Paris-Dakar : la dette rebat les cartes

24/09/2026 – La rédaction de Mondafrique

Emmanuel Macron et Bassirou Diomaye Faye se sont entretenus mardi à New York, en marge de l’Assemblée générale de l’ONU. Cet échange intervient alors que le Sénégal traverse une grave crise financière et cherche à résoudre la délicate question de sa dette.

Par Maïssata Koné-Dubois

Selon la présidence sénégalaise, les deux chefs d’État ont passé en revue le partenariat entre leurs pays et les perspectives de son « approfondissement ». Ils ont également évoqué les enjeux internationaux de paix et de sécurité ainsi que la succession d’António Guterres à la tête de l’ONU.

L’urgence économique

Officiellement donc la dette n’a pas été évoquée entre les deux Présidents. Pourtant, il est difficile d’imaginer qu’elle ait été absente de leur entretien. Car pour le Sénégal, l’urgence est vitale. « L’enjeu, c’est la dette», résume Pape Amadou Fall, journaliste et analyste politique sénégalais. « Nous cherchons à retrouver des marges de manœuvre financières ». 

Pour preuve, avant de s’entretenir avec Emmanuel Macron, Bassirou Diomaye Faye a réalisé un périple et enchaîné les rendez-vous pour tenter de rétablir la confiance et rouvrir les portes du financement international. À Washington, il a d’abord rencontré le président de la Banque mondiale, Ajay Banga, puis la directrice générale du Fonds monétaire international (FMI), Kristalina Georgieva, quelques jours après la conclusion d’un accord sur un programme de trois ans pouvant atteindre 2,2 milliards de dollars. Celui-ci doit encore recevoir l’aval du conseil d’administration du FMI. Il s’est ensuite rendu à Abou Dhabi, où l’investissement figurait au cœur des discussions, avant de revenir aux États-Unis pour participer à l’Assemblée générale de l’ONU.

À Dakar, ces négociations financières sont suivies de près par tous les Sénégalais. Interrogé sur l’importance de ces rendez-vous, Pape Amadou Fall lâche : « Mais c’est notre cœur de vie. » Il poursuit : « Si on finalise avec le FMI, cela va nous permettre de rouvrir les portes financières, nous donner de l’espoir. Si la France accompagne le Sénégal, avec l’aval du FMI, les investisseurs peuvent revenir et l’enjeu, c’est le Club de Paris ».

Dette, le poids de la France

Paris dispose en effet de plusieurs leviers. La France siège au conseil d’administration du FMI, où elle détient plus de 4 % des droits de vote. Elle n’a pas de droit de véto, mais son avis compte. Elle occupe surtout une place centrale au sein du Club de Paris, qui réunit les principaux États créanciers et dont la présidence est traditionnellement assurée par le directeur général du Trésor français. Paris ne décide évidemment pas seul, mais son soutien peut compter dans le processus de traitement de la dette sénégalaise.

La situation n’est pas sans ironie.  La France est elle-même endettée à hauteur de 120% de son PIB. Le Sénégal, lui, affiche un niveau un peu plus élevé avec 130%. Mais la proximité des chiffres est trompeuse. Un même niveau d’endettement n’a pas les mêmes conséquences à Paris et à Dakar. La France emprunte en euros et conserve un accès aux marchés financiers sans commune mesure avec celui du Sénégal.

Une différence de traitement qui alimente un sentiment d’injustice et renvoie directement à la question de la souveraineté économique. Pourquoi, s’interrogent certains Sénégalais, des niveaux d’endettement très élevés restent-ils supportables pour les économies occidentales quand ils réduisent aussi brutalement les marges de manœuvre des pays africains ?

Des intérêts bien compris

Si le Sénégal a besoin de la France, Paris a aussi besoin de Dakar. L’enjeu est d’abord politique. Après le recul spectaculaire de l’influence française en Afrique de l’Ouest, Emmanuel Macron peut difficilement se permettre de voir le Sénégal s’éloigner à son tour. Perdre l’un de ses derniers partenaires de la région serait une ombre de plus sur le délétère bilan africain de ses deux mandats.

La présence économique est un autre enjeu. Elle reste considérable dans le pays. Le stock d’investissements français atteignait près de 3 milliards d’euros fin 2024 et les entreprises françaises emploient plusieurs dizaines de milliers de personnes au Sénégal. Autant d’intérêts qui donnent à Paris de bonnes raisons de préserver sa relation avec Dakar..

La souveraineté à l’épreuve du réel

Mais ce rapprochement place Bassirou Diomaye Faye devant une équation délicate : renouer avec la France sans renoncer à ce qui a constitué l’un des marqueurs de son accession au pouvoir : la souveraineté. D’autant que la contrainte est aussi politique. La rupture avec son ancien camarade Ousmane Sonko a profondément modifié le rapport de forces issu de l’élection de 2024.

Dans ce contexte, le président sénégalais doit composer avec une crise économique qui l’oblige à rechercher des appuis extérieurs sans donner l’impression de renouer avec une relation de dépendance qu’il avait promis de dépasser. Emmanuel Macron n’ignore pas ce dilemme. Il donne à la France une carte supplémentaire dans une relation où Dakar entend pourtant négocier d’égal à égal.