La cérémonie, présidée par le Premier ministre Lamine Zeine, a marqué « la relance et l’intensification du partenariat entre les deux pays dans le domaine des hydrocarbures. » Il s’agissait, pour le Niger, d’obtenir la révision des contrats négociés par les régimes civils antérieurs sur l’exploitation, le raffinage et surtout, l’exportation du pétrole brut. Ces derniers recelaient des anomalies attestant probablement d’avantages occultes arbitrés au haut niveau. La première année du régime militaire arrivé par le coup d’État du 26 juillet 2023 avait été émaillée de tensions avec la Chine sur ces questions jusqu’à ce que les deux pays décident de s’atteler à leur résolution patiente et discrète.
Le Premier ministre a qualifié lundi cette signature de « moment majeur » dans le raffermissement des relations stratégiques entre les deux pays. Pour le Niger, cet accord est une victoire, financière, certes, mais aussi symbolique, en termes de souveraineté et de dignité. À l’inverse des incessantes querelles entre le Niger et le géant français de l’uranium.
Le ministre des Affaires étrangères Bakary Yaou Sangaré a rappelé que le processus de négociation avait débuté le 11 juin 2025 en Chine. Il a qualifié de « significatifs » les nouveaux acquis consentis par Pékin, notamment en matière de contenu local, de participation de l’État nigérien dans les sociétés pétrolières et d’optimisation des revenus. Parmi les principales avancées annoncées figure la réduction du tarif de transport du pipeline d’exportation, qui descend de 27 à 15 dollars par baril. Le Niger réalisera ainsi plus de 106 millions de dollars d’économies annuelles.
Une participation nigérienne revue à la hausse
Le ministre Sangaré a également annoncé un accord de principe portant sur une participation de 45 % de l’État nigérien dans la société WAPCO, qui assure le transport et l’exportation du brut par le Bénin. Jusqu’ici, le Niger n’était pas partie prenante de la société. Autre résultat important, les nouveaux accords prévoient le rapatriement au Niger des revenus générés par les exportations de brut, jusque là versés à l’étranger. Cette disposition renforcera l’économie nationale et les institutions financières du pays, fragilisées par la crise qui a suivi le coup d’État.
Le principe d’une « augmentation substantielle » du nombre et de la qualité des emplois occupés par les Nigériens, dans les sociétés pétrolières et leurs sous-traitants, a été retenu. C’était une autre source de mécontentement récurrent dans l’opinion publique depuis le démarrage, en 2011, de l’exploitation du pétrole brut et de son raffinage par la compagnie nationale chinoise. 452 nouveaux emplois seront créés d’ici 2030 pour des Nigériens. Ces derniers occuperont 60 % des postes de management de la CNPC Niger (qui assure l’extraction du brut) et 90 % de l’effectif global. À la WAPCO, qui gère l’exportation, les Nigériens représenteront 60 % des postes de direction et 80 % des postes d’exécution. Quant à la SORAZ, en exploite la raffinerie de Zinder, l’objectif est d’atteindre 85 % de personnel nigérien. Dans la même logique d’égalité entre les personnels expatriés et nigériens, les salaires seront harmonisés.
Gaz et engrais en perspective
Dans une logique de régularisation financière, les dettes croisées entre sociétés pétrolières seront restructurées. Les projets pétroliers de Dinga Deep et d’Abolo-Yogou sont relancés, pour un investissement global estimé à un milliard de dollars. Ils devraient permettre de hisser la production pétrolière du Niger de 110 000 à 145 000 barils/jour à l’horizon 2029.
Une étude de faisabilité sur le potentiel gazier du Niger – jusqu’ici presque inexploité, estimé à 23 milliards de mètres cubes, sera lancée dans les six prochains mois afin d’explorer les perspectives de production d’électricité, d’engrais et de gaz domestique. Les autorités nigériennes se sont félicité de ces accords « structurants pour l’avenir du secteur énergétique national » et elles ont insisté sur la nécessité d’un mécanisme de suivi rigoureux afin de garantir la mise en œuvre effective des engagements.
Niamey a toutes les raisons de se réjouir de cet épilogue. Au-delà des acquis financiers et sociaux, le Niger renforce son partenariat avec la grande puissance chinoise, qui lui apparaît, forcément, comme une protection contre les menées hostiles de la France. La Chine, de son côté, sort par le haut de l’imbroglio opaque qui a sanctionné les premières années du partenariat entre les deux pays. C’est ainsi que le directeur général de la CNPC Niger, Zhang Yu, s’est félicité de ce nouveau « pilier essentiel du partenariat stratégique entre les deux pays » et il s’est réjoui de la contribution de la Chine au développement d’une chaîne industrielle pétrolière complète « favorisant l’autonomie énergétique, la croissance économique, la création d’emplois et le renforcement des relations bilatérales. » Le responsable chinois a réaffirmé la volonté de son groupe de renforcer la coopération dans les domaines de l’exploitation pétrolière, de la transition énergétique, du développement des capacités industrielles, de l’emploi local et de la formation des compétences nigériennes.
