Meurtre de 2 experts de l’ONU en RDC : un colonel condamné à mort

12/06/2026 – Nathalie Prevost

En mars 2017, deux jeunes experts des Nations unies, engagés dans la documentation des violences qui ravageaient le Kasaï, avaient été enlevés puis exécutés dans des circonstances particulièrement tragiques. Leur disparition avait bouleversé bien au-delà de la République démocratique du Congo. Neuf ans après les faits, un colonel de l’armée congolaise vient d’être condamné à mort pour son implication dans ce double meurtre, relançant ainsi la thèse d’un crime d’État.

Au cœur des massacres du Kasaï

La Suédo-Chilienne Zaida Catalan, 36 ans, et l’Américain Michael Sharp, 34 ans, enquêtaient sur les massacres commis dans la région du Kasaï lorsque leur mission a tourné au drame. Les images de leurs derniers instants, diffusées par la suite, avaient suscité une vive émotion à travers le monde et mis en lumière les dangers auxquels sont confrontés les enquêteurs internationaux sur les terrains de conflit.

Le 12 mars 2017, alors qu’ils tentaient de faire la lumière sur les violences commises dans cette région du centre de la RDC, plongée dans une insurrection sanglante menée par la milice Kamuina Nsapu, ils avaient été interceptés près du village de Moyo-Musila, conduits dans la brousse puis abattus. Leurs corps avaient été retrouvés seize jours plus tard. À l’époque, leur mission visait à documenter des exactions ayant causé la mort de plusieurs milliers de personnes. Les Nations unies avaient également recensé de nombreuses fosses communes dans cette région, alimentant les inquiétudes sur l’ampleur des violences.

Une condamnation neuf ans après les faits

Près de neuf ans après les faits, la justice militaire congolaise vient de rendre une décision majeure. Selon Reuters, le Haut Tribunal militaire de Kinshasa a condamné à mort le colonel Jean de Dieu Mambweni pour crime de guerre. L’officier a été reconnu coupable d’avoir participé au complot ayant conduit à l’assassinat des deux experts. En pratique, cette condamnation équivaut à une peine de prison à perpétuité, la RDC n’ayant procédé à aucune exécution depuis 2003.

Lors d’un premier procès en 2022, Jean de Dieu Mambweni avait été condamné à dix ans de prison pour non-assistance à personne en danger et insubordination. Le parquet militaire avait toutefois fait appel, estimant que sa responsabilité était bien plus importante. Le nouveau jugement lui attribue désormais un rôle actif dans l’organisation du double meurtre. Cette décision confirme également les condamnations prononcées contre plusieurs dizaines de membres de la milice Kamuina Nsapu impliqués dans l’embuscade.

Les zones d’ombre demeurent

Pour autant, le verdict ne met pas un terme aux interrogations qui entourent l’affaire. Reuters rapporte que les familles des victimes et plusieurs organisations de défense des droits humains continuent de dénoncer les nombreuses zones d’ombre du dossier. Elles estiment notamment que la chaîne de commandement et les véritables commanditaires n’ont jamais été identifiés.

En janvier dernier, Human Rights Watch avait affirmé que certains éléments suggérant l’implication d’agents de l’État n’avaient pas été pleinement examinés lors du premier procès. L’organisation évoquait, notamment, des images montrant des représentants des autorités guidant les experts de l’ONU vers la zone où ils seront finalement enlevés. La sœur de Zaida Catalan, Elizabeth Morseby, a salué la reconnaissance de l’existence d’un complot tout en estimant que la justice sera incomplète tant que toute la vérité n’aura pas été établie. Selon elle, le colonel Mambweni n’avait aucun intérêt personnel à faire assassiner les deux enquêteurs, ce qui pose inévitablement la question des motivations réelles derrière ce crime.

La thèse d’un crime d’État

Même constat du côté de la Commission nationale des droits de l’homme de RDC. Son président, Paul Nsapu Mukulu, cité par Reuters, juge peu probable que le colonel ait agi seul. « Tout porte à croire que le double meurtre des experts de l’ONU constitue un crime d’État», a-t-il déclaré. Près d’une décennie après ce drame, qui avait ému bien au-delà des frontières congolaises, la justice a désigné un responsable majeur. Mais pour les familles des victimes comme pour les défenseurs des droits humains, de nombreuses questions demeurent sur les commanditaires et les motivations réelles de ce double assassinat.