Algérie, la guerre des slogans entre le pouvoir et le Hirak

08/03/2021 – La redaction de Mondafrique

Face à la propagande du régime algérien, mise en musique par une police politique omniprésente, les manifestants du Hirak ont inventé leurs propres slogans qui façonnent, semaine après semaine, un projet politique qui se radicalise contre l’institution militaire

De tout temps, les slogans furent une expression concise d’une pensée longiligne. Depuis son indépendance, l’Etat algérien détenait le monopole du champ politique et donc de l’usage des slogans. La fin du FLN comme parti unique, après les événements d’octobre 1988, offrait aux partis politiques naissants une opportunité d’user de crédos mobilisateur. Du moins jusqu’au coup de force militaire de Janvier 1992 a mis le monde politique au pas une décennie.

La main étrangère

L’appareil sécuritaire algérien n’a jamais cessé de fabriquer des éléments de langage, y compris pour  la pseudo opposition au pouvoir qu’il contrôle naturellement. « La main étrangère visant à déstabiliser le pays et à menacer sa sécurité ». Voici un slogan apparemment porteur qui est revenu durant toutes les crises que le pays a traversées, et déja contre les signataires de la plateforme de Sant ‘Egidio en Janvier 1995 à Rome. Eux qui tentèrent d’élaborer un compromis politique avec les forces islamistes furent dénoncés comme la main de l’étranger.

« Honneur au slogan, véritable fumier qui fait pousser le désir et transforme les hommes tranquilles en clients passionnés ». Armand Salacrou.

Depuis, ce nationalisme de façade  est devenu le marqueur de toute initiative  non instrumentalisée par la police politique. « La main étrangère » est encore souvent dénoncée par les autorités du pays qui dénoncent, sous ce vocable, la France, à l’Union Européenne, les ONG étrangères, la commission des droits de l’homme de l’ONU et plus récemment la diaspora….etc

Plus subtil, un autre slogan, « Pouvoir assassin », a été largement utilisé, sur pression des services secrets algériens, par des pseudos partis d’opposition. Le parti laïc, le RCD, dont le chef, Said Saadi, était proche de certains cercles de l’armée, tout comme le parti islamiste Hamas, création de l’ex DRS (services algériens) l’ont repris, bras dessus dessous,  pour déstabiliser la Présidence ou le gouvernement quand ces derniers s’écartaient de la feuille de route des militaires. 

« Pouvoir assassin » est aussi utilisé par le mouvement des « Aârouch » en Kabylie en 2001. La plupart de ses animateurs ont été récupérés par les services de l’ex DRS à travers un système de cooptation qui manie tout à tour la répression et le compromis, sur fond d’achat des consciences. Décidément, le « pouvoir assassin » est devenu un billet gagnant dans une loterie bien organisée au sommet de l’État.

« Non au cinquième mandat »

Le mouvement du Hirak, qui a maintenant deux années derrière lui  a commencé par un « non au cinquième mandat » un certain 22 février 2019. Une fois acquis d’autres slogans ont pris place dans l’arène de la place Audin et de la grande poste à Alger. « Yatnahaou Gaâ » ( « tout le monde dégage ») est l’éxigence constante du Hirak répétée chaque vendredi qui pousse le pouvoir algérien surla défensive.  Au point que le chef d’État major Gaid Salah, légitimiste depuis sa nomination en 2004, pousse le Président Bouteflika vers la sortie.

Les partisans de l’ex DRS, exclus des appareils sécuritaires  par un Gaïd Salah qui veut prendre sa revanche sur l’es DRS du général Toufik, tentent de prendre contrôle de la contestation populaire à travers des slogans hostiles au nouveau maitre de l’Algérie. Des chansons qui ciblent Gaïd Salah, sont improvisées, qui témoignent de l’entrisme de ces forces occultes dans le mouvement populaire.

« Tebboune président falsifié »

À la fin de 2020, l’élection présidentielle et le référendum constitutionnel,  sont marqués par des abstentions record. Le Hirak répond: « Tebboune Mzawer Jabouh Al Asker » . À savoir, « Tebboune président falsifié intronisé par les militaires ».

Ces derniers jours, des slogans inédits ciblent les fameux services de sécurité « terroristes »: « Moukhabarat Irhabia ». Des manifestants scandent aussi: « tasket Al daoula Al Aâskaria », « À bas l’État militaire ». De nombreux commentateurs politiques se sont exprimés sur le pas qui a été franchi, par slogans interposés, par le Hirak.  Le positionnement du Hirak hostile à l’armée leur parait dangereux. 

Il semble pourtant que les slogans parlent pour le peuple algérien, choqué par les révélations de tortures et de viol durant la détention des militants les plus en vue  de la contestation. Sans parler du projet de loi sur la déchéance de la nationalité contre les contestataires de la diaspora.

Place aux chansons !

La pression populaire marque son retour le 16 Février à Kherratta,la commune kabyle d’où est parti le Hirak deux ans auparavant,  et improvise par des chansons contestataires.

« Dites à Toufik que le DRS est confortable pour lui,

Mais le peuple n’oublie pas la décennie du sang et des égorgements.

Demandez à vos agents qui a tué le chanteur Matoub Lounès,

Dites leur qu’e ce sont eux les terroristes et les maffieux et que cela se sait »

Accusé de tous les maux, le pouvoir militaire doit revoir sa copie, sous peine  d’une amplification de de la contestation.