Mondafrique

Tunisie, la posture moderniste de Youssef Chahed

07/11/2018 – Nicolas Beau

La nomination, le 5 novembre, d’un ministre de confession juive, René Trabelsi, comme ministre du tourisme est la dernière astuce que tente un Premier ministre à bout de souffle pour séduire ses partenaires occidentaux.

Le Premier ministre tunisien, Youssef Chahed, en remaniant le 5 novembre son gouvernement contre l’avis du Président de la République, Beji Caid Essebsi, tente une nouvelle fois un passage en force acrobatique. Pourquoi pas? Cela jusqu’à présent lui a réussi. Sauf que la cohabitation entre la Présidence et le chef du gouvernement, déja calamiteuse, atteint avec ce gouvernement imposé un dangereux point de rupture.

Plus pathétique, Youssef Chahed croit faire preuve d’habileté en nommant un tunisien de confession juive, René Trabelsi, aux fonctions de ministre de tourisme. Le Buzz international autour d’un remaniement sans relief est venu effectivement de ce choix inhabituel en pays musulman. Youssef Chahed est en effet pour l’instant soutenu par la France et l’Europe, un soutien resté constant qui lui permet de se maintenir au pouvoir, malgré une situation politique et économique désastreuse.

Pour conforter cette indulgence occidentale qui est sa bouée de sauvetage, Youssef Chahed prend une posture moderniste et cherche à montrer son ouverture d’esprit. Encore faudrait-il, pour être convaincant sur ce terrain qu’il contraigne ses alliés islamistes de voter un bon nombre de réformes de société, comme l’égalité homme-femme en matière d’héritage qu’a proposé, mais sans succès, le Président de la République.

Tristes calculs

René Trabelsi était-il un choix judicieux? Cet homme d’affaires est connu pour avoir soutenu constamment le président Ben Ali lorsque ce dernier était encore au pouvoir avant janvier 2011. L’ancien dictateur tunisien, il est vrai, cherchait à redorer son blason en montrant une réelle sollicitude pour la communauté juive. Il le faisait sans doute par calcul, mais il l’a fait. Pour autant, cette posture n’a jamais fait de l’ancien président  ni un démocrate, ni un honnête homme aux yeux  du peuple tunisien qui devait le renverser un certain 14 janvier 2011.

La promotion d’un fidèle de Ben Ali comme signe ultime d’ouverture? On peut mieux faire. Le choix de rené Trabelsi signe surtout l’enterrement définitif de la Révolution tunisienne

1