Apparition remarquée de l’imam Mahmoud Dicko aux côtés du président algérien, frappe d’une mosquée à Kidal, arrestation d’un prédicateur et fermeture d’un lieu de culte à Ouagadougou : derrière les célébrations de l’Aïd al-Adha (qu’on appelle la Tabaski en Afrique de l’Ouest), les tensions qui traversent le Sahel se sont invitées au cœur de la fête musulmane la plus importante de l’année.
Le message algérois de Mahmoud Dicko
Le jour de la Tabaski, l’imam malien Mahmoud Dicko a diffusé sur les réseaux sociaux une vidéo dans laquelle il échange chaleureusement avec le président algérien Abdelmadjid Tebboune à l’occasion de la prière officielle. En publiant ces images, Mahmoud Dicko savait pertinemment quelle lecture en serait faite à Bamako : celle d’une provocation politique savamment calculée, dans le contexte des tensions persistantes entre l’Algérie et le Mali. L’imam salafiste, en disgrâce dans son pays et en exil à Alger depuis décembre 2023, met en scène sa proximité avec le président Abdelmadjid Tebboune et rappelle à ses adversaires qu’il bénéficie toujours d’appuis au plus haut sommet de l’État algérien.
Les Maliens ne s’y sont pas trompés. Sur les réseaux sociaux, les soutiens de l’imam y ont vu la preuve qu’il demeurait un acteur politique incontournable. Ses détracteurs, eux, dénoncent une proximité qu’ils jugent excessive avec Alger. Plusieurs commentaires, le qualifient de « pion de Tebboune » ; d’autres ironisent sur sa place dans le dispositif protocolaire. Mais tous, s’accordent à reconnaître que le message n’avait rien de religieux, il était politique.
À Kidal, frappe sur une mosquée
Au même moment, à Kidal, la fête prenait une tournure plus dramatique. Dans leur volonté de reconquérir le bastion rebelle perdu lors de l’attaque du 25 avril, les Forces armées maliennes ont visé pendant la nuit plusieurs positions, dont la mosquée du quartier Aliou. Or, ce lieu de culte n’est pas n’importe lequel : c’est celui où prie Alghabass Ag Intalla, le chef du Front de libération de l’Azawad (FLA), ainsi que sa famille.
Si l’attaque n’a fait aucune victime, elle a suscité de vives réactions. Pour les mouvements armés du nord, la frappe constitue une atteinte à un lieu emblématique de Kidal. Pour les autorités maliennes, elle s’inscrit dans la poursuite des opérations militaires engagées contre leurs ennemis. Au-delà de ces considérations militaires, frapper une mosquée le jour même de la Tabaski a été considéré par beaucoup comme particulièrement malvenu, voire, selon une source de Mondafrique comme « un acte inconcevable et contreproductif ».
Ouagadougou serre la vis
Au Burkina Faso, la journée de la fête a été précédée d’une manifestation de force des autorités. La veille de la Tabaski, le 26 mai, l’influent imam Mohamed Ishaq Kindo a été arrêté à son domicile de Ouagadougou après avoir publiquement critiqué un projet gouvernemental destiné à encadrer davantage les pratiques religieuses. Son interpellation a provoqué des rassemblements de fidèles ; nombre d’entre eux ont été enrôlés puis envoyés sur le front. Deux jours plus tard, les autorités ont ordonné la fermeture jusqu’à nouvel ordre de la grande mosquée de la ZACA, officiellement pour prévenir des troubles à l’ordre public.
L’affaire témoigne de la volonté du pouvoir burkinabè d’encadrer certains acteurs religieux liés au mouvement salafiste dans un contexte de lutte contre les groupes djihadistes. Ces deux mesures ont d’ailleurs été plutôt bien accueillies par une grande partie de la population, lassée par des années de guerre menée au nom de l’Islam radical.
Fête du pardon, du partage et de la réconciliation, la Tabaski 2026 aura servi de caisse de résonance à des enjeux bien éloignés de la foi.
