Mission délicate pour l’ambassadeur de France à Madagascar

21/05/2026 – La rédaction de Mondafrique

Jean-Marc Grosgurin vient d’être nommé comme ambassadeur de France à Madagascar. Mission délicate en perspective, alors que la France doit redresser une image dégradée dans le pays.

Dans un numéro des Études du CERI (n° 268-269-octobre 2023), Roland Marchal écrivait qu’après cinq prédécesseurs à Bangui, l’ambassadeur de France Jean-Marc Grosgurin, s’était retrouvé à « gérer les milles et une mésaventures françaises dans une accumulation d’incidents provoqués et de complots imaginaires. » Souhaitons-lui de ne pas connaitre à Madagascar, son nouveau poste, les mêmes tracas qu’en Centrafrique.

Diplomate de carrière, Jean-Marc Grosgurin a été plusieurs fois ambassadeur, notamment à Sanaa, Riyad et Conakry. Il a dirigé l’ambassade de France en République centrafricaine de septembre 2020 à mai 2023. Au chapitre des incidents, on peut citer la fin du « décanat » dont jouissait auparavant à titre permanent l’ambassadeur de France. Banqui a, en effet, décidé «de mettre fin au privilège totalement symbolique dont jouissait l’ambassadeur de France d’être le doyen du corps diplomatique. » Le communiqué de la République centrafricaine soulignait alors que le statut de doyen avait jusque là été «réservé aux ambassadeurs de France depuis l’indépendance du pays, le 13 août 1960 ». (Le titre de doyen du corps diplomatique est accordé à l’ambassadeur le plus ancien dans le pays mais, dans un certain nombre d’anciennes colonies d’Afrique, il est conféré au représentant de l’ancienne métropole.)

La principale raison de cette décision était le « manque de réciprocité » du protocole diplomatique côté français, pendant que l’ambassadeur de France, Jean-Marc Grosgurin, était réprimandé à Bangui pour « comportement discourtois ». Avant son départ, Jean-Marc Grosgurin avait pu normaliser les relations diplomatiques entre la France et la Centrafrique mais pas faire reculer la présence russe dans la vie politique et militaire locale.

Déminage en perspective

Il lui faudra puiser dans ses talents de démineur pour convaincre le nouveau chef de l’État malgache de la bonne foi de la France. Son prédécesseur à Tananarivo, ainsi que les attachés de défense et de sécurité de son ambassade, se sont, en effet, montrés hostiles à la destitution d’Andry Rajoelina, que le président Macron avait chaleureusement visité en mai 2025. Michaël Randrianirina, l’actuel chef de l’État malgache, a d’ailleurs exigé il y a quelques semaines le départ de l’attaché de sécurité intérieure de l’ambassade de France.

En février dernier, avant sa visite en Russie, le colonel Randrianirina avait clairement annoncé la couleur lors d’une interview à Russia Today : « Lorsque nous avons pris le pouvoir le 14 octobre [2025], la Russie a été le seul État étranger à être venu à notre rencontre »

Paris a fait la sourde oreille quand le colonel, inquiet de l’activisme du Président déchu et de menaces d’une partie de la gendarmerie malgache, a demandé un appui pour assurer sa sécurité rapprochée et désactiver le système Pegasus mis en place par Andry Rajoelina. Au Kremlin, à l’inverse, le tapis rouge a été déroulé par Vladimir Poutine le 19 février 2026, quand le chef de l’État malgache a préféré Moscou à Paris pour sa première visite extérieure. À la suite de ce voyage, deux hélicoptères, six camions et 60 tonnes d’aide alimentaire ont été livrés par la Russie après le cyclone meurtrier Gezani. « En décembre 2025, une cargaison d’armes et d’équipements militaires, dont des drones, avait  été livrée par avion-cargo. Les éléments du Régiment de la garde présidentielle (RGP), particulièrement les éléments d’élite du Groupement des forces spéciales d’intervention (GFSI), en ont été les premiers destinataires. En janvier 2026, 140 instructeurs militaires russes sont arrivés dans la Grande île pour former à l’utilisation de ces nouveaux équipements, et également former les éléments de l’armée », précisait L’Express de Madagascar.