Algérie, l’ombre du général Toufik sur la transition démocratique

Algérie, l’ombre du général Toufik sur la transition démocratique

31/03/2019 – Nicolas Beau

Face au rapprochement qui se dessine entre le clan Bouteflika et l’ancien patron du DRS (services algériens), le général Toufik, le chef d’état major, Gaïd Salah, qui se veut le pivot de la transition démocratique algérienne, tape du poing sur la table.

Les couteaux sont sortis à Alger, notamment au sein de l’institution militaire, la colonne vertébrale du régime qui est plus divisée que jamais. Dans un communiqué incroyablement brutal publié le 30 mars par le ministère de la Défense, le chef d’état major, Gaïd Salah, s’étonne qu’une réunion aie pu être tenue par « des individus connus, dont l’identité sera dévoilée en temps opportun », en vue de mener « une campagne médiatique » virulente à travers les différents médias et sur les réseaux sociaux contre l’ANP (Armée algérienne).

Gaïd Salah qui s’était prononcé en faveur de la déposition du président Bouteflika, via l’article 102 de la Constitution, dénonce dans son communiqué ceux qui s’orienteraient vers d’autres sorties de crise.

Le général Toufik à la manoeuvre

Seul souci, de nombreux manifestants qui sont descendus dans la rue le vendredi 28 mars se sont prononcés contre la solution légaliste, via l’article 102 de la constitution, défendue par le patron de l’armée. « On appelle le 102, ont-ils clamé, et le peuple algérien ne répond plus ». Le scénario qui verrait le président du Conseil de la Nation, proche de Bouteflika, assurer un intérim court débouchant rapidement sur des présidentielles ne semble pas avoir les faveurs des mobilisations populaires. « Le dégagisme » fait recette!

Les proches du général Gaïd Salah voient la main des proches de l’ancien DRS (services algériens) dans cette offensive de la rue contre les propositions du chef de l’armée. Une certitude, le général Toufik qui à la tète des services fut le véritable maitre de l’Algérie pendant vingt cinq ans, oeuvre activement pour déstabiliser le patron de l’armée qui obtenait sa tète en 2015, date de sa démission forcée. Tout annonce un choc frontal violent entre les deux principaux clans de l’institution militaire.

Discrets conciliabules!

Selon les sources du siteAlgérie Part, proche de la Présidence algérienne, une importante réunion a en effet été organisée ce samedi 30 mars à Hydra dans la domicile personnel du général Toufik, entre ce derneir et Liamine Zeroual, l’ancien Président de la République élu en 1995 au coeur de la décennie noire.

Les deux hommes auraient parlé, d’après Algérie Part, de l’urgence à trouver des solutions à la situation actuelle qui paralyse le pays. Le général Toufik aurait fait des propositions concrètes à Zeroual pour qu’il conduise la période de transition. Les généraux Toufik et Zeroual ont abordé enfin le rôle que doit jouer le haut commandement militaire dans cette future transition que l’Algérie va connaître après le 28 avril, date à laquelle le mandat présidentiel de Bouteflika arrive à son terme.

Au terme de ces échanges, le général Zeroual, d’un caractère entier et ombrageux, aurait finalement renoncé à jouer un rôle devant le refus de son interlocuteur d’accepter ses propositions.

Deux réunions pour le prix d’une !

Une autre réunion, tenue le même jour, a regroupé, toujours d’après Algérie Part, une dizaine de personnalités politiques très influentes en Algérie autour là encore de Liamine Zeroual. Au cours de ces conciliabules, une feuille de route a été proposée pour contrer la proposition de sortie de crise que propose aux Algériens Ahmed Gaïd Salah.

Parmi les participants, se trouvaient Ahmed Benbitour, l’ancien Premier ministre, l’ex commandant de l’Armée de Libération Nationale Lakhdar Bouregaâ, un représentant officiel dépêchée par la Présidence de la République ainsi qu’un proche du général Toufik, l’ex-patron influent du DRS.

Tous aux abris !

La façon dont les proches du clan Bouteflika relaient sur les réseaux sociaux les réunions animées par les hommes du DRS semble prouver que le général Toufik reste, à leurs yeux, l’ultime bouée de sauvetage. Illeur faut en effet sauvegarder l’essentiel de leurs intérêts dans une Algérie pré révolutionnaire et éviter des mises en cause judiciaires pour des fortunes indument constituées..

L’arrestation, ce vendredi 31 mars, d’Ali Haddad, l’ancien patron des patrons et un des oligarques les plus proches de Saïd Bouteflika, qui tentait de fuir l’Algérie via la Tunisie, a en effet semé une certaine panique dansle camp présidentiel.

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