Rapprochement de Niamey avec Tripoli et riposte de Haftar

24/06/2026 – Nathalie Prevost

Le Niger s’est rapproché récemment du gouvernement de Tripoli, consacrant un refroidissement de plusieurs mois avec l’homme fort de l’est, le général Haftar, après une période de lune de miel avec le régime militaire de Niamey. Cette inflexion est apparue ces dernières heures à travers des libérations de part et d’autre de la frontière.

Par Nathalie Prévost

Un enjeu nigéro-libyen

Lundi, les autorités nigériennes ont libéré le sulfureux ex-officier libyen Barhaddine Medoun Refi et 18 de ses compagnons, tous arrêtés par la gendarmerie en juillet 2025 alors qu’ils circulaient clandestinement dans la région de Zinder, à plus de mille km de leur base, sans qu’on sache encore ce qu’ils faisaient là. On les voit sur la photographie ci-dessus alors qu’ils s’apprêtent à monter à bord d’un avion affrété par le gouvernement de Tripoli pour rentrer chez eux. Les 19 hommes avaient été surpris à bord de cinq véhicules, dans une zone désertique au nord de Tesker alors qu’ils étaient en disgrâce auprès du général Khalifa Haftar et sans doute, pour cette raison, obligés de quitter le sud libyen.

En riposte à cette libération, le régime de Benghazi a aussitôt fait élargir, dans la foulée, Mahmoud Sallah, le chef du groupe rebelle toubou qui harcelait le régime de Niamey d’attaques contre l’oléoduc acheminant le pétrole brut du Niger, avant son arrestation en Libye, à Gatrun, en février 2025, suite à un différend personnel avec Saddam Haftar. Le Front patriotique de libération (FPL), le groupe de Mahmoud Sallah, a remercié publiquement lundi Saddam Haftar, commandant adjoint des forces armées arabes libyennes. Le communiqué du FLP se conclut par ces mots : »En avant pour la liberté! »

Mahmoud Sallah.

Un enjeu franco-nigérien

En réalité, Mahmoud Sallah était en résidence surveillée, solution de compromis adoptée par le général Haftar pour ménager à la fois Niamey et le Président français. Niamey réclamait son extradition et Paris demandait sa libération. En effet, Mahmoud Sallah s’était lancé dans la rébellion armée contre son pays pour faire libérer Mohamed Bazoum (qu’il avait auparavant combattu). « En ce temps-là, le régime du Niger était plus pro-Haftar que pro-Tripoli et Haftar avait essayer de ménager la chèvre et le chou« , a dit une source toubou nigérienne influente. L’idée de Haftar, contrariée par les pressions françaises, était de troquer un jour Mahmoud Sallah contre Barhaddine.

Saddam Haftar avait même effectué une visite à Niamey le 23 mai 2025, rencontrant le général Abdourahamane Tiani, après des voyages en sens inverse de plusieurs ministres de la junte à Benghazi. Mais ce rapprochement avait fait long feu, les rivalités et les turbulences locales et internationales ayant eu raison de ce projet.

Un espace turbulent et convoité

Il faut dire que la zone frontalière entre le Niger, la Libye et le Tchad, au sud et au nord de la passe de Salvador, fait l’objet de nombreuses convoitises, liées à d’intenses trafics criminels auxquels s’adossent plusieurs groupes armés, tantôt employés comme supplétifs des armées, tantôt engagés dans des rébellions, en fonction de leurs intérêts du moment. De ce fait, des combats surviennent régulièrement dans cette zone, les dirigeants des trois pays essayant de contrôler leurs confins (et peut-être aussi les trafics qui y prospèrent).

Barhaddine incarne particulièrement bien ces tensions. Selon Les Échos du Niger, lors de la guerre civile qui a suivi la chute du colonel Kadhafi en 2011, « Barhaddine avait d’abord servi dans une brigade de Benghazi avant de s’installer à Sebha dans une nouvelle unité surnommée ‘Chouhada Oumran’« . Par la suite, l’homme, un Arabe Ould Souleymane qui serait de mère nigérienne et de père tchadien, s’est fixé dans le sud de la Libye, à Sebha, où il a servi de verrou des frontières pour le compte de Khalifa Haftar.