Algérie, quand la fraude devient une deuxième nature

Algérie, quand la fraude devient une deuxième nature

19/02/2019 – Louise Dimitrakis

Avec l’annonce qu’Abdelaziz Boutéflika, qualifié par le journal « Sud-Ouest » de « candidat fantôme », se présentait pour un nouveau mandat, le scénario d’une élection présidentielle fraudée revient avec force.

Le préposé aux révisions constitutionnelles imaginées par le pouvoir algérien pour se maintenir en place s’appelle Ahmed Ouyahia, actuellement Premier ministre. Son objectif est de charcuter la loi fondamentale pour créer le poste de vice-président, possible tremplin vers la magistrature suprême. Ceux qui ont de la mémoire savent aussi qu’Ouyahia a joué un rôle actif dans la fraude électorale ces dernières années pour renouer un illusoire processus électoral, coupé brutalement le 11 janvier 1992 lors de la mise à l’écart du président Chadli.

Les « élections propres et honnêtes » qui avaient eu lieu deux semaines avant, avaient en effet déplu à un quarteron de généraux qui avaient peur d’être mis à la retraite.

Le DRS aux commandes

Abdelhamid Mehri, qui fut le courageux et perspicace secrétaire général du FLN, devait être bien renseigné quand, après les élections législatives de 1997, il fit sa fameuse déclaration: « l’Armée a décidé de ne plus jamais perdre les élections… »

En 1999, rebelote. Abdelaziz Boutéflika n’avait été coopté par les militaires qu’à certaines conditions express, dont la promesse de maintenir le secret le rapport sur la fraude supervisée par … Ahmed Ouyahia. Lequel fut cinq fois premier ministre durant une brillante carrière grâce à l’appui de l’ex DRS (services algériens). A l’époque, un des « amis » du président Bouteflika avait menacé de distribuer à la presse parisienne la traduction du rapport en arabe incriminant Ouyahia. Ce qui ne fut pas fait.

Quant à Sellal, aujourd’hui directeur de campagne de Bouteflika, à qui un des candidats aux présidentielles de 1999 avait signalé la fraude généralisée, il répondit tout simplement: « Si le général-major Smaïn Lamari, le numéro deux du DRS, me le demande, je le fais… » 

La fraude, encore et toujours

Le frère du Président algérien, Saïd Boutéflika, est devenu un partisan du cinquième mandat depuis qu’il a fait son deuil de sa propre candidature. Cet homme de l’ombre, qui bénéficie d’un accès permanent au chef de l’état, partage avec Ouyahia et de Sellal, la même facheuse habitude de recourir à la fraude électorale.

On lui attribue, ainsi qu’au général Tartag, le patron actuel des services algériens qui lui est totalementdévoué, la décision d’évincer « l’Alliance Verte » islamiste qui avait à l’évidence gagné les élections législatives de mai 2012. On avait cru en effet à une véritable alternance quand Abdelaziz Boutéflika, dans son fameux discours de Sétif, s’était écrié: « nous avons fait notre temps.. »

Mais les relations des partis « islamistes » avec le Qatar avait fait craindre que l’Algérie se vende à la Cheikha Mozah et à l’Emir Hamad Al Thani qui étaient alors à la tète de l’Emirat. Bon nombre de « réalistes » ont considéré la victoire artificielle offerte alors par le duo Saïd-Tartag comme un moindre mal….

L’armée, ultime garante de la légalité républicaine

S’il y a autant de spécialistes de la fraude parmi les ténors du cinquième mandat, c’est en raison de la certitude que le « candidat fantôme » ne pourra être « élu » qu’à la suite d’un ordre de bourrage des urnes. En 1999, l’attachement à la paix civile des six candidats qui s’étaient retirés de la campagne électorale les avait empêchés d’appeler à manifester par peur d’ un carnage. Cette fois, le général-major Ghédiri, candidat aux élections présidentielles d’avril 2019, menace de ne pas rester les bras croisés en cas de truquage éhonté.

L’institution militaire débarrassée de l’emprise de l’ex DRS (services algériens), enterré depuis 2015, obéira-t-elle aux professionnels de la fraude? Le bain de sang sera-t-il inévitable en raison du refus de l’alternance par le pouvoir?  Le plus ancien dans le grade le plus élevé en matière de fraude, Ahmed Ouyahia, a annoncé la couleur en menaçant de réprimer le moindre contestataire.

Pourtant l’armée, qui a vécu dans le passé le traumatisme d’avoir tiré dans la foule, notamment en octobre 1988? ne sera plus le bras armé de ces menaces. Mais il reste aux militaires, s’ils veulent donner des gages de républicanisme, à prendre à l’avance des dispositions pour prévenir la fraude. Un tel scénario vaudrait mieux que d’arbitrer entre les candidats rivaux au poste de vice-président, le chemin le plus court pour devenir devenir chef de l’état sans élection.

Au besoin grâce à un coup d’état médico-légal contre le « candidat fantôme », Abdelaziz Bouteflika, non sans avoir utilisé auparavant le paravent de sa candidature pour se hisser, sans élections, sur la dernière marche du pouvoir..

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