Le président du Bénin reçu à Niamey par le général Tiani

03/06/2026 – La rédaction de Mondafrique

Pavoisement de la capitale aux couleurs des deux pays, haie d’honneur sur la route de l’aéroport, chants et danses, exposition de photographies du couple présidentiel béninois : les autorités nigériennes ont déroulé le tapis rouge à Romuald Wadagni, le nouveau président de leur voisin du sud, avec lequel elles espèrent un rapide réchauffement des relations.

Le général Abdourahamane Tiani était au pied de l’avion pour manifester l’engagement du Niger, « dans un esprit fraternel qui caractérise les relations séculaires et privilégiées entre les peuples des deux pays. » Après un tête à tête entre les deux hommes au salon présidentiel, la suite des débats s’est tenue au Palais, en présence d’une assistance élargie, « dans un climat de grande cordialité ». Le bref communiqué conjoint publié à l’issue de la courte visite du président béninois résume la portée de l’événement en quelques lignes. Les deux pays, brouillés depuis le coup d’État du 26 juillet 2023 qui a renversé le président Mohamed Bazoum, souhaitent manifestement tourner la page du divorce.

Deux sujets clé ont figuré aux débats : la sécurité et la réouverture de la frontière, espérées de part et d’autre, qui exigent la restauration de la confiance et de la coopération militaire dans une région qui subit les attaques croissantes de la filiale sahélienne d’Al-Qaïda. Dans leur communiqué, les deux présidents réaffirment, sans plus de détails, « leur engagement à unir leurs forces pour combattre le fléau du terrorisme et du banditisme qui sévit depuis plusieurs années dans la sous-région et qui compromet la mise en œuvre effective de tous les programmes de développement initiés par les gouvernements de leurs pays. »

Volonté de rouvrir la frontière

En ce qui concerne la frontière commune, qui contrôle le corridor commercial stratégique du Niger et du nord du Nigeria, les deux présidents « ont exprimé leur engagement à œuvrer à la levée de tous les obstacles au renforcement de la coopération entre les deux pays, notamment la réouverture de la frontière Bénin-Niger. » Sur ce sujet, objet de toutes les attentes de part et d’autre, le temps semble s’être accéléré pour de bon : « un comité d’experts chargé de recenser et de lever lesdits obstacles a été mis en place. Il dispose d’un délai de quinze jours pour rendre son rapport aux deux chefs d’État. »

Comme le rappelle l’internaute nigérien Hassane Toro dans un post, l’enjeu final de la normalisation des relations, bien que non cité dans le communiqué, est bien le pétrole brut du Niger dont l’exportation est assurée par le pipeline qui traverse les deux pays. Sur un objectif de « 200 000 barils par jour à l’horizon 2026, le pipeline n’en a transporté que la moitié au cours de l’année écoulée. » « Et pour compliquer davantage le tableau, le Mouvement patriotique pour la liberté et la justice a fait du sabotage de l’oléoduc sa signature, frappant à répétition une infrastructure qui symbolise, à elle seule, toute la tension entre les deux capitales.« 

« Plus de 17,7 millions de barils ont quand même été acheminés d’Agadem jusqu’au terminal de Sèmè-Kpodji entre mai 2024 et avril 2025. Le pétrole n’a pas attendu la réconciliation des chancelleries. Il a continué de chercher la mer, comme il l’a toujours fait, indifférent aux communiqués et aux affects blessés », ironise l’internaute. L’internaute voit, dans l’ouverture annoncée par Wadagni, l’expression du pragmatisme d’un homme dont la carrière s’est « construite autour de la logique des flux, des marchés, des corridors. »

En visite à Abuja, le 1er juin, Niamey le 2 et Abidjan le 3, Wadagni pourrait bien annoncer le dégel dans la région. Bien que, comme le rappelle Hassane Toro, rien n’est encore réglé. Mais la visite de Wadagni à Niamey était un pari. Apparemment réussi : Abdourahamane Tiani a « accepté avec gratitude » l’invitation de Cotonou, dit le communiqué. Pétrole, flux de marchandises entrantes et sortantes, accès au port de Cotonou et trafic de ce dernier, débouchés agricoles dans les régions frontalières : l’enjeu est très important pour les deux pays et les populations ne cachaient pas, mardi, le grand espoir qu’elles placent dans la réconciliation.