Soudan, fin de partie pour Omar el-Béchir

Soudan, fin de partie pour Omar el-Béchir

Rédigé le 11/04/2019
Aza Boukhris

La démission d’Omar el-Béchir pourrait se traduire par un coup d’arrêt de l’offensive russe en Afrique centrale.

Après Abdelaziz Bouteflika, c’est au tour d’Omar el-Bechir, au pouvoir sans partage depuis 1989, de partir sous les quolibets de la foule et l’estocade de l’Armée nationale. Le géroncrate de 75 ans avait déjà cédé la direction de son parti, le Congrès national, le 1er mars 2019. Totalement isolé et face aux mouvements islamistes déterminés, l’Armée ne pouvait plus s’accommoder du vieux dictateur.

Tartufferies de l’ONU et de l’UA

Depuis 2009, Omar El-Béchir est sous mandat d’arrêt international de la Cour Pénale Internationale pour génocide, crimes contre l’humanité et crimes de guerre pour son action contre les groupes armés du Darfour. Évidemment cette condamnation n’avait pas empêché l’Union africaine (UA) et l’ONU, et de nombreux pays africains, de laisser le dictateur soudanais circuler librement à l’étranger.

Le point d’orgue de cette tartufferie aura été la négociation pour la paix et la réconciliation en Centrafrique. Sous la houlette de la Russie et avec la stupéfiante validation de l’Onu et de l’Union africaine, la réunion eut lieu, fin janvier- début février 2019, à Khartoum, alors que la ville était déjà en état d’insurrection. Omar el-Béchir eut droit à ses derniers honneurs de la communauté internationale et surtout de la Russie. Le président centrafricain Touadera se faisait fort de coopérer davantage avec le dictateur soudanais et même d’importer certains principes expérimentés au Darfour.

Cette réunion invraisemblable de Khartoum ne fut évidemment pas suffisante pour stopper l’irrémédiable chute d’Omar el-Béchir qui fut, en 1985, l’un des tombeurs du General Gaafar Nimeiri.

La Russie sur la défensive

Après l’élection surprise de Félix Tshisekedi, la chute d’Omar el-Bechir est une bien mauvaise nouvelle pour Poutine. Le Soudan d’Omar el-Bechir était la plaque-tournante de l’offensive russe en Afrique centrale. Son intrusion et son expansion en Centrafrique s’est faite avec le concours du Soudan, à partir du Darfour. Le projet de base navale près de Port-Soudan sera probablement remis à plus tard. Le président Idriss Deby Itno ne sera pas mécontent de voir ses frontières de l’est et du sud moins menacées que sous Omar el-Bechir.

On ne peut méconnaître le rôle des Etats-Unis qui ne sont probablement pas restés en spectateurs neutres devant cette nouvelle situation. Les Américains ont repris pied en Afrique centrale devant le danger russe. La diplomatie de Donald Trump est en mouvement. Après Félix Tshisekedi, le président congolais, qui vient de rencontrer les plus hautes autorités américaines, c’est au tour de Faustin-Archange Touadera, qui préside la Centrafrique, de passer une semaine à Washington et New York.

On y parlera probablement de la Russie….

L’ombre de Sissi sur la succession

Quant à Omar el-Bechir, il subira probablement le sort du Général Gaafar Nimeiri. Après une arrestation et quelques mois d’emprisonnement, il prendra le chemin de l’exil en Égypte. Le Soudan qui fut jadis appelé « Le Soudan Anglo-Egyptien », reste un peu l’arrière-cour de l’Égypte, aussi nul doute que le Maréchal Abdel Fattah Al-Sissi sera très impliqué dans la transition qui s’annonce.

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