Le prophète Mahomet: « la science est plus méritoire que la prière »

02/02/2021 – La redaction de Mondafrique

Alors que l’Assemblée Nationale française examine, ce lundi 1er février, l’improbable  projet de loi sur le séparatisme islamique, Mustapha Saha conseille à nos politiques de revenir à Voltaire, Goethe, Victor Hugo et Nietzsche  pour comprendre l’Islam

Le talentueux Mustapha Saha, sociologue, peintre et poète,
a occupé, sous le quinquennat de François Hollande,
des fonctions de conseiller à l’Elysée.

L’Islam s’est affirmé, dès ses origines, une religion ouverte sur les sciences, les techniques, les innovations. Le Coran est une incitation à la lecture, une invitation à la culture, une émulation de la pensée. Le prophète a répondu par anticipation aux ignorantistes : « La recherche du savoir est une obligation pour tout musulman ». Et aussi,  « la science est plus méritoire que la prière ». 

Tous les philosophes, tous les écrivains classiques se sont intéressés à l’Islam, avec connaissance ou méconnaissance, pour reconnaître ses vertus ou conforter leurs préjugés.

 » La religion du Prophète est sage, sévère, chaste et humaine«  Voltaire

Voltaire (1694 – 1778) se ravise de son hostilité initiale en étudiant l’islam. En 1739, il écrit sa tragédie Le Fanatisme ou Mahomet le Prophète, une pièce finalement interdite par un arrêt du Parlement de Paris. L’auteur vise en vérité l’intolérance catholique et l’inquisition chrétienne. « Ma pièce représente, sous le nom de Mahomet, le prieur des jacobins mettant le poignard à la main de Jacques Clément (frère dominicain, assassin du roi Henri III)» (Lettres inédites de Voltaire, éditions Didier, 1856).

Voltaire entreprend des recherches personnelles, travaille en historien, démystifie les falsifications de l’Eglise. Il résume sa pensée dans une lettre de 1760, en réponse à la Critique de l’Histoire universelle de M. de Voltaire, au sujet de Mahomet et du mahométisme : « Sa religion est sage, sévère, chaste et humaine, sage puisqu’elle ne tombe pas dans la démence de donner à Dieu des associés et qu’elle n’a point de mystère…, humaine puisqu’elle nous ordonne l’aumône… Ajoutez à tous ces caractères de vérité, la tolérance ». 

« Ainsi le Coran continuera d’exercer une forte influence sur les temps à venir » Goethe

Goethe (1749 – 1832) va  jusqu’à écrire: « C’est dans l’Islam que je trouve le mieux exprimées mes idées » (Goethe, lettre à Zelter, 20 septembre 1820, Studia Islamica, n°33, 1971). « Aussi souvent que nous lisons le Coran, au départ et à chaque fois, il nous repousse. Mais, soudain il séduit, étonne et finit par forcer notre révérence. Son style, en harmonie avec son contenu et son objectif, est sévère, grandiose, terrible, à jamais sublime. Ainsi ce livre continuera d’exercer une forte influence sur les temps à venir » (Goethe, West-Oestlicher Divan, 1819, Dictionary of Islam, 1885).

L’apologie du Prophète par Victor Hugo (1802 – 1885) sonne comme  une réplique cinglante aux calomniateurs actuels : « À soixante-trois ans, une fièvre le prit / Il relut le Coran de sa main même écrit / Puis il remit au fils de Séid la bannière / En lui disant : « Je touche à mon aube dernière / Il n’est pas d’autre Dieu que Dieu. Combats pour lui. » / Et son œil, voilé d’ombre, avait ce morne ennui / D’un vieux aigle forcé d’abandonner son aire /Il vint à la mosquée à son heure ordinaire / Appuyé sur Ali, le peuple le suivant / Et l’étendard sacré se déployait au vent / Là, pâle, il s’écria, se tournant vers la foule / « Peuple, le jour s’éteint, l’homme passe et s’écoule / La poussière et la nuit, c’est nous. / Dieu seul est grand. Peuple, je suis l’aveugle et je suis l’ignorant / Sans Dieu je serais vil plus que la bête immonde. »(…)

Et Hugo de poursuivre: »Et, tranquille, il tendit aux passants son bâton / Une vieille, tondant la laine d’un mouton / Assise sur un seuil, lui cria : « Dieu t’assiste ! » /Il semblait regarder quelque vision triste / Et songeait ; tout à coup, pensif, il dit : « Voilà / Vous tous : je suis un mot dans la bouche d’Allah (…) » (1)

« Le christianisme nous a frustrés de celle de la culture islamique« . Nietzche

Le colonialisme et le néocolonialisme intensifient leur propagande contre l’Islam. Des plumes ogresques s’offrent un bouc émissaire à la mesure de leur mégalomanie. Inutile de les citer. Le fascisme y trouve sa monstrueuse pitance. Des penseurs lucides n’ont heureusement jamais cessé de tirer la sonnette d’alarme.  « Le christianisme nous a frustrés de la moisson de la culture antique, et, plus tard, il nous a encore frustrés de celle de la culture islamique. La merveilleuse civilisation maure d’Espagne, au fond plus proche de nous, parlant plus à nos sens et à notre goût que Rome et la Grèce, a été foulée aux pieds… Les croisés combattirent plus tard quelque chose devant quoi ils auraient mieux fait de se prosterner dans la poussière… » Friedrich Nietzsche (2)

(1) Victor Hugo, L’An Neuf de l’Hégire, dans la Légende des siècles, éditions Pierre-Jules Hetzel, 1859.

(2) L’Antéchrist, 1888, traduction française, éditions Gallimard, 1974.

Il faut lire le nouveau livre de Mustapha Saha : « Haïm Zafrani, Penseur de la diversité, éditions Hémisphères / éditions Maisonneuve & Larose, 2020 ».