Le Mali dans l’attente du choc

26/06/2026 – La rédaction de Mondafrique

Deux mois après l’offensive complexe du 25 avril, le Mali vit une étrange parenthèse. Les rumeurs d’une nouvelle attaque d’envergure circulent avec insistance. Le JNIM préparerait un nouveau coup de force tandis que l’armée malienne affûterait sa riposte. En attendant les grandes manœuvres, la guerre se poursuit à bas bruit. Et le pays retient son souffle…

Par Maïssata Koné-Dubois

Chaque semaine ou presque, des rumeurs annoncent une offensive imminente du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM ou JNIM en arabe). Gao, Tombouctou, Mopti, Sévaré, Anéfis, Bamako : toutes les grandes villes du pays sont citées dans les scénarios les plus alarmistes. Certaines sources sécuritaires évoquent l’infiltration de commandants d’Al-Qaïda dans la capitale, d’autres parlent d’unités prêtes à passer à l’action dans plusieurs régions simultanément, comme ce fut le cas le 25 avril.

En face, les Forces armées maliennes et leurs alliés russes se préparent également. Les frappes se poursuivent quotidiennement. Des chefs djihadistes sont régulièrement annoncés comme neutralisés. Les positions sont renforcées. Les convois circulent tant bien que mal. Mais malgré cette agitation permanente, le grand affrontement annoncé n’a toujours pas eu lieu.

L’offensive inachevée

Pour le JNIM, le 25 avril devait être le jour décisif. À travers une série d’attaques menées sur plusieurs fronts, les djihadistes et leurs alliés du Front de libération de l’Azawad (FLA) avaient misé sur la chute du pouvoir à Bamako. Ils ont, certes, remporté plusieurs victoires. Kidal est retournée sous leur contrôle, le ministre de la Défense Sadio Camara a été tué. Plusieurs positions stratégiques ont été frappées. Mais leurs objectifs finaux n’ont pas été atteints. Assimi Goïta est resté en vie et le pouvoir ne s’est pas effondré. Non sans difficulté, l’appareil d’État est parvenu à se réorganiser. Mieux, avec la disparition du ministre de la Défense et le retrait de Modibo Koné, le patron de la sécurité d’État gravement blessé, le pouvoir du Président de la transition s’est retrouvé renforcé : il est maintenant seul aux manettes, sans contradicteur, cumulant le portefeuille de la Défense avec celui de chef de l’État.

Pour Iyad Ag Ghali, le patron du JNIM, et ses alliés, il s’agit de « finir le travail ».

Face à cette menace, les Forces armées maliennes ont été placées sur le pied de guerre. Les Russes de l’Africa Corps ont entrepris une réorganisation de leur dispositif. Sans augmentation massive des effectifs, plusieurs positions ont été soit abandonnées, comme à Kidal et Tessalit dans l’extrême nord, soit renforcées, notamment dans l’ouest du pays autour de Kayes et de Diéma.

Les flux logistiques en provenance de Conakry se poursuivent et les opérations conjointes de reconnaissance, d’escorte de convois, de déminage et de sécurisation des axes se sont intensifiées. La force conjointe de l’Alliance des États du Sahel (qui regroupe des soldats du Mali, du Niger et du Burkina Faso) est désormais pourvue d’un nouveau commandant, le général de brigade Makan Alassane Diarra, ancien sous-chef d’état-major chargé des opérations au sein de l’état-major général des FAMa.

La guerre à bas bruit

Pendant ce temps, le blocus de Bamako instauré par le JNIM reste en vigueur. Plusieurs grands axes d’approvisionnement demeurent sous pression tandis que les embuscades et les attaques ponctuelles se poursuivent. À Nara et à Mourdiah, où les populations étaient prises au piège depuis plusieurs semaines, des négociations entamées dès le mois d’avril entre notables locaux et représentants du JNIM ont finalement abouti à un accord mi-juin. Les premiers autocars ont pu reprendre la route après plusieurs semaines d’isolement.

Les opérations militaires continuent

Le 3 juin, une frappe de drone menée à Mougnan, près de Djenné, a permis aux FAMa d’éliminer Oumar Kéréna, alias Farouk ou Housseini Mawdo, présenté comme l’un des coordinateurs des opérations djihadistes entre Sikasso, Koutiala et le Burkina Faso. Plus récemment, des éléments de l’Africa Corps et de l’armée malienne ont annoncé avoir neutralisé un groupe armé dans la région de Tombouctou.

Le JNIM poursuit lui aussi ses actions. Le 24 juin, un convoi humanitaire escorté par l’armée malienne a été attaqué entre Soribougou et Sébékoré. Selon plusieurs sources sécuritaires, six soldats maliens ont été tués et plusieurs véhicules capturés.

L’autre enseignement de ces deux derniers mois concerne l’évolution même du conflit. L’offensive du 25 avril a démontré une capacité de coordination et de concentration des forces du JNIM et de leurs alliés. Les colonnes de motos et de pick-up cohabitent désormais avec des drones de reconnaissance et des drones kamikazes FPV. Selon plusieurs chaînes Telegram russes dédiées aux opérations au Sahel, une partie de ces équipements et de leurs composants proviennent d’Ukraine. Les FAMa comme l’Africa Corps surveillent avec attention cette montée en puissance technologique qui modifie progressivement le théâtre des combats.

Cette succession d’attaques, de frappes, d’embuscades et d’opérations de reconnaissance entretient les tensions et permet de jauger les rapports de force à l’aune d’une probable nouvelle attaque d’envergure.

Le syndrome de la grenouille

À Bamako, la population qui a vécu tant de crises et qui, au fil du temps, a acquis une résistance et une faculté d’adaptation hors du commun, subit cette guerre sans mot dire. Les stations-service ferment puis rouvrent. Après 21 heures, les contrôles de sécurité musclés sont devenus monnaie courante. Le blocus pèse sur l’économie, les prix s’envolent. Et la vie continue…

« Nous sommes atteints par le syndrome de la grenouille ébouillantée, plongée dans une casserole qui chauffe progressivement. Nous pensons que ça va aller mieux, que tout va s’améliorer et c’est l’inverse qui se produit. Mais nous finissons par nous habituer à tout. Tant qu’on peut se déplacer dans Bamako et aller au bureau, on continue. Les habitudes changent à dose homéopathique. À force, on subit les événements, on ne les analyse même plus », confie un Bamakois désabusé.

Une nouvelle fois, les Maliens attendent de savoir de quel côté leur histoire basculera.