Algérie, la photo de Saïd Chengriha qui en dit long !

25/01/2021 – Nicolas Beau

Au centre de la photo qui a été diffusée, mercredi 20 janvier, par le ministère de la Défense, se trouve le patron de l’armée algérienne, Saïd Chenegriha, qui comme tous les hauts gradés s’emploient généralement à ne pas apparaitre sur la scène publique algérienne.

Mondafrique décrypte la photo de la semaine.

Un cliché rare. La photo a été officiellement conçue, prise et diffusée par le Ministère de la Défense pour montrer le numéro 1 de l’Armée installant, mercredi, le Général-Major Nour-Eddine Makri dans ses fonctions de directeur Général de la Documentation et de la Sécurité Extérieure (DGDSE), la CIA de l’Algérie.

Ce type d’événement ne justifie pas généralement la présence d’un photographe.  

Les éléments de contexte. Le promu remplace le Général-Major Mohamed Bouzit, dit « Youcef ». Pour mémoire,  Bouzit avait été nommé à ce poste en… avril 2020 ! Le turn-over au sein de l’institution militaire, qui mine l’armée depuis deux ans, continue de plus belle! Et la tradition de secret de la grande muette algérienne qui oblige les agents de renseignement à s’affubler de surnoms ne s’est pas éteinte comme par miracle. A observer cette photo, personne ne peut déterminer qui est l’heureux promu dans cette assemblée d’hommes de l’ombre entourant Chengriha.

Le communiqué de l’Armée saisie par l’ivresse d’une campagne de communication se garde bien tout de même de donner ce genre de précision. 

Non dit de la photo (1). Il s’agit de montrer à l’opinion publique algérienne que l’État algérien fonctionne parfaitement en l’absence, pour la deuxième fois en trois mois, du président Tebboune, très gravement malade en Allemagne. Les militaires, généralement discrets, pointent le bout de leurs masques

– Non dit de la photo (2). Le général Noureddine Makri, dit « Mahfoud », qui a fait toute sa carrière au sein du service de renseignement extérieur sous les ordres du Général Médiène, dit Toufik, patron pendant un quart de l’ex DRS (services secrets) était alors le monsieur « Sahara occidental » du pouvoir Algérien. Autant dire que son retour aux affaires est un message clair envoyé au voisin marocain qui a exaspéré l’armée par ses récentes initiatives diplomatiques (reconnaissance de la marocanité du Sahara par les Américains, reconnaissance d’Israel). 

Le mauvais élève. Remarquons que sur la photo certains portent le masque et d’autres trichent. Au sein d’une armée algérienne très disciplinée, seuls les chefs peuvent s’affranchir des règles. Logiquement, c’est Said Chengriha, aussi âgé soit-il, qui peut se permettre, au centre de la photo, de porter le masque sur le cou en pleine séance officielle. L’homme à sa droite, celui ose le masque sous le nez, mais pas plus bas comme son patron, serait le fameux Makri dit Mahfoud. 

Du linge sale, mais un drap blanc. Les internautes algériens semblent n’avoir retenu que l’élément le plus improbable du dispositif de relations publiques de l’armée: cet immense drap blanc qui recouvre le bureau. 

Est-ce pour lancer un message subtil sur une Armée qui a désormais lavé son linge sale en famille? Le drap n’est-il pas blanc comme neige? Tous les gradés qui furent écartés ou jetés en prison pour leur proximité avec l’ex DRS par l’ex-chef d’état major aujourd’hui décédé, Gaïd Salah, sont de retour. Qui en doutait?.

Des fake news, forcément D’autres internautes suggèrent que le Général Chengriha cache lui aussi un pied malade. Allusion perfide à la maladie du président Tebboune opéré du pied en Allemagne…Mais, persiflent d’autres, ne serait-ce pas tout bêtement parce que le mobilier du ministère de la défense est en sale état? Il s’agit de le couvrir d’un drap, comme on le fait habituellement pour les tables dans les écoles déglinguées de l’intérieur du pays. L’armée algérienne est pauvre, qu’on se le dise

En guise de linceul. Le seul élément parlant de cette photo posée est que Chengriha se trouve assis au centre , à la place assignée normalement au Président algérien, comme on le voit sur un autre cliché ci dessous . Mais oui bien sur, c’est l’après Tebboune que le cliché est en train d’acter.

Censé montrer que le pouvoir algérien est toujours solide, ce remarquable cliché qui fera date révèle l’épais mystère qui, aujourd’hui comme hier; drape les opaques institutions algériennes

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